Les associations mahoraises L’Arche d’Hélios, l’APPF976 et l’association MAEVA dénoncent une réponse encore trop centrée sur la capture et l’euthanasie, elles proposent avec leurs homologues des cinq DROM de miser davantage sur la stérilisation, l’identification et le suivi des populations animales.
Pour la première fois, des associations de protection animale de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique, de Mayotte et de La Réunion se regroupent pour demander une stratégie commune contre l’errance animale. Dans un communiqué signé par 29 associations et deux collectifs, le 15 septembre dernier, elles réclament notamment la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) à l’échelle des cinq DROM.
L’objectif affiché est de mieux coordonner les actions, de disposer de données communes et de privilégier la prévention plutôt que les interventions ponctuelles.
À Mayotte, une population canine difficile à mesurer
À Mayotte, les associations signataires — L’Arche d’Hélios, l’Association pour la protection et la préservation de la faune (APPF976) et l’association MAEVA — soulignent d’abord le manque de données fiables. En 2025, 247 chiens et chiots ont été capturés dans le cadre du “Plan Chiens”, mais aucun chiffre officiel ne permet aujourd’hui de connaître précisément la population canine du territoire.
Le communiqué évoque également des élevages clandestins et la présence de meutes, dont certaines seraient utilisées par des délinquants. Pour les associations, l’errance résulte notamment des abandons et de la reproduction non maîtrisée des animaux détenus par des particuliers.
La situation n’est pas propre à Mayotte. À La Réunion, une étude de 2017 recensait 73 000 chiens présents dans l’espace public, dont 42 000 sans propriétaire et 31 000 en divagation. Plus de 10 000 chiens et chats sont pris en charge chaque année par les fourrières, avec 85 % d’euthanasies.
En Martinique, près de 90 % des chiens seraient non identifiés et plus de 500 têtes de bétail ont été attaquées en 2025.
En Guadeloupe, les associations estiment à environ 500 le nombre de naissances quotidiennes de chiens et chats appartenant à des particuliers, tandis que plus de 90 % des animaux pris en charge par l’unique fourrière seraient euthanasiés.
En Guyane, aucun recensement global n’existe, mais les associations évoquent plusieurs dizaines de milliers de chiens et une présence fréquente de meutes dans les rues, sur les routes et les plages.
Plus largement, un audit cité dans le communiqué fait état d’un taux moyen d’euthanasie de 90 % des animaux entrant en fourrière dans les territoires ultramarins, contre environ 7 % pour les chiens et 36 % pour les chats dans l’Hexagone.

Après le débat sur l’abattage, les associations veulent changer de méthode
Cette mobilisation intervient après le débat autour d’une mesure permettant aux préfets des DROM, pendant deux mois, d’ordonner la destruction de chiens errants ou en état de divagation. Adoptée par le Sénat le 2 juillet 2026, cette disposition a finalement été supprimée lors de la commission mixte paritaire du 16 juillet. Les associations considèrent ce retrait comme une étape importante, mais estiment que le problème de fond reste entier.
“On ne traite pas un phénomène structurel par des abattages ponctuels”, résume Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, citée dans le communiqué. Pour les signataires, la réponse doit davantage porter sur les causes de l’errance que sur ses conséquences.
Un GIP et davantage de stérilisations
Le GIP proposé réunirait l’État, les collectivités, les communes, les associations, les vétérinaires, mais aussi d’autres acteurs concernés. Il aurait notamment pour rôle d’établir un diagnostic commun, de suivre les populations animales et de mesurer les résultats des politiques engagées. Les associations demandent également que les structures de terrain indépendantes disposent d’une place dans sa gouvernance et que les données publiques soient suivies dans le temps.
Au cœur de leurs propositions figure une politique massive de stérilisation, concernant à la fois les animaux en errance et ceux appartenant à des particuliers, y compris lorsque leurs propriétaires disposent de faibles ressources. Le communiqué évoque la création de dispensaires vétérinaires fixes ou mobiles, le développement de partenariats avec les écoles vétérinaires et des campagnes de castration mobiles. Il demande aussi l’application effective des dispositifs existants pour les chats libres et pour les chiens communautaires, notamment à Mayotte, avec capture, stérilisation, identification et remise sur site.
Les associations souhaitent aussi des objectifs chiffrés de stérilisation, accompagnés de budgets et d’indicateurs annuels. Elles préconisent une application plus effective des règles contre l’abandon et la maltraitance, un contrôle des élevages non déclarés et des ventes de chiots et chatons sur internet, ainsi qu’un meilleur traitement des signalements. Elles proposent de réfléchir à une obligation de stérilisation pour les animaux qui ne sont pas destinés à la reproduction déclarée et à renforcer la sensibilisation dès le plus jeune âge.
Le communiqué porte par ailleurs sur les financements publics consacrés à l’errance animale, avec une réévaluation souhaitée, davantage de transparence sur leur utilisation et une réorientation vers la prévention.
Les associations souhaitent rencontrer les ministères de l’Agriculture et des Outre-mer ainsi que les cinq préfectures. Elles préconisent un moratoire sur les mesures de destruction ou d’abattage, une évaluation publique du coût des politiques actuelles et des financements pluriannuels. Elles appellent aussi à la publication annuelle de données consolidées sur les captures, les stérilisations, les identifications et les euthanasies dans les cinq DROM.



































