Ce qui est nouveau, ce qui est confirmé dans les annonces du gouvernement en déplacement à Mayotte

Immigration, eau, école, santé, grands projets ou reconstruction : au terme de deux jours de déplacement à Mayotte, Sébastien Lecornu et cinq des six ministres qui l’accompagnaient ont dressé jeudi soir, à l’aéroport de Dzaoudzi, les mesures retenues par le gouvernement. Toutes ne sont pas nouvelles. Plusieurs projets déjà annoncés ont surtout été assortis de nouveaux calendriers, tandis que le gouvernement a dévoilé quelques mesures supplémentaires, notamment sur la lutte contre l’immigration clandestine, l’eau, l’accompagnement des communes et le soutien aux entreprises. Le Premier ministre l’a lui-même reconnu : il ne s’agissait pas de faire « d’énièmes promesses », mais de faire avancer celles déjà prises.

Immigration : de nouveaux moyens et une opération « Kingia 2 »

Sur la lutte contre l’immigration clandestine, le gouvernement veut d’abord utiliser davantage la diplomatie et l’aide au développement. Un système de « bonus-malus » doit conditionner une partie des aides accordées aux pays d’origine à des résultats « concrets et chiffrés » en matière migratoire. Le dispositif doit commencer à s’appliquer dès 2026, puis être renforcé en 2027. L’aide humanitaire directement destinée aux populations ne serait pas concernée.

En mer, le dispositif de surveillance doit également monter en puissance. Le gouvernement annonce le renouvellement des quatre radars autour de Mayotte, un poste avancé permanent à M’tsamboro associant militaires et gendarmes, des drones de longue endurance, des drones légers embarqués sur les intercepteurs et l’expérimentation de ballons captifs pour surveiller les approches de l’île.

Une partie du renforcement était toutefois déjà engagée. Des radars légers et deux caméras longue portée ont déjà été installés, tandis que la surveillance aérienne a été portée de deux à trois appareils. Du côté des interceptions en mer, l’objectif est désormais d’atteindre dix intercepteurs à la fin de l’année, contre quatre en 2017.

À terre, le groupe d’appui opérationnel de la police aux frontières doit recevoir 25 agents supplémentaires d’ici la fin de l’année. Une deuxième opération « Kingia », après celle menée au printemps, est aussi programmée à l’automne dans un objectif de lutte contre l’immigration clandestine, la délinquance et l’économie informelle.

Interrogé en ce sens, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a également précisé la ligne du gouvernement sur le camp de Tsoundzou. L’objectif affiché reste son démantèlement, non par un déplacement vers un autre site, mais par la reconduite des occupants déboutés de leur demande d’asile. Aucune échéance n’a toutefois été fixée. « Le calendrier, c’est tous les jours que nous y travaillons », a affirmé le ministre. Paris mise notamment sur l’accord de réadmission signé avec le Rwanda en juin et sur des nouvelles discussions en cours à Paris avec la République démocratique du Congo pour faciliter la délivrance des laissez-passer consulaires.

École une accélération des constructions engagées

Sur l’école, il s’agit davantage d’accélérer des projets déjà programmés que de lancer un nouveau plan. Dans le premier degré, 93 opérations représentent au total 738 salles de classe. Parmi elles, 89 sont déjà en cours et 219 doivent être créées pendant l’année scolaire 2026-2027. Le gouvernement promet 308 classes supplémentaires disponibles à la rentrée 2027, contre 52 créées entre 2019 et 2024.

Dans le secondaire, l’objectif reste la création de 3.600 places dans les collèges et 6.400 dans les lycées d’ici 2030, soit l’ouverture annoncée d’un à trois établissements par an. Pour gagner du temps, l’État veut proposer des modèles de bâtiments reproductibles et permettre aux communes de confier davantage la maîtrise d’ouvrage à l’Établissement public de reconstruction et de développement de Mayotte (EPRDM).

Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a aussi remis en avant le développement des formations sur le territoire. Après l’ouverture de l’internat d’excellence de Kawéni, il promet de poursuivre l’ouverture de BTS et de classes préparatoires. L’ouverture du lycée des métiers du bâtiment de Longoni dès 2027 et un lycée des métiers de la mer est annoncé « d’ici cinq ans maximum ».

Santé : l’hôpital de Combani confirmé, de nouvelles formations annoncées

En matière de santé, les deux grands projets hospitaliers ne sont pas nouveaux. Les 407 millions d’euros destinés à l’extension du CHM et au deuxième hôpital ont déjà été inscrits dans la loi du 11 août 2025. Le gouvernement a en revanche donné un nouveau calendrier : le projet de Combani doit être définitivement validé début 2027, pour une ouverture annoncée en 2030. Avec l’extension du site de Mamoudzou, la capacité hospitalière doit augmenter de 60 %.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a aussi évoqué des centres médicaux de proximité devant obtenir le label France Santé en 2027 et plusieurs mesures consacrées à la formation des futurs soignants mahorais : développement d’options santé au lycée, augmentation du nombre de places en première année de médecine, plus de 90 places en formation infirmière cette année et projet d’une école de sages-femmes en 2027 ou 2028.

Sur le risque Ebola, la ministre de la santé à affirmé que 2.300 soignants ont été formés à la prise en charge d’un éventuel cas. Mayotte doit en outre pouvoir participer à une étude internationale sur les traitements.

Eau : de nouvelles mesures d’urgence en attente des grands projets en cours

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, le dit elle-même : une partie des mesures structurantes présentées jeudi sont des mesures « réaffirmées ». C’est le cas du plan Eau Mayotte, doté de 730 millions d’euros sur la période 2025-2031, de la future usine de dessalement d’Ironi Bé, de la troisième retenue collinaire ou encore des nouvelles campagnes de forage. L’usine doit apporter 10.000 m³ supplémentaires par jour et sa mise en service est désormais annoncée au plus tard début 2028.

Après l’installation ou la réparation de 90 cuves dans les écoles, un programme de 8 millions d’euros doit permettre, à partir du 1er janvier 2027, d’équiper 13.000 foyers vulnérables en capacités de stockage d’eau potable. L’État veut aussi accélérer la lutte contre les fuites, qui représenteraient environ un quart de l’eau produite, avec l’appui du RSMA pour former du personnel et intervenir sur les premières réparations. De nouveaux forages doivent également être réalisés dès cet automne, dans le cadre des sixième et septième campagnes déjà engagées.

Le gouvernement laisse par ailleurs ouverte une mesure beaucoup plus lourde : la reprise temporaire par l’État de la compétence eau. Sébastien Lecornu s’est dit prêt à l’accepter pendant « quatre, cinq, six ans » si les collectivités locales en font elles-mêmes la demande, afin que l’État porte directement les investissements avant de leur restituer la compétence.

Sur le prix de l’eau en bouteille, le gouvernement annonce que le plafonnement « sera rétabli ». Des réquisitions d’eau pourraient également être décidées si la situation se dégrade, mais « on n’en est pas là aujourd’hui », a précisé la ministre.

La méthanisation des déchets ou le recours à la géothermie pour alimenter à terme une unité de dessalement ont également été évoqués, mais à ce stade seulement comme des pistes de travail et non comme des projets arrêtés.

Aéroport et port : rendre les projets « irréversibles »

Sur les grands équipements, Sébastien Lecornu n’a pas annoncé de nouveau projet mais veut rendre ceux déjà promis « irréversibles » avant la présidentielle.

Le futur aéroport de Bouyouni, évalué à 1,2 milliard d’euros et annoncé pour une ouverture au plus tard en 2036, avait déjà été confirmé en décembre dernier. Le nouveau jalon est administratif : le Premier ministre s’engage à signer la déclaration d’utilité publique foncière avant la fin de l’année 2026. Les procédures préparatoires aux premiers travaux sont déjà engagées.

Même logique pour Longoni. La fin de la délégation de service public le 31 août et la reprise du port par le Département le 1er septembre découlent de la procédure judiciaire en cours. Le gouvernement réaffirme en revanche sa volonté d’en faire un port d’État. Une mission et un audit doivent désormais trancher entre deux voies : la création d’une société portuaire par décret ou celle d’un grand port maritime, qui nécessiterait une loi.

Reconstruction : davantage d’ingénierie plutôt que de nouveaux crédits

Sur la reconstruction post-Chido, le gouvernement estime que le principal problème n’est plus l’argent disponible mais la capacité à lancer les chantiers. Il réaffirme que les crédits non engagés en 2026 pourront être reportés en 2027. Des renforts sont annoncés au sein des services de l’État, avec une plateforme d’ingénierie territoriale, un nouveau sous-préfet chargé de l’accompagnement des communes et un relèvement du taux d’avance versé aux collectivités de 30 % à 60 %.

Sébastien Lecornu veut aussi abandonner une approche trop générale de la reconstruction. Après trois heures d’échanges avec les élus, il a estimé qu’il fallait presque « 17 petits plans », un pour chacune des communes, afin de traiter leurs difficultés projet par projet.

Entreprises : un an de plus pour le CICE

C’est l’une des principales annonces économiques de la visite. Le dispositif de CICE, qui devait s’arrêter à la fin de l’année, doit être prolongé d’un an à Mayotte, parallèlement aux exonérations prévues par la LODEOM. Plus de 3.000 entreprises pourraient en bénéficier, pour un coût estimé à 40 millions d’euros. Mayotte deviendrait ainsi le seul territoire ultramarin à cumuler les deux dispositifs. Cette mesure reste toutefois suspendue à l’adoption du prochain budget.

Un comité tous les mois et un nouveau rendez-vous début 2027

Au-delà des annonces sectorielles, le gouvernement veut surtout modifier le suivi. Un comité interministériel consacré à Mayotte doit désormais se réunir chaque mois sous la présidence du directeur de cabinet du Premier ministre ou de Sébastien Lecornu lui-même. Les 17 maires, les présidents d’intercommunalité et le président du Département doivent ensuite être reçus à Matignon en novembre, en marge du Congrès des maires. Le Premier ministre promet enfin de revenir à Mayotte au début de l’année 2027.

La visite aura donc moins débouché sur un nouveau « plan Mayotte » que sur un mélange de mesures inédites, de financements prolongés, de calendriers précisés et de promesses anciennes remises sur les rails. Le gouvernement assume ce choix : les crédits et les projets existent déjà pour une bonne partie d’entre eux. Reste désormais à transformer les annonces en chantiers, ce que le nouvel outil de suivi mensuel est précisément censé mesurer.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS

Mayotte Hebdo vise à contribuer au développement harmonieux de Mayotte en informant la population et en créant du lien social. Mayotte Hebdo valorise les acteurs locaux et les initiatives positives dans les domaines culturel, sportif, social et économique et donne la parole à toutes les sensibilités, permettant à chacun de s'exprimer et d'enrichir la compréhension collective. Cette philosophie constitue la raison d'être de Mayotte Hebdo.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une