Après Chido, de nombreux chantiers de reconstruction de l’île ont été entrepris par les Collectivités mahoraises. Problème : ces dernières tardent à rémunérer les entreprises embauchées, ce qui génère une situation catastrophique sur le plan économique que Fahardine Mohamed, président du Groupement Patronal de Mayotte (GPM), souhaite dénoncer fermement.
“Depuis Chido, la situation économique de Mayotte est dans un état catastrophique !”, s’alarme Fahardine Mohamed, le président du Groupement Patronal de Mayotte (GPM), un syndicat de patrons issu de l’ancien MEDEF Mayotte après sa rupture avec l’organisation nationale. “Certes vous allez me dire, et à raison, que c’était déjà catastrophique avant, mais Chido a encore empiré les choses et ces problèmes de factures impayées des Collectivités, auxquels se heurtent en ce moment les entreprises mahoraises, en rajoute encore une couche !”, développe-t-il.
Ces factures impayées sont celles des chantiers de reconstruction de Mayotte commencés après le cyclone et dont beaucoup sont encore en cours actuellement. Ceux-ci ont été commandés par les Collectivités, c’est donc à elles de “payer la note”, mais elles n’ont entrepris ces chantiers qu’après avoir eu l’assurance d’être subventionné par l’État. Or il semblerait que ces subventions tardent à leur parvenir.
“J’ai écrit un mail au préfet dès son arrivée avec la Secrétaire Générale aux Affaires Économiques (SGAR) en copie. J’ai également alerté la Direction Régionale des Finances Publiques (DRFIP). J’attend encore de pouvoir échanger avec eux”, affirme le président du GPM qui s’agace de constater que “l’État et les Collectivités se renvoient la balle sur la question du règlement des factures aux entreprises mahoraises”.
Il nous confie également que si l’État tarde en effet à verser l’argent aux Collectivités dans certains cas, ce n’est pas la seule explication de ces factures impayées. “Dans certaines communes, le nouveau maire se refuse à poursuivre les chantiers commencés par son prédécesseur et donc à rémunérer les entreprises pour leur travail ou il souhaite organiser un audit avant de payer, ce qui est très long”, dénonce-t-il, sans citer personne dans un souci de prudence.
Des chantiers abandonnés et des chefs d’entreprise agressés par leurs salariés
Ces retards de paiement ont de très graves conséquences : certains sous-traitants ont décidé d’arrêter des chantiers, qui sont donc abandonnés “en plein milieu” et plusieurs entreprises refusent désormais de travailler pour des Collectivités mahoraise. Mais ces retards ont également des conséquences sur le plan personnel car, d’après Fahardine Mohamed, certains chefs d’entreprises auraient été agressés par leurs salariés qu’ils n’arrivaient pas à payer.
“Certains salariés des entreprises sont actuellement encore au chômage partiel et je viens d’apprendre que des licenciements allaient bientôt “pointer le bout de leur nez” à cause de cette situation dramatique”, déclare aussi Fahardine Mohamed. “Les conséquences ne sont donc pas seulement financières et économiques, elles sont également psychologiques car c’est extrêmement stressant pour les chefs d’entreprise de ne pas pouvoir payer leurs salariés”, ajoute-il.
Le président du GPM déclare que ses adhérents ont du mal à se mobiliser sur ce problème pour des raisons de pudeur, mais il les incite à le faire car cela bloque toute la reconstruction de Mayotte. “C’est une chaîne : quand il y a un impayé, ça bloque tout le reste !”, explique-t-il. “En outre, à Mayotte, moins de 5000 entreprises sont à jour fiscalement à cause de ces retards, ce sont donc les entreprises qui arrivent qui raflent tous les marchés. Vous imaginez la frustration pour les entreprises qui travaillent depuis longtemps ?”, tempête-il. Pour exemple, il cite le chantier du Caribus dont une première tranche a été terminée en avril 2026 et affirme que les entreprises attendent encore à ce jour leur paiement. “Sont-elles vraiment assez solides pour continuer à avancer sans être payées ?”, s’interroge-t-il.
Créer davantage de connexion entre les décideurs et le monde économique
Pour Fahadine Mohamed, il serait urgent de “créer davantage de connexion entre les décideurs politiques et le monde économique à Mayotte”. “Depuis que certains élus se sont emparés du sujet, on en parle davantage, mais le problème est que ces élus se servent pour la plupart de cette problématique pour “se tirer dans les pattes”. Il faudrait que les élus de tout bords politique s’unissent sur cette problématique car la reconstruction de Mayotte est l’affaire de tous !”, déclare le président du GPM.
“Beaucoup d’associations sportives du territoire nous sollicitent pour les sponsoriser, mais comment pourrait-on le faire si on n’arrive même pas à payer nos employés ?”, continue-t-il. Ces retards n’impactent donc pas uniquement la sphère économique, c’est tout le tissu social de Mayotte qui pâti de cette situation. Fahardine Mohamed a le sentiment que “Mayotte est à jamais “un monde suspendu”, en attente de quelque-chose qui ne vient jamais”. Il sollicite un signal fort de la part du monde politique pour rassurer le monde économique mahorais qui, pour lui, se trouve actuellement “dans un marasme”.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































