Les champions veulent transmettre leur expérience aux jeunes talents

Créée officiellement en janvier 2026, l’Académie Mahoraise des Talents Sportifs (AMTS) réunit plusieurs générations de sportifs mahorais de haut niveau. Leur ambition : accompagner les jeunes dans un parcours où la performance sportive ne suffit pas toujours. Départ vers l’Hexagone, études, logement, financement, blessures ou préparation de l’après-carrière, l’association veut mettre l’expérience des anciens au service de ceux qui rêvent à leur tour de haut niveau.

À Mayotte, le sport ne manque pas de talents. Mais entre la détection d’un jeune prometteur et une carrière au plus haut niveau, le chemin peut être long et semé d’obstacles. Pour progresser, de nombreux sportifs doivent quitter l’île, parfois très jeunes. Une fois loin de leur famille et de leur environnement habituel, ils doivent poursuivre leur entraînement tout en construisant leur parcours scolaire, professionnel et personnel.

C’est précisément sur cette période, souvent moins visible que les compétitions et les médailles, que souhaite intervenir l’Académie Mahoraise des Talents Sportifs (AMTS). Créée officiellement en janvier 2026, à la suite de son assemblée générale constitutive du 30 décembre 2025 à Kaweni, l’association est présidée par Fahdedine Madi Ali, ancien international français et multiple champion de France au lancer du javelot. Son objectif est d’améliorer l’accompagnement des sportifs mahorais dans toutes les dimensions de leur parcours.

Un parcours qui ne s’arrête pas au terrain

Pour l’AMTS, devenir sportif de haut niveau ne consiste pas uniquement à enchaîner les entraînements et les compétitions. Pour les jeunes Mahorais qui quittent le territoire, le départ constitue souvent une étape importante.

À plusieurs milliers de kilomètres de leur famille, ils doivent trouver un club, un logement et parfois une formation. Ils doivent également gérer leurs déplacements, financer leur projet sportif, poursuivre leurs études, faire face aux blessures et aux périodes de doute. Les éventuels échecs font également partie de ce parcours.

Autant de situations auxquelles les anciens sportifs de haut niveau de l’AMTS ont eux-mêmes été confrontés. L’association souhaite donc faire de cette expérience un outil de transmission. L’idée est de permettre aux jeunes de bénéficier des conseils de ceux qui connaissent déjà les exigences d’une carrière sportive.

L’accompagnement envisagé doit notamment passer par le mentorat, le partage d’expérience, l’orientation et la mise en réseau. L’association souhaite également maintenir un lien avec les familles et aider les jeunes à construire leur « double projet », c’est-à-dire à mener de front leur carrière sportive et leur parcours scolaire ou professionnel.

Une équipe composée de sportifs expérimentés

L’AMTS s’appuie sur plusieurs générations de sportifs mahorais. Parmi les membres cités figurent Dawiya Abdou, Raphaël Mohamed, Jeanine Assani-Issouf, Habab Abdou Moktar, Kadri Moendadze, Nasrane Bacar, Zoubert Combo, Jeanne Bébé Onzaya Boinaidi, Djassim Ahamada et Fahdedine Madi Ali. Fayzat Djoumoi et Austin Rasolonjatovo ont également rejoint l’aventure.

Leurs profils sont différents. Certains sont olympiens, d’autres internationaux ou champions de France. Certains sont encore en activité, tandis que d’autres ont déjà connu la fin de leur carrière sportive. Cette diversité constitue l’un des fondements du projet.

L’objectif n’est pas seulement de transmettre des techniques sportives. Il s’agit aussi de partager une expérience humaine : celle d’un sportif qui doit apprendre à gérer les changements, l’éloignement, les exigences de la compétition et les choix qui peuvent influencer son avenir.

L’AMTS souhaite par ailleurs continuer à élargir son réseau. L’association indique avoir vocation à accueillir d’autres sportifs mahorais désireux de transmettre leur expérience à la génération suivante.

Un audit pour identifier les besoins

Avant de mettre en place des réponses concrètes, l’Académie veut d’abord comprendre les réalités vécues par les sportifs mahorais. Un audit est actuellement en cours.

La démarche doit permettre de recueillir les expériences des sportifs, d’identifier leurs besoins et leurs difficultés, mais également de faire le point sur les accompagnements et les ressources dont ils disposent déjà. L’association souhaite ainsi éviter de proposer des dispositifs qui feraient doublon avec ceux existants.

Cette étape doit servir de base à la construction des futures actions de l’AMTS. L’association affirme vouloir partir des réalités rencontrées par les sportifs afin de proposer des réponses adaptées.

Cette approche constitue également une manière de mieux cerner les difficultés spécifiques liées à l’éloignement géographique de Mayotte. Lorsqu’un jeune sportif quitte l’île pour poursuivre sa carrière, son projet dépasse en effet le cadre strictement sportif. Il faut pouvoir assurer la continuité de ses études, son hébergement, ses déplacements et son accompagnement humain.

S’inspirer des autres territoires ultramarins

Pour développer son action, l’AMTS souhaite également regarder ce qui existe dans les autres territoires ultramarins. Des échanges et des coopérations sont envisagés avec La Réunion, les Antilles et plus largement avec les autres Outre-mer.

L’objectif est de partager les bonnes pratiques et de créer de nouvelles passerelles pour les sportifs mahorais. L’association souhaite également travailler avec les différents acteurs qui interviennent déjà dans les parcours sportifs : mouvement sportif, collectivités, services de l’État et autres structures.

L’AMTS insiste sur une volonté de complémentarité. Elle ne souhaite pas remplacer les clubs, les fédérations, les institutions ou les dispositifs existants, mais intervenir en complément, en fonction des besoins du sportif.

Le défi de l’après-carrière

L’un des autres axes annoncés concerne l’avenir des sportifs une fois leur carrière terminée. Une carrière sportive peut être courte et les performances ne garantissent pas nécessairement une insertion professionnelle durable.

L’AMTS souhaite donc intégrer la préparation de l’après-carrière dans son accompagnement. Pour les jeunes sportifs, cela signifie réfléchir à leur avenir au-delà des résultats et des compétitions.

Cette question rejoint celle du double projet. Continuer ses études ou acquérir une formation tout en poursuivant une carrière sportive peut représenter une difficulté supplémentaire, mais aussi une sécurité pour l’avenir.

À travers son réseau d’anciens sportifs, l’association entend justement partager des expériences et aider les nouvelles générations à mieux anticiper ces différentes étapes.

Fédérer autour des talents mahorais

Pour concrétiser ses ambitions, l’AMTS souhaite mobiliser un réseau plus large. Entreprises, collectivités, institutions, fondations, mécènes et partenaires du territoire sont appelés à participer à cette dynamique.

L’association estime que chacun peut contribuer, à son niveau, à sécuriser le parcours d’un jeune sportif ou à lui permettre de saisir une opportunité. Cette mobilisation doit notamment permettre de renforcer les passerelles entre le monde sportif et les autres acteurs susceptibles d’accompagner les jeunes.

Pour Fahdedine Madi Ali, cette transmission constitue le coeur du projet. Les membres de l’AMTS ont eux-mêmes connu les départs, les sacrifices, les réussites mais également les périodes de doute. Leur ambition est désormais de faire profiter les jeunes générations de ce vécu.

L’Académie Mahoraise des Talents Sportifs en est encore à ses débuts. Son audit doit permettre de mieux définir les besoins et les futures actions. Mais son lancement traduit déjà

une volonté : faire du parcours des champions mahorais une ressource pour ceux qui souhaitent leur succéder.

Car pour l’AMTS, la réussite sportive ne commence pas sur un podium. Elle commence bien avant, avec un jeune qui nourrit une ambition, une famille qui l’accompagne et un environnement capable de lui permettre de poursuivre son projet. L’enjeu affiché par l’association est désormais de faire en sorte que l’éloignement de Mayotte ne devienne pas, à lui seul, un obstacle à la réalisation de cette ambition.

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