Comores : polémique autour des nouveaux forfaits internet à 50 euros

Face à la pression de la population et du ministère des Postes, les deux opérateurs de téléphonie ont soumis au régulateur des télécommunications des offres de data dites illimitées. Leurs prix suscitent déjà la colère des usagers, qui observaient, ce 1er juillet, une journée sans recharge de crédit.

Aux Comores, la colère des usagers contre les prix de l’internet ne faiblit pas. Les nouvelles offres publiées ces derniers jours par les opérateurs de télécommunications ne font qu’attiser le mécontentement de la population. En réponse à une demande des consommateurs, Comores Telecom et Yas Comores ont annoncé des forfaits internet illimités. Cependant, les tarifs dévoilés sont jugés prohibitifs.

Chez l’opérateur historique, il faut débourser au minimum 20 000 francs comoriens (40 euros) pour bénéficier de 40 gigaoctets sur un mois. De son côté, Yas Comores propose un forfait à 25 000 francs (50 euros) pour 50 gigaoctets. Ce montant ne couvre que la connexion internet. Le seul avantage est que l’abonné pourra continuer à naviguer une fois son enveloppe de données consommée, mais avec un débit réduit.

Ces prix sont déjà dénoncés par une grande partie des consommateurs, qui parlent d’« arnaque ». Calculs à l’appui, le gigaoctet revient à plus de 600 francs, un tarif jugé inaccessible pour une grande partie de la population, dont le pouvoir d’achat est déjà fortement entamé par les dépenses quotidiennes, notamment les factures d’électricité.

« On nous paie 40 000 francs et vous voulez vous emparer de la moitié de notre salaire. Avez-vous pensé aux autres dépenses ? », s’est insurgé le journaliste Mmadi Saindou Ibrahim dans un commentaire publié sous une annonce de Comores Telecom présentant ses nouvelles offres à 40 et 50 euros.

« Autant faire venir Starlink. Comment un salarié peut-il payer 25 000 francs avec un salaire de 50 000 francs ? Et nos familles, devons-nous les sacrifier ? Qu’allons-nous manger ? En moyenne, je dépense déjà 15 000 francs par mois rien que pour la connexion internet. Ce montant n’est pas plus élevé parce que j’ai accès au Wi-Fi au travail, où je reste jusqu’à 17 heures », témoigne Badroudine Ben Youssouf, chauffeur dans une société d’État.

L’objectif des 2 % du budget des ménages

Début mai, le ministre comorien des Postes et de l’Économie numérique a demandé aux opérateurs de proposer des offres de données illimitées afin de permettre aux consommateurs d’accéder à une connexion internet à un prix abordable. Dans un courrier adressé aux opérateurs, le ministre Oumouri Mmadi rappelle que les dépenses des ménages consacrées aux télécommunications dépassent largement le seuil recommandé de 2 % de leur budget.

Après un premier report de l’échéance, les deux entreprises de téléphonie avaient jusqu’à la fin du mois de juin pour soumettre leurs nouvelles offres mobiles illimitées à l’Autorité nationale de régulation des TIC (ANRTIC), chargée de les valider.

Le régulateur est régulièrement accusé de favoriser Comores Telecom et Yas Comores, les deux acteurs dominants du marché. C’est d’ailleurs cette même autorité qui, au nom de la préservation du marché, avait supprimé les anciennes offres illimitées, pourtant accessibles à partir de 20 ou 30 euros. Celles-ci comprenaient des minutes d’appel, des SMS et plus de 20 gigaoctets de données, le tout valable pendant un mois. Un acquis obtenu par les consommateurs, qui commençaient à bénéficier des effets de l’ouverture à la concurrence dans un secteur resté sous le monopole de Comores Telecom pendant plus de vingt ans.

Un duopole dénoncé

Avant même la publication des nouveaux tarifs, une journée « zéro recharge » avait été lancée pour ce 1er juillet par l’Association comorienne des TIC (ACTIC), qui dénonce depuis plusieurs années le système de duopole caractérisant le secteur des télécommunications.

Selon cette association de défense des usagers, le régulateur encourage depuis plus de quatre ans les deux opérateurs à pratiquer des prix quasiment identiques, au détriment des consommateurs. Les nouveaux forfaits viennent, selon elle, conforter cette impression. Les tarifs sont jugés totalement déconnectés de la réalité économique d’un pays où le salaire minimum dépasse à peine 50 000 francs comoriens (100 euros).

Dans une récente publication, l’Institut comorien des statistiques indiquait qu’entre 2020 et 2024, les dépenses des ménages consacrées aux télécommunications ont progressé de 57 %. Cette hausse traduit une profonde transition numérique, portée par le développement de l’internet mobile, du mobile money et des plateformes de streaming.

Le même rapport indique que, sur cette période, les recharges téléphoniques ont atteint 29 milliards de francs comoriens (près de 59 millions d’euros), une évolution liée à l’adoption massive du téléphone portable.

S’il est encore difficile de mesurer l’impact de cette journée de boycott, il ne fait guère de doute que d’autres actions devraient suivre pour dénoncer ces nouveaux forfaits à 50 euros, loin de répondre aux attentes des consommateurs. Pour l’heure, aucun des deux opérateurs n’a expliqué les raisons de ces tarifs, tandis que le régulateur reste silencieux.

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