À Mamoudzou comme sur l’ensemble du territoire national, des magistrats se sont rassemblés ce mardi 23 juin devant le palais de justice, à l’appel du Syndicat de la magistrature. En cause : les annonces du garde des Sceaux après le pré-rapport d’inspection sur l’affaire Lyhanna, et notamment la procédure disciplinaire visant une substitute du parquet d’Auch.
En robe noire, devant le palais de justice de Mamoudzou, plusieurs magistrats ont voulu afficher leur colère. Ce mardi 23 juin, à 12h30, ils ont répondu à l’appel national du Syndicat de la magistrature, au lendemain des déclarations du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, sur l’affaire Lyhanna. Pour le syndicat, le drame ne peut pas être réduit à la responsabilité d’une magistrate. Il révèle, au contraire, « un dysfonctionnement d’État ».
L’affaire a bouleversé la France. Lyhanna, 11 ans, a disparu le 29 mai à la sortie de son collège de Fleurance, dans le Gers. Le principal mis en cause, déjà visé par plusieurs procédures pour des infractions à caractère sexuel, a été mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans. Le corps de l’enfant a été retrouvé le 4 juin. Dès le lendemain, les inspections générales de la justice, de la gendarmerie et de l’Éducation nationale ont été saisies pour examiner le traitement des procédures antérieures.
Le pré-rapport publié le 22 juin pointe notamment le traitement d’une plainte déposée en août 2025 pour des viols sur mineure. Après un premier traitement par le parquet de Toulouse, le dossier avait été transmis au parquet d’Auch, territorialement compétent. Les inspections relèvent ensuite plusieurs défaillances : un enregistrement tardif, une erreur d’orientation, l’absence de mention du caractère urgent du dossier et un suivi insuffisant de l’enquête.
Mais pour le Syndicat de la magistrature, ce pré-rapport ne peut pas servir de base à une mise en cause individuelle immédiate. « Une inspection de fonctionnement, à la différence d’une enquête administrative, n’a pas vocation à établir des fautes professionnelles », rappelle l’organisation dans un communiqué diffusé mardi. Elle reproche au ministre d’avoir « désigné une responsable » et annoncé des sanctions « sans attendre les conclusions de l’enquête administrative » ni l’avis du Conseil supérieur de la magistrature.
Le syndicat conteste aussi le retrait de l’habilitation « mineurs » confiée jusqu’ici à la substitute d’Auch. Selon lui, cette décision ressemble à « une mesure para-disciplinaire » prise dans l’urgence, pour répondre politiquement à l’émotion suscitée par le drame. Gérald Darmanin a annoncé l’ouverture d’une procédure disciplinaire visant ce magistrat et évoqué des sanctions avant la fin de l’été.
Pour les magistrats mobilisés, le cœur du sujet est ailleurs : délais d’enquête, manque de personnels, absence d’outils de suivi fiables, difficulté à hiérarchiser les dossiers les plus sensibles. Le pré-rapport lui-même relève que le parquet d’Auch comptait, au 1er mai 2026, trois magistrats au parquet pour un effectif localisé de 2,90 équivalents temps plein, alors que le service des mineurs était confié à un substitut également chargé d’autres contentieux lourds, dont les violences, les infractions sexuelles et les homicides.
« Ces dysfonctionnements sont le quotidien des procureur·es en charge des mineur·es », insiste le Syndicat de la magistrature, qui évoque un manque d’enquêteurs, d’éducateurs, de soignants, de psychologues, d’experts et de lieux adaptés pour recueillir la parole des enfants. À ses yeux, l’affaire Lyhanna ne doit pas conduire à chercher un « fusible », mais à poser la question de la capacité réelle de la justice à protéger les enfants.
Le pré-rapport formule d’ailleurs plusieurs pistes structurelles : développer une approche par les risques, généraliser la transmission dématérialisée des procédures, mieux suivre les enquêtes sensibles et adapter certains dispositifs déjà utilisés pour les violences intrafamiliales aux dossiers de viols sur mineurs.
À Mamoudzou, cette mobilisation trouve un écho particulier. Le tribunal judiciaire alerte régulièrement sur ses propres difficultés de moyens humains et matériels. Début février, la juridiction comptait 16 magistrats en poste, dont 12 titulaires, au lieu des 18 prévus, dans un contexte encore marqué par les dégâts du cyclone Chido et le manque de salles d’audience. Pour le Syndicat de la magistrature, l’enjeu dépasse le seul parquet d’Auch : « exiger une réponse politique à la hauteur de l’incapacité de la justice à protéger les enfants ».
Devant les palais de justice, le message est clair : les magistrats demandent une réponse politique et structurelle. Non pas seulement pour dire qui a failli, mais pour éviter que la chaîne de protection des enfants ne cède à nouveau.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































