Djoumoi Ramia (OECM) : « Il siffle la fin de la récréation pour les groupements patronaux locaux »

Président de l’Ordre des experts-comptables de Mayotte, Djoumoi Ramia se félicite de la réunion organisée sur la convergence sociale à Mayotte, jeudi dernier, dans les locaux de la CSSM. Toutefois, il estime que tout ne va pas pour le mieux, en raison d’un décret pris à l’encontre des intérêts de l’entrepreneuriat mahorais. « Si, personnellement, j’étais comptable et responsable d’une perte annuelle supérieure à 100 millions d’euros sur le territoire, je démissionnerais et je ferais autre chose. Maintenant, chacun est libre de fonctionner comme il en a envie. Je n’ai de calendrier à donner à qui que ce soit : il faut aller de l’avant. »

Flash Info : Quel est votre sentiment à l’issue de cette réunion sur la convergence sociale à Mayotte ?

Djoumoi Ramia : Pour moi, cette réunion était très importante. Elle permettait à toute Mayotte de prendre connaissance des différents dispositifs qui viennent d’être adoptés. Elle a aussi permis de mettre en lumière certaines faiblesses et, surtout, de rappeler les responsabilités des Mahorais.

Je dis cela parce qu’un décret est paru le 11 février 2026 concernant le monde de l’entreprise et l’économie de l’île. Cependant, ce texte n’est absolument pas adapté à Mayotte. Il faut savoir qu’un décret peut être attaqué dans un délai de deux mois après sa publication. Or, dans le cas présent, les personnes qui auraient dû le faire s’en sont abstenues. Résultat : nous nous retrouvons aujourd’hui avec un décret et des dispositifs qui vont nous être appliqués alors qu’ils sont loin d’être favorables aux entreprises mahoraises. Ils risquent même d’accentuer les difficultés dans les mois à venir.

F.I. : À côté de quoi Mayotte est-elle passée dans ce dossier ? Qu’est-ce que les Mahorais doivent retenir de cette affaire ?

D.R. : Il est ici question des allégements de charges patronales prévus par un dispositif appelé « LODEOM sociale renforcée », qui s’applique notamment en Guyane et permet aux chefs d’entreprise de payer moins de cotisations patronales.

Prenons l’exemple d’un salarié rémunéré 2 500 euros par mois. À Mayotte, son employeur paiera environ 700 euros de charges patronales, alors que son homologue guyanais n’en paiera qu’environ 150. Cette différence provient directement de l’application de la LODEOM sociale renforcée.

Ce dispositif permet aux chefs d’entreprise de dégager davantage de marges de manœuvre pour augmenter les salaires, améliorer le pouvoir d’achat et soutenir la consommation. C’est donc toute l’économie locale qui en bénéficie.

Cette mesure est appliquée dans tous les territoires ultramarins, à l’exception de Mayotte. Depuis l’année dernière, nos députés et sénateurs se sont battus pour sortir Mayotte de son régime dérogatoire afin d’intégrer ce dispositif de droit commun.

Au total, ce mécanisme représente 1,7 milliard d’euros par an pour les Outre-mer, dont 650 millions d’euros pour La Réunion. À l’échelle de Mayotte, cela représente environ 120 millions d’euros qui échappent chaque année à notre territoire depuis 2019.

F.I. : Que faut-il faire concrètement pour que la situation revienne à la normale ?

D.R. : Il est temps que notre monde économique se rassemble. La guéguerre qui oppose les différents syndicats patronaux doit cesser. La récréation est terminée, pour le dire plus simplement. Il faut désormais que tout le monde se mette en ordre de marche, car le temps nous est compté.

Pour les entreprises locales, l’urgence, c’est maintenant, pas dans six mois. C’est aujourd’hui qu’il faut discuter, agir auprès des pouvoirs publics et surtout de nos parlementaires, qui devront reprendre un travail qui, selon moi, a été saboté l’année dernière.

Il faut les encourager à rencontrer le chef du Gouvernement et le ministre de l’Économie afin que ce dispositif soit inscrit, au plus tard, dans le budget 2027, via le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

J’espère qu’au 1er janvier 2027, Mayotte bénéficiera du même dispositif que la Guyane. Dans le cas contraire, les entreprises mahoraises s’exposent à de très graves difficultés dans les mois et les années à venir. Une telle situation ne favorisera évidemment pas les investissements sur le territoire.

F.I. : Devons-nous comprendre que le Gouvernement n’a pas pris en considération les conséquences de cette situation pour Mayotte ?

D.R. : J’ai l’impression qu’à Mayotte, on mélange beaucoup trop de choses. Le Gouvernement fait son travail. Il défend le budget de l’État, qui doit faire face à un déficit abyssal. Lui demander de régler les problèmes propres à Mayotte, c’est aller un peu trop loin.

Je rappelle que chacun doit jouer son rôle. Les parlementaires ont fait leur travail en obtenant un décret applicable au territoire. S’il ne convient pas, c’est aux institutions locales de s’en préoccuper et de le contester devant la juridiction compétente.

Force est de constater que cela n’a pas été fait. J’ignore si cela relève d’un manque de volonté ou d’une incompétence, mais le résultat est le même.

Il appartient désormais aux responsables de ce dossier de prendre leurs responsabilités. On ne peut pas laisser les parlementaires faire tout le travail, puis ne plus rien faire ensuite.

Le développement de Mayotte se fera par les Mahorais et pour les Mahorais. Ce n’est pas la métropole qui développera notre archipel. C’est à nous de le faire, avec notre propre travail et notre propre engagement.

L’État défend son budget ; Mayotte doit défendre le sien, ses entreprises et son économie. Il existe une ligne budgétaire consacrée aux Outre-mer. À nous de nous battre pour obtenir notre part, tant pour le fonctionnement que pour les aides aux entreprises et à la population.

La convergence sociale constitue un enjeu majeur. Plus vite nous l’atteindrons, plus l’économie mahoraise gagnera en dynamisme. Tant que nous n’y parviendrons pas, nous continuerons à rencontrer de grandes difficultés.

F.I. : Quelles sont les priorités dans l’immédiat ?

D.R. : Le travail législatif a été réalisé. Il est désormais trop tard pour revenir sur ce décret. Désormais, chacun doit assumer ses responsabilités.

Je n’ai de conseils à donner à personne. Ceux qui ont souhaité être élus le sont aujourd’hui : qu’ils assument leurs responsabilités.

Si, personnellement, j’étais comptable et responsable d’une perte annuelle de plus de 100 millions d’euros pour un territoire, je démissionnerais et je ferais autre chose.

Maintenant, chacun est libre d’agir comme il l’entend. Je n’ai pas de calendrier à imposer à qui que ce soit. Il faut simplement aller de l’avant.

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