Procès du meurtre de Poroani : jusqu’à quinze ans de réclusion requis

Au terme d’un réquisitoire dense, ce lundi 22 juin, la procureure a demandé des peines allant de l’acquittement à quinze ans de réclusion criminelle contre les onze accusés jugés depuis le 15 juin devant la cour d’assises. Ils comparaissent pour le meurtre d’un jeune homme et les tentatives de meurtre sur deux autres victimes, après un lynchage survenu le 15 mars 2022 à Poroani, dans la commune de Chirongui.

« La nuit est noire, la marée monte. Il agonise. » C’est par ces mots que la procureure a replongé la cour dans la scène de violence qui a coûté la vie à un jeune homme, mort à La Réunion, deux jours après les faits. Pour ce dernier, le médecin légiste avait conclu à des lésions « incompatibles avec la survie » écartant tout lien avec son transfert à La Réunion.

Dans son réquisitoire, le ministère public a décrit un lynchage collectif, commencé dans une ruelle du village, poursuivis dans la mangrove et achevé sur la plage, où le plus agé avait été descendu, avant l’arrivée des gendarmes. La procureure a insisté sur l’extrême brutalité des coups. « Il va falloir s’y coller à cette violence pour en sentir l’odeur âcre du sang qui a coulé », a-t-elle lancé avant de rappeler les corps frappés, les coups portés à la tête, les parpaings, les bâtons, le pilon de manioc et les victimes ligotées avec une corde à bétail.

« Ce n’était pas une balade au clair de lune »

Pour l’accusation, l’intention de tuer ne fait aucun doute : les coups sont portés sur des zones vitales : « la tête est visée en premier lieu, puis le haut du corps ». La procureure a aussi écarté l’explication du « bruit » avancée pour justifier le déplacement vers la mer. « C’est inopérant », a-t-elle estimé, puisque la victime descendue sur la plage était déjà inconsciente. Pour elle, le geste avait un autre sens : « On les descend à la mer pour que la mer en fasse son affaire. Ce n’était pas une balade au clair de lune. L’enveloppe de la nuit devait leur servir de linceul, la mer qui reprenait ses droits, de cercueil. »

La procureure a enfin relevé qu’à l’arrivée des gendarmes, l’une des victimes, encore consciente, reçoit un coup de bâton. « Les auteurs ont manqué de temps. Ce sont les lumières des gendarmes qui ont interrompu leur action », a-t-elle conclu.

Dans ce dossier collectif, le ministère public a demandé à la cour de ne pas morceler la scène en une addition de gestes isolés. Selon la procureure, il s’agit d’« une scène unique de violence ». « Lorsqu’un groupe participe à un lynchage collectif, chacun répond de ses actes qu’il a personnellement commis mais également de son concours à l’action commune », a-t-elle rappelé avant d’ajouter : « On ne peut se retrancher derrière la foule et l’effet de foule pour se dédouaner de sa responsabilité. »

Dans cette lecture du dossier, l’identification des trois victimes par l’un des accusés, mineur au moment des faits, aurait constitué l’élément déclencheur du déchaînement de violence. La procureure a toutefois distingué son rôle de celui des autres. Elle a relevé l’absence de casier judiciaire et l’état de sidération dans lequel il se serait trouvé. « Il est certain que, par son jeune âge et par sa sensibilité, il n’était pas en capacité de s’opposer ouvertement au groupe », a-t-elle soutenu. À son encontre, elle a requis l’acquittement.

« la chasse à l’homme a débuté bien en amont de la journée »

Le réquisitoire s’est ensuite attardé sur le rôle de deux accusés, poursuivis pour complicité. Selon l’accusation, leur déplacement a fait le lien entre Miréréni et Poroani, en conduisant sur place le jeune homme capable d’identifier les trois victimes. Les deux ont contesté tout plan concerté, affirmant qu’il faisait du stop. Une version balayée par la procureure : « Il n’y a aucun hasard. »

Pour elle, les deux hommes ne pouvaient ignorer le contexte. « Tout Poroani, tout Miréréni est en ébullition », a-t-elle rappelé, estimant que « la chasse à l’homme a débuté bien en amont de la journée ». Leur trajet n’est donc pas un simple détour : « Il ne fait aucun doute que les deux voulaient participer à ce qui était en train de se jouer dans leur village. » L’un devait pourtant se lever tôt pour prendre son service à la police nationale. Interrogé sur ce qu’il aimait dans ce métier, il avait répondu : « intervenir ». « Être policier, c’est avant tout donner l’alerte que des victimes ont été appréhendées par la population », a cinglé la procureure.

Selon le ministère public, les deux accusés ont ainsi « extériorisé un acte positif » : « ils veulent régler le problème mais attention, sans se salir les mains ». Contre eux, sept ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis probatoire, ont été requis, avec mandat de dépôt.

Des peines plus lourdes ont été demandées contre ceux que le parquet estime davantage impliqués dans les violences physiques. Treize ans de réclusion criminelle ont été requis contre quatre accusés. Pour trois autres, déjà condamnés par le passé, la procureure a demandé quinze ans de réclusion criminelle. Pour un autre accusé, mineur au moment des faits, six ans d’emprisonnement délictuel ont été requis, avec maintien en détention.

Les plaidoiries de la défense ont commencé dans la foulée du réquisitoire. Le verdict est attendu au terme des débats ce mardi 22 juin.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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