Sommet économique France/Afrique de Nairobi : « Ces promesses financières seront-elles vraiment tenues ? »

Le plus important était d’y participer, seraient tentés de dire certains Mahorais. Hélas, rien n’est aussi simple dans un tel TGV diplomatique et économique de cette importance. La capacité d’action prime sur la simple figuration sur les photos officielles. Mayotte a fait le déplacement… puis plus rien.

L’Afrique n’a désormais plus besoin d’aide financière comme par le passé, mais d’investissements profitables à son économie et à ses populations. L’idée de fond étant également de limiter, autant que possible, l’immigration de ses ressortissants vers l’Union européenne.

Cette question — voir notre titre — est posée par le charismatique chef d’État rwandais Paul Kagame, qui constate que le continent africain n’en est pas à sa première salve de promesses de financements économiques jamais tenues.

Grandes accolades répétées entre Emmanuel Macron et William Ruto, annonçant la baisse de rideau du premier sommet économique entre Paris et un État africain anciennement colonie britannique.

Une fois de plus, Paris crie haut et fort à une relation France/Afrique revue et corrigée, dans un esprit gagnant-gagnant, privilégiant désormais le développement économique, les partenariats stratégiques et les nouvelles technologies — notamment l’expansion de l’intelligence artificielle (IA) — plutôt que l’ingérence politique.

Au-delà des grandes accolades destinées aux journalistes et à l’Histoire, cette grand-messe d’un genre nouveau réunissant chefs d’État, gouvernements, ONG, acteurs économiques et associations locales, régionales et internationales, n’aura finalement acté que deux choses :

  • la France ne s’avoue pas vaincue et ne quittera nullement le continent africain ;
  • ce qu’elle a perdu d’une main politique sera récupéré par une autre main économique,

quitte, pour cela, à changer de méthode et de modus operandi.

Finalement, il convient de constater que le rôle, bien qu’éphémère, du Mahorais Thani Mohamed Soilihi dans la diplomatie française aura servi à quelque chose de concret.

On comprend mieux pourquoi certains de nos parlementaires et élus de second plan ont été exhibés à cette occasion dans cette grande foire économique et politique qui dépasse très franchement leur vision des enjeux.

Près de 23 milliards d’euros auraient été actés pour être investis au cours des prochaines années en Afrique, dont 9 milliards provenant du continent africain lui-même. L’enjeu dépasse de très loin les traditionnels calculs lilliputiens et les logiques de guichet fermé.

Quel avenir réel pour Mayotte dans cet océan d’impréparation ?

En effet, l’intervention du président de la « pompeuse » Assemblée de Mayotte sur les ondes de nos confrères de Mayotte La 1ère semble très largement décalée par rapport aux véritables enjeux qui se dessinent.

Au regard des 23 milliards d’euros d’intentions annoncés par Emmanuel Macron et William Ruto, on peut légitimement se demander ce que Mayotte compte réellement prévoir pour rejoindre le dernier wagon de cette locomotive annonciatrice d’un renouveau africain.

Que penser du rôle de Mayotte et de sa jeunesse dans un tel concert international lorsque l’archipel manque de l’essentiel : de véritables politiques publiques dûment réfléchies pouvant servir de boussole et de plan d’action ?

Une fois de plus, notre île se sera couverte de ridicule alors qu’elle aurait pu s’en passer. Mais, au fond, en a-t-elle réellement les moyens ?

Cette interrogation vaut son pesant d’or lorsque le manque de visibilité du Département-Région se constate partout, à commencer par la sauvegarde des intérêts propres des habitants de Mayotte.

Il est en effet légitime de s’interroger sur l’avenir de l’agriculture, du développement économique au sens large, de la jeunesse, des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, domaines pour lesquels Mayotte n’a pratiquement rien entrepris et ne semble rien envisager, si ce n’est une présence opportuniste et occasionnelle.

Une fois de plus, le train risque de quitter le quai sans aucun Mahorais à son bord, bien qu’il ait pris soin de siffler trois fois, pour une destination que le Département-Région n’aura malheureusement pas pris la peine — question d’habitude sans doute — de connaître.

Vive la coopération économique régionale, l’arrimage à l’économie mondiale et le développement de l’intelligence artificielle (IA).

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