Mayotte : commémorer l’abolition de l’esclavage pendant que des Français vivent sans eau

Le 10 mai, la République célèbre la mémoire de l’abolition de l’esclavage. Mais à Mayotte, en 2026, des Français vivent encore sans accès normal à l’eau. Cette contradiction est insupportable.

Le 10 mai 2026, la République a commémoré la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cette date renvoie à l’adoption définitive, le 10 mai 2001, de la loi Taubira, promulguée le 21 mai 2001, qui a reconnu la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.

Vingt-cinq ans plus tard, au Sénat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a célébré cette mémoire devant de nombreuses personnalités politiques, associatives et diplomatiques. La République a parlé de liberté, d’égalité, de dignité humaine. Elle a rappelé ce qu’elle doit aux femmes et aux hommes qui ont combattu l’esclavage.

Mais pendant que les discours solennels étaient prononcés à Paris, une question me brûlait les lèvres : où est la dignité quand des Français de Mayotte n’ont toujours pas d’eau pour vivre ?

Mayotte est un département français. Les Mahorais sont des citoyens français. Et pourtant, depuis des mois, des familles vivent au rythme des coupures d’eau, des restrictions, des calendriers de distribution, des bidons, de l’angoisse sanitaire et de l’humiliation quotidienne.

Aucun Français de l’Hexagone n’accepterait de vivre ainsi. Aucun gouvernement ne proposerait aux habitants de Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Marseille ou Nantes comme seule perspective de “mieux gérer” des coupures d’eau prolongées. Aucun territoire de France métropolitaine ne serait laissé durablement dans une telle précarité hydrique.

Mais à Mayotte, on demande aux habitants de s’habituer. On leur demande d’attendre. On leur demande de comprendre. On leur demande de subir encore et encore…

Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a frappé notre île avec une violence historique. Il a ravagé des quartiers entiers, détruit des logements, fragilisé les infrastructures, aggravé les difficultés d’accès à l’eau et plongé notre territoire dans une crise durable. Cette catastrophe aurait dû provoquer un sursaut national massif, durable, total.

Elle aurait dû conduire à un plan d’urgence digne de ce nom pour reconstruire, sécuriser et garantir l’accès à l’eau potable. Au lieu de cela, que propose-t-on encore trop souvent aux Mahorais ? Des coupures. Des restrictions. Des demi-solutions. Des bricolages administratifs. Des promesses repoussées.

Je le dis avec colère : l’eau n’est pas un confort. L’eau n’est pas une option. L’eau n’est pas une faveur que l’État accorde à Mayotte quand il en a le temps. L’eau est un droit fondamental.

Comment peut-on parler d’abolition de l’esclavage, de dignité humaine, de mémoire nationale et de réparation historique, tout en acceptant qu’un département français vive dans une situation que personne n’oserait imposer ailleurs en France ?

La République ne peut pas avoir deux visages : un visage solennel dans les salons du Sénat, et un visage indifférent face aux Mahorais privés d’eau.

Ce 10 mai devrait nous rappeler une chose simple : la liberté n’est pas seulement un mot gravé dans les discours. Elle suppose des conditions matérielles d’existence. Elle suppose la sécurité, la santé, l’accès aux services publics, l’eau potable, l’école, l’hôpital, les routes, les infrastructures. Elle suppose que chaque citoyen français, qu’il vive à Paris, à Mamoudzou, à Dembéni, à Sada, à Koungou ou à Dzaoudzi, soit traité avec la même considération.

Le combat contre l’esclavage fut un combat pour la dignité. Le combat de Mayotte aujourd’hui est aussi un combat pour la dignité.

Je refuse que Mayotte soit seulement évoquée quand il y a un cyclone, une crise migratoire, une émeute, une pénurie ou une catastrophe. Je refuse que notre île soit considérée en marge de la République. Je refuse que l’on demande aux Mahorais de patienter encore, de comprendre encore, de subir encore et encore…

Les habitants de Mayotte ne demandent pas un privilège. Ils demandent l’égalité. Ils demandent de l’eau. Ils demandent que la République soit enfin présente autrement que dans les cérémonies, les discours et les communiqués.

Le 10 mai, la France a commémoré l’abolition de l’esclavage. Très bien. Mais que cette mémoire oblige. Qu’elle oblige l’État à regarder Mayotte en face. Qu’elle oblige le gouvernement à cesser les promesses et à garantir enfin l’essentiel.

Car une République qui célèbre la dignité humaine mais laisse ses citoyens sans eau trahit ses propres principes.

Mayotte n’a pas besoin de compassion. Mayotte a besoin de respect, d’égalité et d’eau.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Anchya Bamana, députée de la deuxième circonscription de Mayotte
Anchya Bamana
Députée de la deuxième circonscription de Mayotte

Le flash infos du jour

Flash infos Mayotte du Mardi 12 mai 2026
Mardi 12 mai 2026

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une