Ce mardi 28 avril, la visite de presse organisée par le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila, dans plusieurs « établissements scolaires dégradés » s’est finalement limitée à un site. Prévue pour sensibiliser aux incivilités, elle s’est rapidement transformée en échange tendu avec des mères de famille excédées.
« C’est devenu un sport local ici. On court après les réparations », déplore l’édile. « Lundi, on doit refaire ce qu’on a fait vendredi. L’école devient un gouffre financier et la ville ne fabrique pas d’argent. », insiste-t-il. Dans une commune aux moyens limités, la répétition d’actes de vandalisme pèse lourdement sur les finances publiques.
Sur ce site, près d’un million d’euros ont déjà été investis. Il devait accueillir les élèves après la destruction de leur établissement par le cyclone Chido en attendant la construction d’une nouvelle école sur les hauteurs de Vahibe. Mais entre le vol de matériel, les dégradations et les agressions, le chantier n’avance plus.
« On nous demande d’être de bons gestionnaires de l’argent public, mais on refait sans cesse ce qui a été détruit » alerte le maire qui souhaite désormais visibiliser ces comportements. « J’ai demandé aux services de publier quotidiennement pour informer les Mahorais de ces dégradations. C’est un cri d’alerte de responsabilité ». Mais le message passe mal. « Vous nous avez déjà fait ce discours », lance une mère au milieu de la prise de parole. Aussitôt le maire rétorque : « Je ne vous ai pas donné la parole. Si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez partir. » Le malaise s’installe.
« Que faites-vous en tant que parents pour sensibiliser vos enfants ? » ajoute-t-il. Une question qui suscite l’incompréhension. Plusieurs habitantes rappellent qu’après de précédentes crises, il leur avait été demandé de ne pas se substituer aux autorités. En mai 2025, un groupement de partenariat opérationnel réunissant préfecture, collectivité, forces de l’ordre et associations locales avait été mis en place. « Le village s’est levé. Vous nous avez dit qu’il n’était pas question de milices, que ce n’était pas à la population d’assurer la sécurité mais à vous et au préfet », insiste l’une d’elles. « Nous, on a fait notre part. »
En aparté, une autre mère confie : « Nos enfants, on peut les éduquer. Mais les autres ? » Le sentiment d’abandon domine. « On est livrés à nous-mêmes. C’est une zone de non-droit et nos enfants sont au milieu. »
Depuis trois semaines les travaux sont à l’arrêt après l’agression de trois ouvriers. « Ils étaient trois, ils se sont fait attaquer par une dizaine de jeunes », témoigne Loonis Pierre, représentant de l’entreprise I2M en charge du suivi du chantier.
Le Maire reconnaît l’impasse : « On va porter plainte, voir dans quelle mesure on peut assurer la sécurité du site mais je ne sais pas où on va trouver l’argent. On ne peut pas demander à un gardien de se mettre en danger quand il y a une cohorte de voyous qui viennent avec un chambo pour tuer. » Pour les parents relais c’est le même constat.
Une fois de plus, le discours peine à convaincre. Les familles assurent que les jeunes responsables occupent le site et que rien n’est fait pour les déloger. « Les dakous vivent ici. L’école, c’est chez eux », dénoncent-elles.
Interrogé, le maire affirme que « les skateurs ont été enlevés ». Une version contredite par les ouvriers qui assurent qu’ils étaient encore là le matin même. Dans les préfabriqués, des matelas sont posés à même le sol. Dans la cour, un feu ainsi que du manioc témoignent d’une occupation persistante des lieux.
À proximité, l’unique école du village est fermée depuis plusieurs semaines, les enseignants ayant invoqué leur droit de retrait. En cause : absence d’eau, coupures d’électricité, serrures cassées, issues de secours condamnées. « On nous appelle en pleine journée parce qu’il n’y a pas d’eau », déplore une mère.
La situation s’est encore tendue début avril. Un père dont la fille avait été blessée a agressé le directeur de l’école. La BAC, appelée en renfort, a été prise à partie par des jeunes et les affrontements ont duré plusieurs jours.
Pour les familles, le quotidien est devenu ingérable. « On a récupéré nos enfants sur la route en courant parce qu’ils n’avaient pas eu le temps de nous prévenir », raconte une mère encore sous le choc. Depuis, « c’est les mamies qui gardent les enfants, mais après le travail on doit faire les professeurs et les psychologues. », témoigne une habitante. « Ma fille m’a dit : “Maman, il y a la guerre à l’école.” » renchérit une autre.
Face à la situation, le maire annonce l’organisation de nouvelles assises de la sécurité et de la citoyenneté le 24 septembre prochain afin de faire un point avec les partenaires. Ambdilwahedou Soumaila se dit par ailleurs prêt à aller plus loin : il n’exclut pas d’« endetter la ville s’il le faut » pour tenter de répondre à une situation devenue critique.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































