« Il faut préparer les jeunes dès la seconde » : un enjeu crucial pour l’intégration des étudiants mahorais en métropole

Antoissi Mdallah-Mari, vice-président de l’Association des Mahorais de la métropole lilloise & des Hauts-de-France, accompagne depuis 8 ans les étudiants mahorais en métropole. Alors qu’ils sont environ 5 500 à poursuivre leurs études dans l’Hexagone, pour le Flash-Infos, il a accepté de revenir sur les enjeux d’une bonne intégration estudiantine.

Flash-Info : Quelle est la démarche la plus importante afin de réussir une année scolaire ?

Antoissi Mdallah-Mari : Le nerf de la guerre, c’est souvent la question financière. Les jeunes doivent pouvoir assurer leur installation sur place. Même lorsque des dispositifs existent, les associations manquent de moyens et certains étudiants n’ont pas de quoi se loger ou subvenir à leurs besoins lorsqu’ils partent se former. Il existe pourtant de nombreuses structures et initiatives, comme les réseaux associatifs ou des actions de prévention, à l’image de la caravane des villages à Mayotte. Mais selon moi, ces dispositifs interviennent trop tard. La préparation à la mobilité devrait commencer dès la classe de seconde, afin que les jeunes puissent se projeter plus tôt. Aujourd’hui, beaucoup se retrouvent à devoir s’organiser dans l’urgence, ce qui rend les choses plus difficiles.

F.I. : Quelle actions mettez-vous en place avec votre association ?

Le premier pas que nous avons mis en place est l’organisation de forums de mobilité. L’objectif est de rassurer les jeunes, mais aussi les parents, grâce à l’engagement de bénévoles qui donnent de leur temps. Il est essentiel d’accompagner les familles, souvent inquiètes, en leur apportant des informations concrètes et un soutien moral. Pour les jeunes qui ne connaissent pas la région d’accueil, il est aussi important de leur faire découvrir les modalités de transport, l’environnement quotidien, les commerces de proximité. C’est un véritable changement de vie, et il faut les aider à s’y préparer.

F.I. : Quel est le premier enjeu à relever afin de réussir son année ?

A.M.M. : Le premier enjeu est de lutter contre l’isolement. Beaucoup d’étudiants en sont victimes, en particulier lorsqu’ils arrivent dans un nouvel environnement. Il est donc essentiel de créer du lien et de s’appuyer sur les structures existantes. Le deuxième objectif est de préserver un équilibre moral. Se sentir bien, recréer un “chez-soi”, permet de maintenir un lien avec ses repères et de mieux vivre l’éloignement. Le troisième objectif est de devenir acteur et ambassadeur. Les étudiants peuvent représenter leur territoire et transmettre une image positive, tout en s’entraidant. Il est donc important de ne pas s’isoler, de s’ouvrir aux autres et à la vie sociale. Il faut être actif, rejoindre des associations, découvrir les us et coutumes du territoire d’accueil, et surtout ne pas avoir peur de demander de l’aide.

F.I. : Quel rôle peuvent jouer les parents dans la réussite de leur enfant ?

A.M.M. : Les parents ont un rôle essentiel. Ils doivent, autant que possible, alléger le poids des responsabilités qui pèsent sur leur enfant. Même sans moyens importants, le simple fait de s’intéresser à leur parcours, de prendre des nouvelles et de les soutenir moralement est fondamental. Ils peuvent aussi aider dans certaines démarches administratives ou accompagner à distance. Cette présence, même discrète, est précieuse et rassurante pour l’étudiant.

F.I. : Quels changements observez-vous dans l’accueil des jeunes ?

A.M.M. : Aujourd’hui, nous accueillons de plus en plus de jeunes. Nous sommes également plus engagés, même si les moyens restent limités. Il y a une réelle prise de conscience : la réussite de Mayotte passera en grande partie par ses étudiants, qui seront les acteurs de demain. Cependant, certaines difficultés persistent. Par exemple, les dispositifs comme la DPSU ne permettent pas toujours aux jeunes de percevoir leur bourse dès le mois de septembre. Chaque année, les mêmes problèmes se répètent, ce qui fragilise leur installation et leur parcours.

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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