Coupures d’eau potable : « nous en avons marre, cela suffit maintenant ! »

Déjà plusieurs jours qu’il leur est impossible de prendre une douche, de cuisiner, de faire la lessive et bien d’autres choses. L’eau manque au robinet dans la plupart des quartiers de Dzaoudzi-Labattoir et de Pamandzi, à la suite d’une importante fuite dans le réseau sur le boulevard des Crabes. Des travaux sont en cours et pourraient conduire à un retour à la normale ce mardi. Mais surtout, ne faites aucun commentaire sur ce sujet : des personnes pourraient se courroucer au sein de la direction de la SMAE.

Déjà cinq jours que les habitants de la Petite-Terre sont soumis au régime sec : plus aucune goutte d’eau au robinet, pas même le jour de l’Aïd el-Fitr. À peine installés dans leurs fauteuils de premiers magistrats de Pamandzi et de Dzaoudzi-Labattoir, samedi et dimanche, Freddy Novou et Issouf Maandhui doivent faire leur baptême du feu face au mécontentement populaire et aux réclamations des usagers. Si ces deux-là ne sont pas encore comptables de la situation actuelle, ils portent néanmoins les légitimes attentes de leurs nouveaux administrés, qui considèrent que l’eau est un droit absolu, une ressource vitale au même titre que l’électricité, et qu’elle ne saurait souffrir d’aucun manquement.

« Wagnawéééé, trop c’est trop ! Basi ivo ! » (cela suffit !). Ce cri d’alarme est celui de Hachimiya Al-Hamidi Hamidouni, résidente du quartier Mbouyoujou, dans les hauteurs de Labattoir, non loin du quartier Mangafouté à Pamandzi. Elle explique que la vie est devenue impossible dans son foyer depuis cinq jours : elle ne fait plus la lessive, la vaisselle, et encore moins à manger, en raison d’un manque d’eau persistant.

« Ces personnes qui gèrent le traitement et la distribution de l’eau sur l’île savent faire preuve d’un cynisme incomparable. À croire qu’elles n’attendaient que la fin du Ramadan pour nous infliger un calvaire de plus. Priver la population d’eau durant tout ce temps, en pleine saison des pluies prolongée et sous cette chaleur qui bat des records, il faut le faire ! Il faut être complètement tordu d’esprit pour infliger un pareil traitement à des familles entières, à des écoliers et à des enfants en bas âge ! Et vous verrez, ils ne manqueront pas d’arguments pour justifier cet acte devant les caméras de télévision. »

La dame n’est hélas pas la seule à exprimer son mécontentement : elles sont des milliers, dans les rues et sur les places publiques des deux villes de Petite-Terre, à s’interroger sur ce qui se passe et sur la durée réelle de ce désagrément. En effet, l’origine de cette coupure d’eau n’est pas la première question que se posent les usagers de « La Mahoraise des Eaux », mais plutôt : dans combien de temps auront-ils à nouveau droit à une goutte bienfaisante de cette ressource devenue rarissime sur le territoire, davantage par la faute des hommes que par celle de la nature ?

Pour la cause, les habitants des deux villes croient savoir ce qu’il en est : « une importante fuite d’eau dans la canalisation principale, sous l’un des trottoirs du boulevard des Crabes à Foungoujou, en direction du rocher de Dzaoudzi ».

Quand l’omerta devient la règle pour une question d’une grande banalité

La quantité d’eau qui en jaillit depuis plusieurs jours, pour finir sur le bas-côté de la route dans la mangrove voisine, a été suffisamment conséquente pour être visible de tous les passants, qu’ils circulent à pied ou en voiture. Une tranchée a été creusée depuis trois jours et des agents s’y activent, sans qu’aucune information n’en ressorte : « Nous ne pouvons rien vous dire, il faut vous adresser à notre direction, seule habilitée à vous répondre. »

Sous le ciel de Mayotte, rien de nouveau lorsqu’il s’agit de coupures d’eau : l’omerta prévaut, « allez voir ailleurs si nous y sommes ! ». En effet, d’appel en appel à la SMAE, il nous a été recommandé de nous adresser au directeur d’exploitation, dénommé Nassurdine Abdallah. « Je suis soumis au devoir de réserve. Contentez-vous des communiqués que nous publierons ou écrivez ce que vous voulez ; nous ferons valoir notre droit de réponse si nous le jugeons nécessaire ! »

La messe est dite : circulez, il n’y a rien à voir. Cette façon de répondre en dit long sur l’exaspération des usagers de la SMAE résidant en Petite-Terre, qui s’estiment n’avoir aucun droit face au gestionnaire du réseau d’eau potable à Mayotte. Dès lors, il est compréhensible qu’ils s’adressent à leurs nouveaux élus, à peine installés dans leurs fonctions.

Dans leur ligne de mire : les prochains délégués communaux qui siégeront au conseil du syndicat intercommunal « L’Eau de Mayotte ». C’est en effet à eux qu’il appartiendra d’influer sur la politique officielle de cette institution afin de demander des comptes au détenteur actuel du contrat d’affermage, en particulier sur l’entretien du réseau de conduite et de distribution d’eau potable.

Une défaillance qui n’a que trop duré aux yeux de la population, contrainte de ne pas se doucher, de boire et de cuisiner avec des bouteilles d’eau minérale achetées au double, voire au triple de leur prix en métropole ou dans les autres Outre-mer. Une réalité qui ne serait sans doute pas du goût des dirigeants de la SMAE et qui expliquerait peut-être l’énervement inutile du directeur d’exploitation.

Face à ce manquement évident à l’une des clauses du contrat d’affermage, il va sans dire que le gestionnaire du réseau de distribution d’eau à Mayotte a failli et qu’il ne semble nullement pressé d’assumer le coût de la rénovation des conduites souterraines qui desservent la quasi-totalité du territoire mahorais.

Pour s’en tenir au dernier communiqué rendu public par « La Mahoraise des Eaux » et relayé par certains médias locaux, un retour probable de l’eau aux robinets des habitants de Pamandzi et de Dzaoudzi-Labattoir est évoqué dans le courant de la journée de ce mardi 31 mars 2026. De quoi rassurer les parents d’élèves qui ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l’école faute de pouvoir les faire se doucher auparavant ; idem pour les adultes (dont le nombre croît) contraints au télétravail pour la même raison.

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