Les deux principaux acteurs de l’alliance conclue dimanche soir entre le NEMA et le MDM à Labattoir sont contraints d’expliquer leur choix à la population sur les réseaux sociaux. S’il n’est pas question de remettre en cause ce partenariat stratégique, Freddy Novou et Saïd Omar Oili se sont néanmoins sentis obligés de justifier leur décision auprès de leur électorat respectif, après que des voix discordantes se sont fait entendre au sein de leurs bases. La crainte d’un boycott d’une partie de leurs militants, pour diverses raisons, est palpable. Verdict dimanche soir.
La politique a ses mystères que le commun des citoyens ne peut pas toujours comprendre. C’est le cas du mariage de raison scellé dans la commune de Dzaoudzi-Labattoir dimanche soir, et officialisé lundi 16 mars 2026, entre le parti NEMA du sénateur Saïd Omar Oili et la fédération locale du MDM (Mouvement pour le Développement de Mayotte), qui se veut l’héritier du mouvement des « Sorodas », à l’origine du maintien de Mayotte dans la France lors de l’indépendance des Comores.
Pour de nombreux militants de base, la soif de pouvoir des leaders ne saurait justifier le franchissement d’un tel Rubicon. « Pourvu que cette alliance tienne longtemps, sinon les marrons seront définitivement cuits pour notre parti dans les prochaines années. Je ne donne pas cher de l’avenir politique de ceux qui l’ont validée », confie Ahmed Abdallah, qui ne cache pas qu’il aurait préféré un rapprochement avec le camp du maire sortant, Houmadi Mikidache. Lorsqu’on lui rappelle l’appartenance récente de ce dernier au NEMA, il élude la question et met en avant sa jeunesse et le renouveau politique qu’il incarne aux yeux d’un électorat local fortement rajeuni.
Ainsi, pour une partie des électeurs ayant contribué au score de 38 % du maire sortant, ce choix aurait été guidé par un désir de renouvellement. Les circonstances ayant conduit à la rupture entre le sénateur Saïd Omar Oili et son ancien protégé, désormais émancipé, alimentent les discussions. Le premier est accusé par certains d’acharnement politique en tentant de reconquérir la municipalité après l’avoir laissée à son poulain pour briguer le mandat de sénateur il y a trois ans.
Mais les critiques ne viennent pas uniquement du MDM. Au sein du NEMA également, des grincements de dents se font entendre, même s’ils restent plus discrets. « Notre problème réside surtout dans les concessions faites au MDM. Mais avions-nous réellement le choix ? L’opposition farouche de notre leader envers le maire sortant rendait toute alliance impossible avec nos anciens camarades, pourtant arrivés en tête au premier tour », explique un proche du sénateur.
Freddy Novou se défend de s’être vendu à Saïd Omar Oili pour un fauteuil de maire
Freddy Novou ne cache pas ses regrets face à l’absence de tentative de rapprochement en amont de la campagne, qui aurait permis d’éviter ce qu’il qualifie de « lutte fratricide ». Lucide, il reconnaît toutefois qu’il est désormais impossible de faire marche arrière, la liste fusionnée ayant été officiellement déposée en préfecture mardi matin.
Dans les rues de Labattoir, les commentaires vont bon train, oscillant entre espoir et inquiétude quant à l’issue du second tour. Beaucoup s’interrogent sur la capacité des consignes de vote à se traduire concrètement dans les urnes et à garantir une victoire nette de cette alliance.
Conscients de ces incertitudes, Freddy Novou et Saïd Omar Oili ont chacun pris la parole via des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Le candidat du MDM y détaille les circonstances de l’alliance ainsi que la répartition des postes au sein du futur conseil municipal en cas de victoire, évoquant notamment les concessions consenties, dont la présidence de la communauté de communes de Petite-Terre.
Freddy Novou rejette fermement les accusations de compromission et affirme avoir agi dans l’intérêt de la commune, plaidant pour une construction collective fondée sur l’unité des forces vives. Il indique également que le maire sortant, Houmadi Mikidache, avec qui il s’était entretenu par téléphone dimanche soir après les résultats, ne l’a finalement pas recontacté comme prévu.
De son côté, Saïd Omar Oili rappelle avoir déjà collaboré avec des élus du MDM par le passé, notamment au niveau départemental, dans l’intérêt général de Mayotte, sans que cela ne suscite de critiques. Il s’étonne donc des réactions actuelles à Labattoir. Il met également en avant les compétences et les qualités de Freddy Novou, qu’il connaît de longue date, y compris lorsqu’il siégeait dans l’opposition au conseil municipal. Il appelle enfin ses militants à dépasser les divisions pour se concentrer sur l’avenir de la commune.
En face, la liste « Construisons ensemble l’avenir de Dzaoudzi-Labattoir » reste silencieuse sur cette alliance. L’entourage du maire sortant affiche toutefois une grande confiance dans le choix des électeurs, seuls arbitres du scrutin.
Certains estiment que l’alliance MDM/NEMA ne constitue pas un obstacle insurmontable pour conserver la mairie. « Alea jacta est », (Le sort est jeté) disait en son temps Jules César. L’issue de ce scrutin se jouera désormais dans les urnes, entre les mains des électeurs de Dzaoudzi-Labattoir.
Journaliste politique & économique




































