Un premier tour riche d’enseignements avant les grandes tractations

Les heureux rescapés du premier tour ont à peine 48 heures (depuis hier matin, lundi) pour négocier des alliances profitables en vue du deuxième tour dans quinze jours ou renforcer leurs postures défensives face à leurs challengers. Les jours à venir ne seront guère de tout repos pour les candidats restés en lice. Les situations qui se présentent dans certaines localités pourraient basculer au détriment de quelques-uns ayant pourtant engrangé un nombre élevé de voix.

Il en ressort quantité d’enseignements à retenir, à analyser et à observer dans la perspective du second tour qui s’annonce très chaud.

L’honneur est sauf pour la démocratie. Après une grosse frayeur à la mi-journée (17,6 %), le taux de fréquentation des bureaux de vote a connu, dimanche 15 mars 2026, un extraordinaire sursaut : un engouement de dernière minute en fin d’après-midi qui a été salutaire pour Mayotte, reconnue dans la nation pour sa participation significative à chaque scrutin.

Après la fermeture des bureaux de vote en début de soirée, un taux de participation honorable de 58,20 % a été enregistré, sous réserve de sa validation définitive par le ministère de l’Intérieur à Paris. Quelques localités ont surpris par les chiffres obtenus dans ce domaine, avec des taux allant de 60 à 80 % à la clôture des opérations de vote.

Ce premier tour des municipales est empreint de nombreuses observations et d’enseignements sur les désirs et les attentes des électeurs mahorais — qui ont très sensiblement rajeuni — ainsi que sur la nouvelle trajectoire à donner aux politiques publiques dans les 17 communes de l’île.

Le sentiment, très présent en début d’année, d’une volonté de  » dégagisme  » chez une majorité d’électeurs s’est finalement exprimé de manière disparate selon les endroits, et non sur l’ensemble du territoire. Il en va de même pour un grand nombre de maires sortants qui ont réussi à très bien se positionner pour le deuxième tour de ces élections dans quinze jours.

C’est indéniablement l’une des grosses surprises de cette journée du dimanche 15 mars 2026. En effet, un premier baromètre ne laissait penser à un tel scénario que pour les communes de Bandrélé, Chiconi, Mamoudzou et Sada. Au final, il en a été de même dans d’autres localités : M’tsangamouji, Dzaoudzi-Labattoir et d’autres encore.

Autre élément remarquable : le retour en force d’anciens maires, momentanément renvoyés à une retraite politique anticipée lors du scrutin de 2020. Ce fut le cas à Acoua avec Darouèche, à Koungou avec Saïd Ahamadi (Raos) et à Chirongui avec Ibrahima Hanima (dite Roukia Lahadji). Cette recette n’a hélas pas réussi à tous les  » dinosaures « .

La semaine qui démarre nous permettra d’aborder, au cas par cas, la situation de chacune de ces communes afin de comprendre les raisons ayant conduit à ces percées plus ou moins inattendues pour le public.

Une configuration propice à de nouvelles majorités macédoines, sans doute de courte durée

Une chose est sûre : les maires sortants qui ont pu se prévaloir d’une action concrète durant leur mandature ne sont pas à plaindre des résultats qu’ils ont obtenus à l’issue de ce premier tour.

Reste à savoir s’ils survivront tous aux diverses tractations de ces deux derniers jours (la date limite ayant été fixée à ce mardi 17 mars 2026) en vue de ralliements en faveur des uns ou des autres de leurs challengers.

Les incertitudes restent nombreuses au regard du nombre de communes hyperconvoitées par des candidats estampillés LR, MDM ou affiliés. En effet, dans ce cas de figure, Mayotte n’a rien à envier à la métropole : le deuxième tour des municipales risque de se dérouler à couteaux tirés, en particulier à Acoua, Bouéni, Sada, Dembéni, Dzaoudzi-Labattoir, Pamandzi, etc.

Autant peut-il préfigurer de probables alliances de circonstance — quitte à ce qu’elles éclatent avant la fin de la mandature, comme cela s’est vu lors des mandatures qui s’achèvent — autant peut-il voir se concrétiser un jusqu’au-boutisme de la part de certains candidats dans des triangulaires inefficaces pour les occupants des troisièmes positions.

Que dire alors des luttes fratricides qui caractérisent les formations traditionnelles de l’île (à l’exception des LR qui ont su très rapidement éteindre le feu en faisant taire, cette fois-ci, les divisions internes avant qu’elles n’atteignent un point de non-retour) et des groupements politiques hétéroclites et opportunistes qui avaient donné assise, dans le passé, à des majorités macédoines ?

Derniers éléments — et non des moindres — à retenir de ce premier tour des municipales cette année : les ententes de raison entre membres de mêmes majorités sortantes arrivés au coude à coude, ainsi que la prise en compte du vote des jeunes par les futures municipalités.

Il faut également rappeler que l’argent, nerf de la guerre dans toute mise en place d’un programme, manque cruellement à Mayotte (comme en France métropolitaine) en cette fin de l’ère Emmanuel Macron.

Les LR voient leur position sur l’échiquier politique local renforcée à l’issue de ce premier tour

Le risque d’une gouvernance difficile n’est pas à exclure dans les communes concernées et dans les intercommunalités. On se souvient notamment du cas de la communauté de communes de Petite-Terre, à travers le duel entre Madi Madi Souf et Saïd Omar Oili, avant que la situation ne soit un temps transférée à Archadi Abassi.

Une telle situation peut s’avérer très préjudiciable à toutes les parties concernées et, par extension, aux communes membres et à leurs administrés.

Du côté des jeunes, ils ont cherché à peser autant qu’ils le pouvaient sur les résultats de ce premier tour, et il en sera probablement de même dans quinze jours lors du second tour, car ils veulent se faire entendre dans les différents rouages du pouvoir dans l’île.

Ils exigent des politiques publiques qui les prennent en compte et commencent à réaliser le poids que pourrait représenter leur vote dans les scrutins à venir. Ils veulent que leurs élus tiennent les promesses faites avant les élections et ils seront sans état d’âme pour sanctionner, le moment venu, tous ceux qui les auront bernés.
Avis donc à tous les concernés.

Enfin, pour être tout à fait complet sur les prévisions des observateurs concernant ce premier tour, il convient de retenir la qualification des LR comme formation politique dominante à Mayotte. Ils sortent très renforcés de ce scrutin avec un grand nombre de communes où leurs candidats sont mieux placés que leurs adversaires.

Une prouesse à mettre sur le compte d’une bonne préparation, mais également d’un leadership qui fait défaut au MDM, au MODEM et à NEMA, englués dans des luttes intestines où chacun veut devenir calife à la place du chef actuel.

Pas sûr que Mayotte sorte gagnante de ce fracas qui ne laisse plus de place aux projets collectifs de société et de cités à construire ou à remettre sur les rails afin d’effacer les stigmates du cyclone Chido.

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