À l’université de Dembéni, la chercheuse Morgane Rosier a présenté les premiers résultats d’une étude menée après les cyclones Chido à Mayotte et Garance à La Réunion. Commandée par la Croix-Rouge, cette recherche s’appuie sur 37 entretiens pour analyser l’efficacité et les limites de la gestion des risques.
Pourquoi certaines politiques de gestion des risques échouent-elles face aux catastrophes naturelles ? À l’université de Dembéni, à Mayotte, Morgane Rosier, post-doctorante en économie et gestion, a présenté les premiers résultats de ses recherches devant un public attentif. Son étude, commandée par la Croix-Rouge, explore comment les populations perçoivent les risques et quelles stratégies de prévention et de gestion sont réellement efficaces dans des territoires régulièrement exposés aux aléas climatiques.
Une recherche après les cyclones
Les travaux de Morgane Rosier s’inscrivent dans un contexte marqué par plusieurs événements climatiques récents dans l’océan Indien. En décembre 2024, le cyclone Chido a frappé Mayotte. Quelques mois plus tard, le cyclone Garance a touché La Réunion.
Ces phénomènes s’inscrivent dans une tendance plus large d’intensification des événements climatiques extrêmes. Pourtant, malgré la multiplication des politiques publiques et des dispositifs de prévention, leur efficacité reste parfois limitée.
« Il existe encore de nombreux manquements dans la littérature scientifique sur la gestion des risques dans ces territoires », explique la chercheuse. Son objectif est de poser les premiers jalons d’une réflexion écrite sur la gestion des risques à Mayotte.
Une étude de terrain
Pour mener son enquête, Morgane Rosier a réalisé 37 entretiens à Mayotte, notamment à Dzaoudzi-Pamandzi, Mamoudzou, Kawéni et La Vigie. Ces échanges ont permis de mettre par écrit des réflexions et des expériences vécues par les habitants et les acteurs locaux, souvent présentes dans les discussions mais rarement consignées dans la recherche. L’étude compare également la situation de Mayotte avec celle de La Réunion, deux îles confrontées à des risques naturels similaires mais disposant de contextes sociaux et institutionnels différents. Les travaux de Morgane Rosier constituent pour l’instant une recherche exploratoire, qui pourrait déboucher sur des études de plus grande ampleur. Mais ils mettent déjà en lumière un enjeu central : l’efficacité des politiques de gestion des catastrophes ne dépend pas uniquement des moyens techniques ou financiers. Elle repose aussi sur la manière dont les risques sont perçus, compris et appropriés par les populations. Un facteur souvent sous-estimé, mais essentiel pour préparer les territoires aux catastrophes climatiques à venir.
Des territoires marqués par des contraintes spécifiques
Les résultats mettent en lumière plusieurs facteurs structurels. D’abord, des contraintes naturelles importantes liées à l’insularité : difficultés de transport, d’accès aux services, ou encore d’organisation logistique en cas de crise.
Ensuite, des réalités socio-économiques marquées, notamment un taux de pauvreté élevé à Mayotte. Enfin, un héritage colonial qui nourrit parfois une méfiance vis-à-vis de l’État et des institutions publiques. Malgré leurs différences, les habitants des deux îles s’accordent sur certains constats : l’insularité influence fortement la manière dont les risques sont vécus et gérés.
Deux visions du risque
L’étude met en évidence un décalage entre deux façons de concevoir les catastrophes. D’un côté, une approche technocratique et quantitative du risque, privilégiée par les institutions. Cette vision repose sur des modèles statistiques, des plans d’intervention et des procédures standardisées. De l’autre, des représentations plus nuancées au sein des populations locales, souvent influencées par des croyances culturelles ou religieuses. Dans ce contexte, la gestion des risques peut apparaître abstraite pour les habitants, voire déconnectée de leur réalité quotidienne.
Les limites d’une approche descendante
Selon Morgane Rosier, de nombreuses stratégies de gestion des risques sont conçues selon une logique « top-down », c’est-à-dire imposées depuis les niveaux décisionnels supérieurs vers les territoires.
Or ces approches descendantes peinent parfois à fonctionner localement. Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés : un fort attachement des habitants à leur lieu de vie, qui rend les solutions de relocalisation difficiles à accepter ; un niveau d’engagement variable des acteurs locaux ; ainsi qu’un turnover important parmi certains professionnels et experts expatriés. Ces éléments compliquent la continuité des politiques publiques et la mise en œuvre de stratégies durables.
Un problème de coordination
Au-delà de ces défis, l’étude souligne également un problème récurrent de communication et de coordination entre les institutions. D’après les témoignages recueillis lors des entretiens, les responsabilités dans la gestion des crises restent parfois floues. Dans certains cas, les acteurs institutionnels ont tendance à se renvoyer la responsabilité des défaillances.
« La gestion des risques peut se dégrader lorsque les responsables se renvoient la balle », résume la chercheuse. Une situation qui s’est notamment illustrée pendant la crise cyclonique, lorsque de l’eau en bouteille destinée aux municipalités a finalement été refusée par ces dernières et renvoyée vers les services de la préfecture. La culture du risque reste ainsi un enjeu encore véritable pour les prochaines équipes municipales.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.




































