Visite du président des Républicains : Bruno Retailleau promet de “rétablir l’ordre”

Candidat déclaré à la présidence de la République en 2027, Bruno Retailleau est en visite pour 48 heures dans l’archipel depuis hier matin, mardi 10 mars 2026. Aux commandes du parti Les Républicains (L.R) depuis son départ du gouvernement Bayrou l’année dernière, l’ancien ministre de l’Intérieur est venu soutenir les candidats aux élections municipales adoubés par sa formation politique. Il prône une fermeté contre l’immigration illégale sous peine dit-il de devoir reconstruire Mayotte sur du sable.

Flash Info : Monsieur Retailleau, par vos précédentes fonctions ministérielles, vous n’ignorez pas les préoccupations majeures des Mahorais, immigration clandestine incontrôlées, insuffisance de financements pour rebâtir les infrastructures essentielles après le cyclone Chido en 2024, que répondez-vous aux Mahorais qui ont le sentiment d’être totalement délaissés par le pouvoir central à Paris ?

Bruno Retailleau : Je comprends le sentiment d’abandon de mes compatriotes mahorais. Il est d’autant plus important que leur patriotisme est ardent : les Mahorais ont choisi la France. Le premier devoir de l’Etat est de leur montrer qu’ils sont des Français à part entière. La vérité, c’est qu’aucun citoyen de l’hexagone n’accepterait ce chaos migratoire auquel sont confrontés les Mahorais depuis des années. La priorité des priorités à Mayotte, c’est de maitriser l’immigration clandestine. Tant qu’elle restera incontrôlée, aucune politique publique — sécurité, école, infrastructures — ne pourra fonctionner correctement. Je l’ai dit à de nombreuses reprises : sans la fermeté migratoire, nous reconstruirons Mayotte sur du sable.

C’est pourquoi quand j’étais ministre de l’Intérieur, nous avons augmenté les reconduites à la frontière et renforcé les moyens et les effectifs. Cet effort doit se poursuivre, avec une coopération plus ferme avec les pays de la région pour qu’ils reprennent leurs ressortissants. Les Comores doivent aussi respecter leurs engagements. La France doit également renforcer sa présence maritime pour empêcher les embarcations clandestines d’atteindre Mayotte.

Après le cyclone Chido, l’État s’est mobilisé immédiatement. J’étais en contact avec les autorités locales dès le 14 décembre et sur place deux jours plus tard. Le préfet a reçu des pouvoirs exceptionnels pour coordonner les secours.

Mais l’enjeu dépasse l’urgence. Les trois lois adoptées en 2025 visent à reconstruire et refonder durablement Mayotte. Notre ligne est claire : maîtriser l’immigration, rétablir l’ordre et reconstruire l’île pour que les Mahorais retrouvent sécurité et confiance. 

F.I : Ce qui bloque au premier rang ce sont les innombrables promesses jamais tenus par les gouvernements successifs d’Emanuel Macron, vous avez été un de ces ministres récemment, comprenez-vous la frustration qui anime les Mahorais actuellement ? Le sentiment d’être des citoyens de seconde zone ?

B.R : Cette frustration existe et elle est légitime. Beaucoup de Mahorais ont le sentiment que les promesses faites au sommet de l’État n’ont pas été tenues. Mais le Parlement a récemment adopté trois lois pour Mayotte. C’est inédit pour un territoire de la République.

Un comité de suivi composé de parlementaires et d’élus mahorais, présidé par le sénateur Thani Mohamed Soilihi a été mis en place pour veiller à leur application jusqu’en 2035. L’objectif est simple : que les engagements pris soient réellement tenus et que la relation entre Paris et Mayotte change, avec davantage d’écoute des élus et des habitants.

Au sein même de notre famille politique qui a toujours été très attachée à l’Outre-mer, j’ai voulu que mon ami Ambdilwahed Soumaila, le maire de Mamoudzou, soit notre Secrétaire national des Républicains, chargé de l’Outre-mer.

F.I : Vous êtes parlementaire, la loi de programmation de juillet 2025 sur la refondation de Mayotte prévoit 4 milliards d’euros sur 6 ans. Neuf mois plus tard, il n’en est toujours rien, il semblerait même que seul 1 milliard peut être espérer à la fin des 6 ans, quel est votre opinion sur ce sujet ? Comprenez-vous qu’une partie importante de l’électorat puisse se tourner vers le Rassemblement National ? 

B.R : Les trois lois adoptées pour Mayotte donnent enfin une base juridique solide aux engagements de l’État. Jusqu’ici, beaucoup d’annonces reposaient sur des plans sans force contraignante, comme le « Plan Mayotte 2025 » présenté en 2015.

Désormais, les parlementaires auront un rôle clair : contrôler l’action du gouvernement et veiller, lors des lois de finances, à ce que les crédits promis soient réellement votés et utilisés. Le comité de suivi sera aussi là pour garantir cette vigilance.

Je comprends que certains électeurs, déçus, puissent être tentés par le Rassemblement National. On voit le même phénomène dans l’Hexagone. Mais ce parti prospère surtout sur la colère sans apporter de solutions durables.

La réalité, c’est que la situation de Mayotte s’est fortement dégradée depuis 2012, avec les gouvernements de François Hollande puis d’Emmanuel Macron. Avant cela, lorsque la droite était aux responsabilités, avec Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Fillon, Mayotte a connu des avancées importantes dans son développement et son intégration à la République. L’expérience le montre : quand la droite gouverne, Mayotte avance.

F.I : Les directives européennes sont devenues à Mayotte un prétexte de tourner en rond pour les services de l’Etat, des fonds très importants sont officiellement mis à disposition, mais rarement consommés, alors que le territoire en tant besoin. Comment expliquer ce paradoxe, sachant que l’autorité de gestion de ces fonds est assurée par les services de l’Etat sur place ?

B.R : Les financements européens doivent être mobilisés pleinement pour répondre aux besoins du territoire. Cela suppose de simplifier les procédures pour mieux défendre les projets mahorais auprès des institutions européennes.

La coordination entre l’Etat et les collectivités mahoraises, au premier rang desquelles l’Assemblée de Mayotte, présidée par Ben Issa Ousseni, doit être optimale pour piloter et utiliser ces fonds le plus efficacement possible et au plus près des besoins des mahorais.

La régionalisation pleine et entière instituée dans la loi organique a vocation à faire évoluer la gestion des fonds européens de l’Etat vers le nouveau département-région de Mayotte lors de la prochaine programmation comme cela est la règle partout dans la quasi-totalité des régions de France.

F.I : Votre venue à Mayotte ce matin s’inscrit dans le cadre des élections municipales, les communes locales sont exsangues alors qu’elles font face à d’immenses défis dont l’insécurité, la gestion des déchets, la mobilité, les écoles, le logement etc …, qu’est-ce que votre formation politique entend proposer aux électeurs mahorais ?

B.R : Ma venue s’inscrit évidemment dans le contexte des municipales, mais elle montre surtout un engagement constant pour Mayotte. Je m’y suis rendu à plusieurs reprises ces dernières années, comme président du groupe au Sénat puis comme ministre. C’est mon troisième déplacement en deux ans. Le combat pour Mayotte est au cœur de mon action.

Les communes sont en première ligne face à des défis immenses : sécurité, écoles, déchets, mobilité, logement. À Mayotte plus qu’ailleurs, elles doivent être soutenues par l’État. La solidarité nationale doit y jouer deux fois plus qu’ailleurs.

Les candidats soutenus par Les Républicains sont engagés sur ces enjeux très concrets du quotidien. La question des déplacements, par exemple, est devenue centrale avec les embouteillages qui paralysent parfois l’île. Des intercommunalités comme la CADEMA avec le projet Caribus, ou la communauté de communes Centre-Ouest, investissent fortement dans les transports collectifs. Les communes sont aussi en première ligne sur l’eau pluviale, la gestion des déchets ou encore le traitement des dégâts laissés par le cyclone Chido. Je pense aussi aux actions engagées à Mamoudzou pour garantir à chaque enfant un parcours d’apprentissage d’excellence de la petite enfance jusqu’à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

À Mayotte, nous soutenons 16 candidats. Tous ont la même ambition, celle d’être au plus près des habitants, répondre aux problèmes du quotidien et porter une vision de développement durable pour leur commune et pour l’île.

F.I : Des ambitions présidentielles vous sont prêtés Monsieur Retailleau, qu’est-ce que l’ancien ministre de l’Intérieur que vous avez été récemment peut proposer contre la violence gratuite vécue par les Mahorais au quotidien ?

B.R : La priorité est de rétablir l’ordre et de protéger les habitants. Les Mahorais subissent une violence quotidienne qui n’est pas acceptable, et qui est directement liée aux désordres migratoires : j’invite les belles consciences de gauche qui nient le lien évident entre insécurité et immigration à se rendre à Mayotte.

Il faut d’abord soutenir les communes dans leurs politiques de sécurité, comme la vidéoprotection, et accompagner le développement des polices municipales. À Mamoudzou, le maire, Ambdilwahed Soumaila a par exemple doublé les effectifs de policiers municipaux. Ce type d’initiative doit être soutenu.

Il faut aussi consolider les forces nationales, notamment en facilitant le retour à Mayotte de jeunes policiers d’origine mahoraise qui connaissent le territoire. Cette dynamique a été engagée lorsque j’étais ministre de l’Intérieur et elle doit continuer.

Enfin, au-delà des politiques de prévention à renforcer, la sanction doit être réelle. La maison d’arrêt de Mayotte est saturée. La construction d’un deuxième établissement pénitentiaire est indispensable pour que les délinquants soient réellement incarcérés.

Plus largement, le projet de fermeté que je propose aux Français répond directement et concrètement aux aspirations de nos compatriotes mahorais. Qu’il s’agisse de la modification de notre constitution pour nous prémunir des jurisprudences laxistes sur l’immigration et permettre le référendum sur tous les sujets migratoires ; qu’il s’agisse de la fin de l’automaticité du droit du sol et des aides versées aux étrangers, et du rétablissement du délit de séjour irrégulier ; ou qu’il s’agisse de la révolution pénale que je veux engager, pour faire tomber de vraies sanctions dès les premiers délits, la rupture que je porte est celle dont a besoin Mayotte…

F.I : La population doit-elle considérer son sort définitivement comparable à celui de Lampedusa en Italie ? Pourquoi la France refuse-t-elle de faire appel à Frontex alors que la situation à nos frontières lui échappe depuis belle lurette ?

B.R : Non. Mayotte ne doit pas devenir une Lampedusa française. La situation est difficile, mais elle peut être maîtrisée, si la volonté est au rendez-vous.

La première responsabilité revient à l’État, qui doit renforcer les moyens de la police aux frontières et améliorer la surveillance maritime avec des outils modernes – radars, drones, balises, caméras à très longue portée – pour couvrir les axes les plus empruntés par les passeurs.

La France est la septième puissance mondiale. Elle doit d’abord mobiliser pleinement ses moyens nationaux. L’appui européen, y compris celui de Frontex, peut être utile ponctuellement, mais il ne peut pas remplacer l’action de l’État.

Mais au-delà des moyens, il y a la question du droit : le nôtre n’est plus adapté face aux flux migratoires. C’est pourquoi, je le répète : il faut modifier notre constitution, pour revoir toute notre législation sur l’immigration et nous donner ainsi les leviers juridiques pour reprendre le contrôle. C’est enjeu vital pour la Nation.

F.I : Vous allez rencontrer les religieux de Mayotte durant votre séjour de 48 heures, qu’attendez-vous précisément de ces entretiens ?

B.R : Je tiens beaucoup à ces rencontres. La laïcité, c’est la neutralité religieuse de l’Etat, mais pas la neutralisation du fait religieux. Dans notre société trop individualiste et trop consumériste, la transcendance est une richesse. L’islam mahorais est historiquement un islam apaisé et profondément ancré dans la société. Cette foi vécue sereinement et tranquillement par nos compatriotes mahorais est un modèle à valoriser. Mayotte a aussi une tradition de coexistence entre les religions. Des initiatives locales, comme les journées du vivre-ensemble organisées à Mamoudzou, en témoignent. Ma visite intervient pendant le ramadan et le carême, deux moments qui portent un message de paix. Je crois que nos compatriotes mahorais nous rappellent concrètement ce qu’est la France : un sentiment d’appartenance nationale, une fraternité qui n’est ni religieuse ni ethnique mais civique, patriotique. Je le dis souvent : on n’est pas pleinement Français par le sang ou par le sol, on ne l’est véritablement que par le cœur. Mayotte est une terre de patriotes parce que le cœur des Mahorais bat pour la France. Et c’est pourquoi je continuerai de me battre pour Mayotte.

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