Conséquences de la guerre en Iran : la crainte de manquer de gaz domestique à Mayotte

Des problèmes logistiques et d’organisation chez l’une des deux sociétés locales importatrices de gaz domestique, ainsi qu’un début de panique, sont palpables auprès de la population de Petite-Terre. La bonbonne verte de Somagaz se fait désirer depuis plusieurs semaines. Sa livraison est irrégulière, bien avant le déclenchement des hostilités opposant Israël et les États-Unis d’Amérique à l’Iran. Les usagers restent sourds aux appels au calme des grands importateurs de l’île qui assurent disposer de quantités suffisantes de gaz pour tenir encore un moment.

Le mouvement de panique constaté dans l’Hexagone cette semaine après l’embrasement du Moyen-Orient et l’intensification de la guerre que les États-Unis d’Amérique et Israël livrent à l’Iran se manifeste pareillement à Mayotte, mais différemment. Sous nos latitudes, ce n’est pas le risque de pénurie de carburant qui inquiète les consommateurs, mais plutôt celui du gaz liquéfié.

Période de Ramadan oblige, ce produit constitue un élément indispensable dans les foyers, en raison de la quantité importante de nourriture consommée. Le Ramadan étant avant tout un mois de partage, de solidarité et de convivialité, les familles reçoivent beaucoup au moment de la rupture du jeûne, « l’Iftar ».

En conséquence, tous les habitants de l’île suivent de très près les événements qui ont cours dans le golfe Persique et dans le détroit d’Ormuz, d’où provient un quart du gaz liquéfié consommé dans l’Union européenne. Il faut bien se nourrir après une journée entière de privation de nourriture et d’eau.

Le souci est que l’approvisionnement en gaz domestique est problématique sur le territoire bien avant le déclenchement de cette guerre par Donald Trump et Benjamin Netanyahou, en particulier pour celui commercialisé par Somagaz dans des bouteilles métalliques de couleur verte.

« Le gaz ne nous est plus livré qu’un seul jour par semaine, et donc en quantité insuffisante. À peine les bouteilles sont-elles déchargées qu’il n’en reste quasiment plus. La demande est trop forte en cette période de Ramadan », nous explique un commerçant de Labattoir.

Selon lui, le gaz ne manque pas à Mayotte, qui disposerait d’un stock suffisant pour couvrir au moins deux mois de besoins. Ce rythme inhabituel de faible quantité de gaz serait dû à une nécessité d’entretien du parc de camions de livraison.

« Cela fait plusieurs jours que je fais les quatre cents pas devant les boutiques qui en vendent, mais je retourne chaque fois bredouille à la maison. Il faut s’assurer d’être sur place au moment où les camions de livraison déchargent leur cargaison, sinon on n’a rien », observe Rahadati, qui s’inquiète pour la préparation du repas de ce soir dans sa maisonnée.

D’aucuns se résignent à l’idée de subir une pénurie de gaz malgré le contexte particulier du mois de Ramadan

« La modernité est vraiment un problème pour nous autres insulaires. Jadis, nous cuisinions au bois de chauffage, au charbon et au pétrole pour les plus aisés. Il a été progressivement mis un terme à cela : désormais, tout le monde est dépendant du gaz, au prix fluctuant, lorsqu’il ne vient pas tout bonnement à manquer, comme c’est le cas en ce moment », relaie Ben Ardane, qui a dû interrompre son travail sur un chantier de construction pour se lancer à la recherche d’une de ces précieuses bonbonnes métalliques vertes bien remplies.

« Hallo tou bhé ritso vouka » (expression courante en shimaoré pour signifier qu’il n’y a pas lieu de paniquer et qu’il existe une solution à toutes les situations), lance-t-il en ricanant au tenancier d’un « douka » (petite épicerie) au carrefour des Trois Points, à proximité de l’hôtel de ville de Dzaoudzi. Celui-ci lui fait signe de poursuivre son chemin en lui montrant les trois rangées de bouteilles de gaz désespérément vides, posées sur des étagères en fer forgé spécialement conçues pour les abriter.

Au final, sa quête aura été d’assez courte durée. Une riveraine s’arrête non loin de là et demande de l’aide pour décharger du gaz de son véhicule.

« Dieu soit loué, on dirait que c’est mon jour de chance, ce jeudi », se plaît-il à déclarer d’une voix forte.

Toute la rue suit du regard le coffre arrière de la voiture rouge qui se lève lentement. Eh oui, c’est bien du gaz domestique que l’on en retire, mais de couleur orange vif, reconnaissable au logo de la société TotalEnergies.

Petit conciliabule, et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans tout le quartier.

« Un camion a été vu en train de décharger sa précieuse cargaison à la station-service du bord de mer, à côté du cimetière chrétien qui sépare les villes de Labattoir et Pamandzi. »

Information qui n’a pas tardé à se vérifier. En vérité, il n’y a pas encore vraiment foule sur les lieux, mais plutôt une certaine effervescence due au fait que le camion n’avait pas fini de décharger que des clients se sont déjà agglutinés autour, demandant à être servis.

Plus de peur donc que de mal.

Toutefois, cette situation n’a été que de très courte durée. En moins de trente minutes, une file de voitures s’est allongée le long de la route. La nouvelle est désormais connue de toute la Petite-Terre : « il y a du gaz chez Total ».

Tout le monde veut s’en procurer de peur d’en manquer.

« Calmez-vous, s’il vous plaît. Ce n’est pas la peine de paniquer : il y a du gaz à Mayotte et le prix ne va pas augmenter », annonce aux usagers l’un des employés de la station-service.

Succomber à la tentation d’accumuler les bouteilles de gaz pleines chez soi pour se prémunir d’un manque potentiel concourt à générer la pénurie que tout le monde veut éviter

Mais c’est peine perdue. Il y a ceux et celles qui demandent deux à trois bouteilles, et ceux qui se contentent d’une seule, parce que, n’ayant pas initialement prévu d’en acheter ni de se munir d’une recharge, ils se voient contraints de débourser 69 euros, un prix comprenant le gaz et son contenant.

Il faut d’abord passer dans le magasin attenant pour s’acquitter du paiement, lequel donne droit à une quittance indispensable pour être servi.

Amélia se rendait à son travail à l’aéroport de Pamandzi mais s’est trouvée contrainte de suivre le mouvement de personnes qui se sont arrêtées devant le camion de livraison.

« Je n’en ai pas réellement besoin. J’ai encore deux bouteilles de Somagaz à mon domicile, mais avec tout ce qui se passe en ce moment en Orient, je préfère jouer la prudence. On ne sait jamais, au cas où les choses iraient encore plus mal et qu’on en viendrait à en manquer. »

C’est justement ce type de réflexe qui est déconseillé aux usagers, tant dans l’Hexagone qu’à Mayotte. Aussi compréhensible sur le plan humain que puisse être cette attitude, c’est malheureusement ce geste qui risque de générer une pénurie de gaz sur le territoire.

Un foyer va disposer de plusieurs bouteilles de gaz en réserve pendant que d’autres vont cruellement en manquer.

Il est à espérer qu’il n’en sera pas de même pour le carburant et les denrées alimentaires de première nécessité, à l’approche de l’Aïd el-Fitr qui marquera dans quelques jours la fin du mois sacré du Ramadan.

Les gros importateurs de l’île se veulent rassurants : il y a suffisamment de réserves de nourriture dans le département pour tenir aisément deux mois sans aucune crainte.

Donc pas de panique inutile !

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