Interruption de la circulation maritime : une action coup de poing plutôt qu’une opération escargot

Ils sont passés à l’action lundi matin sans crier gare. Une dizaine d’embarcations ont imposé un blocus aux barges de la STM durant moins d’une heure, empêchant tout accès au front de mer de Mamoudzou, hier matin, lundi 18 mai 2026.

Dans un communiqué publié récemment, les plaisanciers de Mayotte avaient annoncé étudier la forme à donner à une future opération escargot dans le lagon afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur l’absence d’un ponton dédié à leurs activités, un outil de travail qui leur fait défaut depuis le passage du cyclone Chido. Fortement impacté le 14 décembre 2024, au même titre que l’ensemble du tissu économique mahorais, le secteur de la plaisance a eu beaucoup de mal à retrouver des couleurs faute d’avoir eu voix au chapitre dans les urgences de la reconstruction de Mayotte.

Ballottés entre la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), dont ils dépendent, le Département de Mayotte et les services de l’État, les professionnels de la plaisance n’avaient jusque-là pas réussi à se faire entendre des autorités. Ils se partagent, non sans quelques accrochages parfois, avec les navettes officielles de la préfecture, de la police et les paquebots de passage, une minuscule installation provisoire financée par le Département à la demande de l’Agence de Développement et d’Attractivité Touristique de Mayotte (ADTM).

On se souvient que, dans les semaines qui ont suivi le passage du cyclone Chido, les tour-opérateurs américains avaient failli retirer Mayotte de leurs catalogues d’escales en raison du manque de ponton. C’est justement cette faveur accordée aux navires de croisière étrangers que les plaisanciers de Mayotte n’ont eu de cesse de dénoncer depuis.

Contre toute attente, les usagers de la barge au départ de Mamoudzou ont eu, lundi matin aux environs de 9 heures, la désagréable surprise de voir se déployer en mer un chapelet de bateaux de plaisance et un voilier bloquant l’arrivée et le départ des navires de la Société de Transports Maritimes (STM). Sans doute un clin d’œil au nouveau préfet de Mayotte, qui venait juste de prendre ses fonctions à proximité de la gare maritime.

Aussi spectaculaire soit-elle, cette opération n’a pas été du goût des usagers de la barge — ce qui est compréhensible un lundi matin — qui se sont empressés de crier au scandale.

« Il n’y a rien à dire, Mayotte est devenue un vrai foutoir. Ce sont les nantis qui empêchent les plus pauvres d’aller gagner durement leur pain quotidien », s’exclame, excédée, Marie-Chantal, une employée du secteur hospitalier arrivée récemment sur l’île en provenance des Antilles.

« C’est un abus de pouvoir de la part d’une profession qui ne connaît pas la crise économique qui frappe l’île », a-t-elle expliqué au téléphone à l’une de ses collègues en poste, à ce moment-là, à l’hôpital de Pamandzi, en Petite-Terre.

« Eux, ils se font au minimum 1 000 euros par jour et par sortie en mer, à raison de 100 euros par passager embarqué. Rien à voir avec les marchandes de bananes et de salades qu’ils empêchent de traverser avec leurs produits. »

Une action musclée pour empêcher toute embarcation d’arriver à Mamoudzou

Il est vrai que la violence de l’action des plaisanciers dans le lagon en a étonné plus d’un, desservant sans doute leur cause auprès des usagers des barges présents ce lundi matin sur le front de mer de Mamoudzou et la place de la République.

Le comble de l’énervement a été atteint au moment où ceux-ci ont, à plusieurs reprises, levé momentanément leur blocus pour laisser passer la vedette du nouveau préfet ainsi que celle transportant les militaires revenant de la prise d’armes consacrant la prise de fonctions de Frédéric Poisot.

« C’est ce cortège qu’ils auraient dû bloquer s’ils veulent vraiment se faire entendre. C’est le représentant de l’État qui détient les cordons de la bourse sur ce territoire », lance à tue-tête Abdouroihamane Mahamoud, conducteur d’un camion de livraison contraint de débarquer de l’un des amphidromes de la STM, dans l’impossibilité de faire la traversée vers Dzaoudzi.

Les attaques verbales ont fusé de toutes parts. Seuls quelques journalistes venus couvrir l’événement ont exprimé une certaine compréhension à l’égard des plaisanciers.

La vedette du Département-Région transportant le vice-président chargé des transports a failli se faire embrocher par l’une des embarcations des plaisanciers.

« Bien fait pour lui. C’est à ces élus peureux et incompétents que nous devons ce mauvais traitement. S’ils s’étaient employés à faire remettre ces pontons en place depuis l’année dernière, nous n’en serions pas là aujourd’hui », avance une passagère inquiète pour l’état de santé de sa fille, sujette selon elle à un accouchement difficile, et qu’elle ramène à leur domicile de Pamandzi.

Dans la foule, une infirmière fait part de son indignation après avoir appris qu’une ambulance transportant un malade a été contrainte de rebrousser chemin à Dzaoudzi et que des échantillons de sang destinés à des analyses n’avaient pu être envoyés au CHM de Mamoudzou.

Quoi qu’il en soit, il aura suffi d’un bref échange entre Ali Omar — le vice-président du Département de Mayotte chargé des transports — et un représentant des plaisanciers sur le petit ponton pour que le chapelet de bateaux de plaisance lève le blocus comme par enchantement. Il aurait accepté de s’entretenir avec ces derniers dans l’après-midi, dans son bureau.

Les navettes des barges ont pu reprendre et la tension est retombée d’un cran, chaque usager s’étant empressé de s’engouffrer dans la barge en partance pour Dzaoudzi.

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