Violences faites aux femmes : opération de sensibilisation scolaire à Mayotte avant la journée internationale

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En amont du 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes, une matinée d’échange était organisée auprès des collégiens et lycéens au Lycée de Mamoudzou Nord. L’occasion de rappeler quelques chiffres sur ce phénomène de société. Mais aussi que des recours sont toujours possibles.

Elle empoigne le micro et se dresse sans une hésitation en haut de l’amphithéâtre. “Et pour les femmes traditionnelles, celles qui n’ont pas les moyens, qui ne sont pas indépendantes comme certaines femmes d’aujourd’hui ? Ou celles qui n’ont pas de papier ? C’est parfois choquant de voir ça, car elles ont peur d’aller à la justice…”, débite sans sourciller cette élève de seconde au Lycée de Petite-Terre, face au parterre de magistrats et d’institutionnels rassemblés sur l’estrade. Salve d’applaudissements dans les gradins. “Sachez que nous recevons les plaintes de toute personne, peu importe sa situation administrative”, lui répond le capitaine de gendarmerie, Jean-Pascal Dépit.

Ce mercredi, des collégiens et des lycéens venus des quatre coins de l’île, de M’tsamboro, Kani-Kéli, Petite-Terre ou Mamoudzou, étaient réunis pour une matinée de sensibilisation sur les violences faites aux femmes. Et comme leur camarade, ils ont été nombreux à oser interpeller leurs interlocuteurs pour obtenir des précisions sur les dispositifs mis en place à Mayotte et en France afin de lutter contre ces violences. Preuve que cette journée ne les aura pas laissés indifférents…

“Privilégier la jeunesse”

L’initiative, portée par le barreau de Mayotte, s’inscrivait dans le cadre de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, fixée le 25 novembre prochain. En amont de cette action portée par l’ONU, la Bâtonnière, Maître Fatima Ousseni, avait donc invité des avocats mais aussi des magistrats du tribunal judiciaire ou de la chambre d’appel et des représentants des services de police et de gendarmerie, de la préfecture ou de la mairie de Mamoudzou, pour échanger avec les élèves au Lycée de Mamoudzou Nord. Le but de l’opération : “Privilégier la jeunesse dans un but à la fois préventif et protecteur.”

Témoins ou victimes, des recours possibles

“Il faut que nous regardions frontalement cette réalité de notre société : personne n’a le droit de porter atteinte à sa compagne, et je suis certaine que vous, quand vous serez adultes, vous garderez ce principe en tête”, introduit la bâtonnière. Avant de laisser la parole à Maître Abdel Latuf Ibrahim, qui se charge de définir le concept de violences et d’énoncer quelques principes de droit et recours possibles, comme les ordonnances de protection, ces mesures d’urgence pour protéger la victime des violences, ou le téléphone grave danger, qui sert à avertir les autorités en cas de menace imminente. “Pour Mayotte, toute personne confrontée à des violences peut aussi appeler le 55 55, le numéro local gratuit où chacun peut obtenir des renseignements et parler à un interlocuteur en langue locale”, complète la déléguée aux droits des femmes et à l’égalité, Taslima Soulaimana, également présente ce matin.

“Quand nous parlons de violences, vous pensez naturellement aux blessures physiques, mais il n’y a pas que cela : il y a les violences sexuelles, verbales, mais aussi psychologiques et économiques”, déroule l’avocat. Avant de rappeler quelques chiffres : entre 2011 et 2018, 213.000 femmes déclarent avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles par leur conjoint. Et moins d’une sur cinq est allée jusqu’à porter plainte… “Très peu de gens osent libérer la parole”, résume-t-il.

Pic de signalements pendant le confinement

Mais cette matinée d’échange aura justement été l’occasion de lui donner tort. Après la projection de L’Emprise, téléfilm biographique inspiré de la véritable histoire d’Alexandra Lange, une femme battue par son mari pendant quatorze ans, les échanges sont allés bon train entre une jeune assistance, curieuse de comprendre les rouages de la justice, et les intervenants, issus des différentes institutions locales. Des débats qui ont aussi permis de rappeler le rôle clé de  chacun dans ce défi de société, encore tristement d’actualité aujourd’hui. Il n’y a qu’à jeter un œil aux statistiques pour s’en convaincre : pendant l’époque pas si ancienne du confinement, certains dispositifs de signalements ont recueilli jusqu’à vingt fois plus de signalements qu’en temps normal…

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