Futur aéroport : à Bandraboua une charte agricole signée autour du projet d’aéroport

Autour du projet de futur aéroport, une charte agricole a été signée à Bandraboua. Les agriculteurs, associés aux échanges, expriment toutefois de fortes inquiétudes sur le foncier, les 300 à 400 hectares envisagés et les compensations encore floues.

La signature de la charte d’engagement du comité agricole s’est tenue sur l’exploitation de M. Fouad Ali, à Bandraboua, en présence des représentants du monde agricole, des services de l’État et des acteurs liés au projet de futur aéroport. Cette séquence intervient dans un calendrier particulier, à quelques jours du départ du préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, qui sera remplacé par Frédéric Poisot le 18 mai.

Sur place, au cœur d’une exploitation représentative du tissu agricole local, cette signature s’inscrit dans un contexte à la fois de reprise et d’incertitude. Le secteur agricole sort progressivement d’une période difficile après le passage du cyclone Chido, qui avait fortement perturbé les cultures et les élevages. Depuis plusieurs mois, les exploitants ont relancé la production, avec un retour progressif des produits locaux sur les marchés. En parallèle, le projet de futur aéroport avance. Il est piloté par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), l’administration française en charge de la régulation et du développement du transport aérien. Les études d’impact et de faisabilité sont toujours en cours, avec une finalisation annoncée pour la fin de l’année.

Une signature dans un contexte de vigilance

François-Xavier Bieuville, a rappelé le rôle du secteur dans cette phase de reconstruction : « Je pense que le monde agricole est une des forces de Mayotte. J’en veux pour preuve la capacité de Mayotte d’avoir retroussé les manches et de s’être mis au travail, ainsi qu’avoir produit ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire nourrir la population. » Il a également souligné les efforts engagés après la crise : « Après Chido, nous avons eu une reprise de la production après 6 à 8 mois. Évidemment, nous avons accompagné avec la DAAF cette reprise. Nous avons aidé plus de 8 000 agriculteurs et éleveurs et on a versé au titre d’aide 22 millions d’euros. Aujourd’hui, cette agriculture se retrouve sur les marchés, les étals. » Concernant la charte, il a précisé : « Cette charte, c’est une charte que nous signons avec la DGAC, chef de ce grand projet. On ne fera pas cet aéroport sans l’agriculture. Pour faire cette plateforme, il faut des compensations. » Il a évoqué « l’accompagnement du jardin mahorais », « des investissements d’avenir dans le domaine de l’eau » et « permettre la production sous serre ».

Du côté des agriculteurs, la prudence domine. Saïd Anthoumani, représentant du monde agricole mahorais, a insisté : « D’avoir associé le monde agricole sur cette réflexion foncière, agricole, c’est notre outil principal. Nous ne sommes pas contre le projet d’aéroport. Nous sommes maintenant associés. Il faut qu’on soit vigilant. Aujourd’hui, on va avoir un aéroport à 300 hectares. Il ne faut pas un hectare de plus. » Il a ajouté : « vous avez compris nos revendications et nos craintes sont inscrites au sein de cette charte. » Le président de l’Association interprofessionnelle de Mayotte a, lui aussi, mis en avant les enjeux : « Il ne faut quand même pas oublier qu’on a besoin de manger avant de voyager. Il faut être conscient que l’impact sera important pour l’agriculture, 400 hectares. C’est important de le réduire. » Il précise : « Nous sommes probablement à 10 % de production que l’on perd. On sera vigilants. »

Des points concrets encore attendus

Ahmad Abdou Madi, représentant du Groupement de défense sanitaire animal de Mayotte, a exprimé des interrogations précises : « Le chiffre de 1 milliard, sur quelle base les chiffres ont été conçus ? Les études d’impact ne sont pas encore prêtes. (…) On ne veut pas qu’on ne pourra pas tenir ses engagements. » Du côté des professionnels, l’attention se porte désormais sur des éléments concrets : la surface réellement mobilisée, annoncée entre 300 et 400 hectares, les modalités de compensation pour chaque parcelle concernée et les résultats attendus des études en cours d’ici la fin de l’année. Plusieurs représentants indiquent attendre des données détaillées et vérifiables avant de se prononcer davantage, estimant que ces éléments conditionneront la suite de leur positionnement.

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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