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La police intercommunale de l’environnement, dernier rempart à la biodiversité mahoraise

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Depuis 2019, la police intercommunale de l’environnement de la communauté de communes du Sud œuvre au quotidien pour la préservation de la nature à Mayotte. Sur tous les fronts, les agents sillonnent jour après jour le territoire avec un seul objectif : faire respecter la loi.

8h15. Au volant de leur Nissan Navara, les policiers de la brigade intercommunale de l’environnement de la communauté de communes du Sud partent en patrouille. Direction la commune de Chirongui. Sur les pentes du Mont Choungui, une piste attire leur attention. “Arrête-toi là”, lance le brigadier Maoudjoudi au conducteur. À une dizaine de mètres de l’une des routes les plus touristiques de l’île, le paysage laisse sans voix. Alors qu’un sublime point de vue s’offre à eux lorsque les policiers regardent leurs rangers, la réalité est toute autre. Pneus, batteries, gravats, bouteilles, cannettes… Sur plus de dix mètres de hauteur, les déchets s’entassent dans cette décharge illégale à ciel ouvert.

“Les dépôts sauvages sont nombreux à cet endroit”, affirme le policier intercommunal de l’environnement. “Nous effectuons régulièrement des contrôles et dressons des procès-verbaux.” Ici, les professionnels du BTP trop pressés pour se rendre au quai de transfert le plus proche viennent depuis 2020 déposer leurs détritus. Alors que la brigade tente d’endiguer ce phénomène en réalisant des flagrants délits des contrevenants, les conditions de travail des agents deviennent de plus en plus compliquées. “Ils connaissent nos horaires de service et viennent déverser leurs cargaisons à la nuit tombée”, explique l’agent Abdou. Un véritable jeu du chat et de la souris qui s’étend sur le territoire des quatre communes du Sud de Mayotte.

“Les conséquences de ces travaux pourraient bien être gravissimes »

9h20. Alors que l’équipe d’intervention se dirige vers la commune de Kani-Kéli, celle-ci se retrouve confrontée une fois encore à une infraction au code de l’environnement. Toujours au bord de la route nationale, un habitant a décidé de remblayer un terrain dont le cadastre révèle qu’il n’est pas le propriétaire. “Lorsque la saison des pluies sera là, les conséquences de ces travaux pourraient bien être gravissimes », avance Maoudjoudi en pointant du doigt la ravine en contrebas. Si rien n’est fait d’ici quelques mois, les averses ne feront qu’une bouchée des tonnes de terre rouges qui poursuivront leur course dans la rivière aval et de là au lagon.

Sous le regard inquiet des policiers, des chantiers comme celui-ci poussent de jour en jour comme des champignons. Moyens professionnels, engins de chantier, pot de vin, les destructeurs de l’environnement agissent impunément et les mentalités peinent à évoluer. “Nous faisons de la prévention lorsque cela est nécessaire comme pour le lavage en rivière par exemple, mais lorsque des infractions aussi graves sont commises, nous n’hésitons pas à verbaliser”, affirment fermement les agents municipaux. Différents poids de mesure selon les infractions donc et un même but : la préservation de Mayotte et son environnement.

Pluie d’infractions et de pesticides

9h45. De nouveau en mission, la police intercommunale de l’environnement de la communauté de communes du Sud se dirige cette fois vers la mangrove de Miréréni Bé. Là, sur plusieurs hectares, les palétuviers et autres bois de rose ont été réduits à néant. À la place ? Des champs de tomates, de bananes, de maniocs, mais aussi de l’élevage. Tout juste le seuil de la propriété franchi, les agriculteurs présumés prennent la fuite. Des travailleurs probablement en situation irrégulière et embauchés de manière illégale par des professionnels mahorais. Car surprise : en effet les vaches, chèvres et moutons sont bouclés. Mais, les infractions ne s’arrêtent pas là. Partout, des produits phytosanitaires interdits en France jonchent le sol. Déchets en tout genre, pollution des sols, défrichage, emploi de clandestins… La note est lourde et pourtant les peines tardent à tomber.

S’ils rédigent de nombreux procès-verbaux, les brigadiers semblent parfois confrontés à un grand sentiment de solitude. Ni la population ni les institutions ne paraissent prendre conscience de la gravité de la situation. “Si nous ne faisons rien, c’est une destruction programmée de l’île d’ici 40 ans qui nous attend”, affirme le chef de service de ladite brigade, Jean-Pierre Cadière. Bien seules sur le terrain, les équipes espèrent davantage de coordination à l’avenir avec les autorités compétentes. Si elles bénéficient de l’appui du président de la communauté de communes du Sud, du procureur, mais aussi de la gendarmerie, le temps presse et rien ni personne ne pourra plus rien pour préserver la beauté et la richesse des paysages mahorais.

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