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Les arrière-mangroves : le nouveau mini-guide des Naturalistes

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Après avoir longuement étudié et incité à la protection des mangroves, les Naturalistes de Mayotte s’intéressent désormais de près aux arrière-mangroves, tout aussi importantes pour l’écosystème de l’île. L’association vient de leur consacrer son nouveau mini-guide, financé par le ministère de l’écologie via la direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Une brochure qui dévoile les spécificités et l’utilité de ces zones souvent méconnues.

« Ce nouveau mini-guide vient prolonger celui que nous avions consacré aux palétuviers des mangroves », déclare Michel Charpentier, le président des Naturalistes de Mayotte, à l’occasion de la présentation réalisée ce mardi en compagnie de Jérôme Josserand, le directeur adjoint de la direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Cette brochure de quelques pages se veut simple, mais efficace. Elle décrit l’essentiel des espèces végétales présentes dans les arrière-mangroves, une zone souvent négligée, mais ô combien essentielle. Comme son nom l’indique, une arrière-mangrove est un espace de marais maritime qui fait la transition entre la mangrove proprement dite et la terre ferme. En cas de houle cyclonique, elle est susceptible d’absorber l’énergie et d’éviter l’inondation des villages alentours. D’où l’importance de la protéger.

Une végétation spécifique à la zone

Du fait de leur salinité moindre que celle des mangroves, ces zones développent une végétation plus diversifiée. « Les arrière-mangroves contiennent certaines espèces qui poussent partout en bord de mer comme l’hibiscus ou le bois de rose, mais également plusieurs espèces spécifiques », explique Michel Charpentier. « L’Erythrine et l’Heritiera, qui supportent assez bien les sols gorgés périodiquement d’eau saumâtre ou salée, constituent de vraies forêts au sein de l’arrière-mangrove », précise-t-il. Ces zones contiennent entre autres des espèces non arborées comme la fougère dorée, qui se développe dans toutes les zones humides.

Tout comme les mangroves, les arrière-mangroves sont menacées par les activités humaines. Situées dans le domaine public des pas géométriques, elles ont beaucoup reculé à une époque à cause des travaux d’aménagement et d’équipement effectués pour moderniser l’île. Actuellement, elles le sont davantage par les appropriations illégales. « Beaucoup d’habitants occupent les arrière-mangroves pour y faire pousser du songe, une espèce qui s’y acclimate bien », confie le président des Naturalistes. L’élevage et l’urbanisme sauvage se révèlent être des menaces pour les espèces végétales qui y vivent.

Les arrière-mangroves : un rempart contre les inondations

Les arrière-mangroves ont une fonction écologique primordiale dans la mesure où elles constituent une zone d’expansion naturelle. Séparées des mangroves par un cordon de terre et de sable, elles sont susceptibles d’absorber de l’énergie en cas de phénomène violent. Étant moins fragiles que les mangroves, leur efficacité contre l’érosion de trait de côte est plus élevée. À Mayotte, il y a environ 250 hectares d’arrière-mangroves pour 750 hectares de mangroves. « Certaines mangroves n’ont pas d’arrière-mangrove et se terminent par une simple falaise », indique Michel charpentier. « On sait toutefois que ces zones ont nettement reculé, même s’il est difficile d’en mesurer l’ampleur. » Ce n’est en effet que relativement récemment que les scientifiques s’y sont intéressés. « Certes, ces zones ne sont essentielles pour l’Homme qu’en cas de phénomènes violents tel que la houle cyclonique ou les inondations, mais il est fondamental de s’en préoccuper dès maintenant sinon on le regrettera à l’horizon 2100 », ajoute encore Michel Charpentier.

L’État l’a bien compris, d’où l’implication de la DEAL dans la publication de ce mini-guide. Depuis 2018, elle pilote une stratégie de création des aires protégées en collaboration avec l’union internationale pour la conservation de la nature. Grâce à cette dernière, les zones protégées du département sont passées de 20.8% à 29.6% et les zones fortement protégées de 1.97% à 9.96%, essentiellement grâce au décret de création de la réserve naturelle des forêts. Les arrière-mangroves devraient bientôt passer en zone de protection forte. « L’enjeu à Mayotte est de trouver un bon système de gestion de ces zones qui implique la population locale », déclare Jérôme Josserand. Un réseau de surveillance lié à la police de l’environnement est en cours de mise en place. « Ce n’est pas simple à mettre en œuvre sur l’île, mais il y a une bonne dynamique sur le sujet entre l’État et le procureur notamment, ce qui est déjà un point positif », se félicite le directeur adjoint de la DEAL.

Le mini-guide sur les arrière-mangrove sera bientôt distribué dans les établissements scolaires et dans les milieux associatifs afin que davantage de personnes soient sensibilisées à l’importance de ces zones.

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