Des cyber criminels opèrent depuis les Comores pour écumer Mayotte

Internet ne réduit pas seulement les distances pour les férus de culture ou les membres d’une famille ou des amis, il favorise également le vol organisé. Mayotte est depuis une quinzaine d’années très prisée par ces pirates des temps modernes. Il en vient de partout, et même des Comores voisines depuis peu.  

Evoquer la probabilité d’une cyber criminalité sous nos latitudes aurait fait sourire nombre d’habitants sur l’île il y a une dizaine d’années encore, tant ce mal était perçu dans nos mentalités d’insulaires comme uniquement réservé aux seules sociétés développées d’Europe, d’Amérique et d’Asie, voir à moindre mesure, d’une partie de l’Afrique continentale. Que nenni ! Mayotte a bel et bien les pieds plongés dans ce plâtrier depuis une dizaine d’années, et le pire c’est que le plus souvent, ce sont les populations les plus fragiles financièrement qui en sont les premières à en payer le prix fort. Trop souvent plongées dans l’incapacité à joindre les deux bouts, ils sont à l’affût de la moindre opportunité à gagner de l’argent facile.

Ils s’exposent ainsi aux plus vils instincts machiavéliques des prédateurs qui ne connaissent plus de frontières. Qu’ils soient sur place dans l’île ou ailleurs dans l’hexagone, voir désormais dans l’environnement régional, ces pirates des temps modernes, excellent dans le pillage des deniers durement gagnés par leurs semblables. Non seulement Mayotte n’est plus à l’abri de ce fléau, mais en plus il tend à se banaliser très rapidement, faute pour le territoire de disposer d’instruments adapter pour le combattre à défaut de pouvoir l’éradiquer.

Les victimes de ce phénomène se comptent à la pelle se comptent à la pelle et proviennent de multiples horizons.  « L’appropriation soutenue des nouvelles technologies de l’information que sont les smartphones et autres objets connectés, ne sont hélas pas sans risques pour celles et ceux qui n’en ont pas une grande maîtrise », explique Soidik Abdallah, vendeur dans un grand magasin d’électroménager et de téléphonie situé sur le boulevard Marcel Henry à Mamoudzou (quartier Cavani). « Entre vol de données personnels, fichage des habitudes des consommateurs des contenus de ces appareils, il y a tout ce qu’il faut pour donner des sueurs froides aux fins connaisseurs des risques encourus par les usagers », fait-il remarquer. Un risque qu’il décrit comme ayant quintupler avec l’accès croissant à des nouvelles prestations en ligne qui modifient couramment les habitudes du consommateur mahorais.

Une dame démunie après l’incendie de sa maison se fait dépouiller du peu qu’il restait à cause de sa trop grande naïveté

« Aujourd’hui pratiquement tout passe par les réseaux sociaux, y compris les choses les plus banales comme la revente de produits usagers dont on veut se débarrasser ». Soidiki Abdallah situe les risques les plus courant dans ces sites de reventes tel que « Market Place » qui s’avèrent en réalité être très prisés par les cybercriminels à Mayotte. Les voleurs en tous genres y pillule et il n’est, hélas, pas rare d’entendre des usagers de ces sites se plaindre d’avoir été des victimes malheureuses de personnes sans scrupules, uniquement animées par l’appât du gain, quelque soit la manière d’aboutir à leurs fins.  Hafsoiti Saïd Ali est une jeune mère de famille installée dans les hauteurs de Bonovo à Mtsapéré. Elle a vécu une expérience traumatisante il y a deux ans en ayant eu recours à ce site, pourtant très utilisé à Mayotte. Même trop utilisé de l’avis de beaucoup de personnes, par effet de mode et esprit de facilité.

« Sur une suggestion d’une amie, j’ai eu recours à ce site pour faire face à un besoin urgent de déménagement après que mon ancienne habitation à Kawéni a été réduit en cendres par un incendie. Pour mon grand malheur, j’ai accepté une proposition de location d’un appartement à 800 euros le mois, la caution était à verser en liquides auprès d’un jeune métropolitain d’une trentaine d’années qui en a pris possession à la barge. Au téléphone une autre personne sensée être son collègue de travail m’indique une adresse au centre de Mamoudzou. Une fois sur les lieux, aucune personne ne m’attendait et il n’y avait pas d’appartement en location ».

La naïveté de cette dame, déjà dans l’adversité, lui a valu de perdre les moindres économies qui lui restait et ses larmes ne lui ont été d’aucune utiliser pour faire passer son amertume.  « Il ne s’agit pas là d’un cas isolé, des histoires d’arnaques à Mayotte, ce n’est pas ce qui manque parmi les plaintes déposées auprès des agents de police lorsque vous avez l’opportunité de fréquenter le commissariat de police national ou les locaux des polices municipales dans les grandes villes mahoraises », apprend-t-on auprès de certains journalistes locaux. 

Sa banque l’a informé qu’il allait devoir supporter la perte des 1900 euros qui lui ont été dérobés de manière frauduleuse.

Mais il y a pire encore, plus récent, des cybers criminels qui opèrent depuis Ngazidja (la Grande-Comore), avec le bénéfice de complices en métropole et sur place à Mayotte. Ils n’ont rien à envier aux maîtres en la matière que sont devenus les cybers criminels basés dans les capitales du Bénin ou du Sénégal. Leur mode opératoire est digne d’un roman policier ou d’un film Nollywoodien ! Il y a celui qui va à la pêche aux victimes à cibler depuis ce même site de vente identifié sur Internet, il y a le complice local qui vient apporter la caution morale avec les paroles appropriées et en bout de chaîne, le dernier larron installé hors territoire (Métropole) qui détient le leurre, des chèques volés, qu’il va aussitôt libeller au nom de la proie verrouillée par le premier rabatteur et déposer à son profit sur compte, tard dans la nuit, les trois quarts du temps,  selon les déclaration d’Abdérémane F, qui en a fait l’amère expérience il y a tout juste, 48 heures.

« J’ai déposé mon annonce sur ce site pour revendre mon ancien téléphone encore en excellent état, en moins d’une heure, j’ai eu une vingtaine de propositions dont une qui m’a paru très alléchante. Mon interlocuteur insistait pour que je lui réserve l’acquisition de l’appareil et a offert de me verser immédiatement sur mon compte bancaire la somme de 1300 euros, de laquelle je devrai déduire mes 800 euros et reverser le surplus à l’un de ses proches, situé à Koungou, qui viendrait les récupérer », explique l’infortuné. Le cyber criminel va jusqu’à engager une boucle de discussion à 3 sur whatsapp afin de rassurer sa prochaine victime.

Et le piège finit par fonctionner, à l’exception près que celle-ci disposait seulement d’un compte Nickel Bank alors qu’il lui était exigé un compte physique dans l’une de ces deux établissements financiers de l’île : Bred Banque Populaire ou Caisse d’Epargne. Abdérémane F se souvint que l’un de ses cousins détenait un compte dans le 2 ème établissement cité par les malfrats. Il su se faire très insistant auprès de son proche parent en prenant soin de lui fournir le minimum possible de détails sur un transfert d’argent en provenance des Comores. Il finit par obtenir le RIB tant convoité par ses mystérieux interlocuteurs qui s’exprimait en anjouanais et dans la nuit, il apprit de ceux-ci que la somme en question était bien versée et qu’il devait user de persuasion pour les faire récupérer au plus vite car le surplus devait être utilisé pour un événement à caractère religieux devant se tenir à Koungou dans le courant de la matinée de lundi dernier. Il s’exécuta.

Finalement au bout du fil, le représentant local du trio lui appris qu’il ne ferait plus le déplacement depuis Koungou, qu’un tiers larron était en route depuis l’aéroport de Pamandzi pour récupérer les sous. La nuit suivante, les mêmes compères le rappelle au téléphone en le suppliant d’accepter un deuxième virement de 1000 euros cette fois, en guise d’action de charité envers les organisateurs de la même soi disante manifestation religieuse. Son pauvre cousin a failli se faire dépouiller une deuxième fois, en allant retirer les 1000 euros à sa banque pour les lui remettre. Il doit son salut partiel à sa carte bancaire dont le débit limité n’a permis l’opération dans son entier. Le mal étant fait, c’est alors qu’il reçoit un coup de fil de sa banque qui l’avertit que les deux chèques faisaient l’objet d’un signalement pour vol. Trop tard, la totalité de son salaire de juin venait de lui être volé par des « experts en persuasion », dont le cerveau est situé aux Comores. Sa banque l’a prévenu qu’il allait supporter la perte des 1900 euros de ce haut vol.

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