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Alors que les incendies se multiplient à Mayotte, les dégâts sur les milieux naturels prennent une ampleur alarmante. Selon Ali Madi, plus de 400 hectares de végétation pourraient déjà avoir été détruits depuis le début de l’année, soit près de dix fois les surfaces brûlées il y a moins de dix ans. Face à cette situation, il dénonce des moyens de lutte insuffisants, des actes criminels trop rarement sanctionnés et alerte sur les risques d’inondations et de glissements de terrain à l’approche de la saison des pluies. À travers une motion d’alerte, il appelle les autorités à une mobilisation urgente et coordonnée pour protéger les forêts et les populations de l’île.
Flash infos : Le document fait état de plus de 280 hectares de milieux naturels détruits à Mayotte depuis le début de l’année, dont 160 hectares de forêts publiques protégées. Quelle est aujourd’hui l’ampleur réelle des dégâts liés aux incendies sur le territoire, et quelles sont les zones les plus menacées ?
Ali Madi : Certes, le document fait état de 280 ha. Mais, il y a moins de 10 ans, c’était moins de 30 ha par an. Comprenez que les surfaces brûlées ont été multipliées par près de 10. Nous n’avons pas les derniers chiffres. Nous avons saisi les autorités pour les avoir. Nous les attendons. En effet, ces données servent à dimensionner les réponses à apporter, dont les moyens humains, matériels, … Mais, si on se réfère aux données non officielles de ce week-end, il est fort à parier que plus de 400 ha de végétation sont brûlés pour cette année et nous ne sommes que seulement en début du mois de novembre. Ici, nous parlons des chiffres officiels, des relevés institutionnels, là où les pompiers, l’ONF, … sont intervenus. Nous ne parlons pas de ces feux où il n’y a pas eu de déploiement de moyens institutionnels. Comprenez que le désastre est plus vaste que ces chiffres. Et cette accélération vertigineuse doit avoir une réponse à sa hauteur.
F.I : Vous évoquez des feux criminels ou liés à des brûlis, ainsi que des pratiques qui semblent parfois déconnectées des usages traditionnels. Disposez-vous d’éléments permettant d’identifier les causes précises de ces incidents ? Des enquêtes ont-elles permis d’établir des responsables ou d’identifier des auteurs ?
A.M : Tout à fait. Nous échangeons régulièrement avec certaines personnes qui interviennent sur ces milieux, notamment différents services de police de l’environnement et/ou de l’urbanisme. En off, ils nous l’affirment. La prise de parole du SDIS lors des derniers feux corrobore cette affirmation. Nous échangeons aussi avec les personnes qui mettent les feux, ou du moins ceux qui sont dans les champs, qui nous parlent de « bi » (feux par petits tas), de « ouhokotsa ». Ces gens peuvent être des maores comme d’origine autre. N’empêche qu’ils ne cachent pas utiliser ces méthodes. Au fait, il y a plusieurs types de feux.
- Les feux qui échappent à ceux qui les mettent, malgré le fait d’avoir fait des tas. En général, ce sont des inconscients, des personnes âgées, des femmes, …
- Les feux généralisés sur un champ, dans l’espoir qu’ils s’éteignent tout seuls. Il s’agit d’hommes et de femmes tout public.
- Puis, se développe une pratique de feux pour défricher des terrains en un temps record. Ce sont des pratiques importées d’ailleurs. L’objectif est de faire vite. On y trouve des plantations de manioc de 6 mois, de tomates, et parfois des bananes. Ces feux auraient les avantages d’un défrichement rapide, de tuer les nuisibles (insectes, escargots, …), de permettre des rendements rapides pendant les premières années à cause de la matière végétale brûlée, … Mais, la terre s’appauvrit rapidement et passé trois ans les gens brûlent ailleurs. C’est le cas, permettez-moi, à Madagascar, à Anjouan et dans certains pays d’Afrique continentale malheureusement.
Mais, ils ont tous un dénominateur commun. Ils sont allumés en fin de journée ou le week-end aux heures où les autorités interviennent rarement. Ce qui signifie que les auteurs sont très conscients de leur acte criminel, de l’organisation des institutions et se sont adaptés pour violer la réglementation.
Pour qu’il y ait identification de ces criminels, de ces andhuyis, il faut des enquêtes. Oui, pour le feu de Barakani, l’origine du feu est connue. Idem pour les feux de Bouéni. Nous n’avons pas mené des enquêtes. Mais, les victimes sont venues vers nous pour nous renseigner et nous demander de l’aide, notamment faire cesser ces pratiques, quitte à emmener les criminels devant la justice.
Oui, lors de nos échanges avec les autorités qui font office de police, il nous faut sortir un nombre impressionnant de PV classés sans suite par l’appareil judiciaire. Oui, parmi les autorités qui font office de police, il y en a qui se démènent. Mais, la suite appartient à l’appareil judiciaire.
F.I : Votre motion réclame le déploiement urgent de moyens humains, matériels et aériens spécialisés, ainsi que l’activation du Plan départemental de protection des forêts contre les incendies. Ces moyens sont-ils actuellement suffisants à Mayotte ? Quelles réponses concrètes attendez-vous du Conseil départemental et de l’État ?
A.M : Les moyens sont largement insuffisants, de l’aveu même des acteurs institutionnels. D’où la nécessité d’avoir les données pour calibrer les moyens. De plus, ces moyens ne sont pas organisés, mutualisés. Chaque acteur travaille en îlot et cherche à évincer la faute de l’autre.
La première réponse est de signer le pacte des acteurs de l’environnement terrestre. Ce pacte s’inspire du pacte des tortues. Il a été conduit par le Conseil de la Culture, de l’Education et de l’Environnement de Mayotte avec un colloque qui s’est tenu au technopole de Dembeni le 05 décembre 2024.
La seconde est d’acter la réalité de la situation et de travailler avec l’ensemble des acteurs, dont les agriculteurs déclarés et les associations environnementales. D’ailleurs, la différenciation des agriculteurs déclarés et des criminels est une urgence. Non, les premiers ne mettent pas le feu. Ils connaissent les bonnes pratiques, … Il faut aider à structurer cette filière dans une politique de souveraineté alimentaire.
Nous attendons un classement de nos espaces boisés en priorité territoriale, avec des moyens dédiés, le déploiement des différents plans cités dans la motion, dont le plan départemental des espaces naturels sensibles, des moyens de sanctions, d’éducation et de reconquête des espaces avec de la fermeté.
F.I : Au-delà de la destruction des forêts et de la biodiversité, le document alerte sur les risques d’inondations, de glissement de terrain et d’envasement du lagon. À quels risques les habitants de Mayotte doivent-ils désormais se préparer, notamment à l’approche de la prochaine saison des pluies ?
A.M : Au-dessus de Hamoinatrindri, il y a « forêt ». Il s’agit d’un terrain végétalisé par l’Association ACCEEM de Moinatrindri. Dans les années 80, ce terrain était un padza (terrain nu). Il y a eu un glissement de terrain et le village de Hamoinatrindri a été déplacé. Il y a quelques années, la mairie de Ouangani et son école maternelle ont été sujettes d’inondation. On peut aussi citer les rivières du carrefour de Chiconi, Dzoumogné, Hacoua, M’tamboro, …
Aussi, nous attendons des glissements de terrain à Barakani et que la RN2 soit menacée, voire fermée pendant un certain temps. Mais, d’autres secteurs vont être concernés. D’autant plus que Météo-France annonce une année plus pluvieuse que d’habitude. Prions que ces orages ne se produisent pas la nuit. Car, oui, nous attendons des pertes de vie, des morts.
F.I : Qu’attendez-vous précisément de cette motion d’alerte ? A-t-elle déjà été officiellement transmise aux autorités compétentes et quelles garanties souhaitez-vous obtenir concernant sa mise en œuvre ?
A.M : Nous sommes avant tout des facilitateurs de l’action commune. Depuis 2025, nous avons transmis cette version au Comité de l’Eau et de la Biodiversité. Elle n’a jamais été mise en discussion. Nous l’avons alors tronquée et régulièrement, nous avons envoyé des bouts à certains partenaires.
Mais, au vu de la situation intenable, nous venons de la partager au Président du Conseil, au Président des intercommunalités de Mayotte, au Président de l’Association des Maires de Mayotte, aux parlementaires, … Elle est maintenant publique.
Nous attendons une réunion d’urgence pour que clairement chaque acteur se positionne, notamment les acteurs de la répression. Oui, nous demandons des poursuites judiciaires et des condamnations à l’encontre des criminels. Nous attendons une application stricte des arrêtés préfectoraux sur le brûlis, sur la coupe de bois, le lavage en rivière. Nous attendons que les autorités confisquent les terrains et/ou chassent les squatteurs des terrains où sévissent les criminels. Nous attendons du régalien. D’autres attentes sont citées dans le document.
Journaliste passionnée. Je consacre mon travail à éclairer les réalités locales, nourrissant ma plume d’une veille culturelle constante. Hors des écrans, je retrouve mon équilibre et ma clarté dans le rythme apaisant de la marche.


































