Pour Mayotte d’abord : sécuriser nos entreprises, puis les ouvrir sur le monde

La présence de Mayotte comme invitée aux rencontres économiques et au salon TER’ECO à La Réunion suscite des interrogations sur la pertinence de l’événement et sur l’avenir que nous souhaitons pour nos entreprises mahoraises. BGE ayant été citée, nous tenons à apporter notre témoignage, fondé sur ce que nous vivons au quotidien aux côtés des chefs d’entreprise que nous accompagnons.

Lors des rencontres économiques Mayotte-Réunion, BGE Mayotte a participé à la table ronde « De la France océanique à l’Asie du Sud-Est ». Elle y a présenté son analyse des attentes des entreprises mahoraises et insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée entre les structures d’accompagnement.

Des petites entreprises qui avancent sans filet

À Mayotte, plus de 90 % des entreprises sont des TPE. Elles font vivre le territoire, et elles butent toutes sur les mêmes difficultés : trouver des marchés, s’approvisionner de façon sûre, régulière et durable. Beaucoup se lancent avec un projet mal calibré, et certaines y laissent beaucoup. Nous voyons chaque semaine ce que cela coûte à un entrepreneur et à sa famille.

Nous avons voulu le mesurer. Cet automne, BGE Mayotte a interrogé des chefs d’entreprise sur leur approvisionnement : 31 ont répondu, pour la plupart issus de notre réseau et de celui de nos partenaires. Pour 19 d’entre eux, le premier frein est la trésorerie, devant le manque de contacts et les démarches de douane et de transport (13 chacun). Avant de parler d’export, il faut donc parler de solidité financière. Par ailleurs, 29 sur 31 voudraient trouver un fournisseur ou un partenaire à La Réunion ou à Maurice, alors que très peu y achètent aujourd’hui, et 20 se disent certains de candidater à un accompagnement en 2027.

Le contexte parle de lui-même. D’après l’IEDOM, Mayotte a importé pour plus de 300 millions d’euros en 2025, et nos exportations couvrent moins de 1,4 % de nos importations. Les échanges avec La Réunion, Maurice et Madagascar pèsent moins de 3 % de notre commerce, et cette part recule : 2,69 % en 2015, 2,31 % en 2024 (étude EY pour l’AFD, 2026).

Ce que fait BGE Mayotte

BGE Mayotte est une association mahoraise qui accompagne plus de 600 entreprises et associations dans le développement de leur activité, dans les 17 communes de l’île. Quand un projet démarre mal calibré, nous reprenons les fondations : le financement, la gestion administrative, financière et fiscale, le commercial et le marketing, le suivi après la création. Certifiée Qualiopi, l’association compte une vingtaine de collaborateurs, qui portent des dispositifs comme CitésLab, le Dispositif Local d’Accompagnement, l’incubateur dont nous sommes opérateur pour Bpifrance et l’accélérateur Croissance TPE. Ce travail se fait ici, dans nos communes, avec nos entrepreneurs.

D’abord se sécuriser, ensuite s’ouvrir vers l’extérieur

Lors de son déplacement à Mayotte les 27 et 28 octobre derniers, Philippe Lamblin, président du réseau BGE, nous l’a rappelé : avant de penser à l’international, une entreprise doit penser à elle et sécuriser ses pratiques. Une TPE qui maîtrise sa gestion, ses coûts et son offre résiste mieux. Plusieurs TPE qui s’associent pour répondre ensemble pèsent plus lourd, face à un fournisseur comme face à un acheteur.

Mais Mayotte ne peut pas rester au bout d’une route. Elle est au coeur du canal du Mozambique, voisine de Madagascar, de Maurice et de La Réunion. C’est un atout qui nous appartient, à nous d’en faire un point d’appui pour nos entreprises. Bien préparée, l’ouverture permet de conquérir des marchés, de trouver les bons interlocuteurs, de négocier de meilleurs tarifs et de mesurer ce que coûtent réellement l’export et l’importation. Mal préparée, elle coûte cher. Notre travail est de la préparer, entreprise par entreprise.

Cette ouverture ne s’arrête pas à nos voisines. Il y a le continent africain, tout proche, l’Asie, où nos entrepreneurs s’approvisionnent déjà (ceux que nous avons interrogés y achètent plus qu’à La Réunion et à Maurice réunies) et l’Europe. Les îles voisines sont une première étape, à portée de main, pour partager sur comment travailler avec l’extérieur. Car notre ambition est simple : améliorer le quotidien des entreprises mahoraises, de renforcer leurs atouts face à la concurrence et de soutenir leur croissance, dans une logique gagnant-gagnant.

Une ouverture dans les deux sens

Tout ce qui se construira avec Maurice, Madagascar, La Réunion, le continent africain ou l’Asie obéira à une seule logique : la réciprocité. Nous mènerons les démarches qui permettront à nos TPE de grandir et de coopérer avec d’autres entités économiques de la région et d’ailleurs : partage de la connaissance des marchés, mise en relation, rencontres d’affaires préparées, appui au financement. Chaque entrepreneur choisira d’y recourir ou non : c’est son entreprise, c’est lui qui décide.

Nous ne décrétons rien. Nous sommes juste à l’écoute des entrepreneurs, parce que c’est sur leurs besoins réels que nous calibrons notre accompagnement.

Notre ligne n’a pas changé depuis 2001 : aider les entrepreneurs mahorais à créer, à durer et à grandir. Pour Mayotte.

Nabilou ALI BACAR, Président de BGE Mayotte

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