Le chantier de la STEP entraîne une nouvelle destruction partielle du camp d’exilés de Tsoundzou 2

Un arrêté préfectoral du 26 octobre accorde quinze jours aux habitants d’une partie du camp de Tsoundzou 2 pour libérer le terrain situé à proximité de la future station d’épuration de Mamoudzou Sud. Cette nouvelle destruction pousse des habitants à s’installer à l’arrière du camp, déjà saturé, où les conditions de vie sont particulièrement difficiles.

À l’entrée du camp d’exilés de Tsoundzou 2, ce mardi 27 octobre, un homme prend son petit-déjeuner, composé d’œufs et de haricots, à l’ombre d’une cabane en bois et en bâches. Devant lui, les engins du chantier de la future station d’épuration de Mamoudzou Sud s’activent dans un nuage de poussière. Depuis plusieurs semaines les travaux avancent rapidement, et les bâtiments du site sortent de terre les uns après les autres.

Scotché sur une palette en bois qui sert de mur à une cabane adjacente, un arrêté préfectoral du 26 octobre annonce la destruction de plusieurs cases sur une dizaine de mètres le long du périmètre du chantier. Les habitants ont quinze jours pour libérer les lieux en vue de permettre la poursuite des travaux. Il s’agit de la troisième destruction partielle en un an, après le 13 février et le 16 juillet dernier.

Des risques d’accidents pour les personnes

Dans l’arrêté, le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, demande aux habitants de quitter volontairement l’emprise concernée et d’emporter leurs effets personnels. À défaut, une évacuation pourra être organisée avec le concours de la force publique si nécessaire.

Le syndicat mixte Les Eaux de Mayotte (LEMA), porteur du projet de la station, avait sollicité la libération du terrain dans un courrier du 5 octobre, faisant état de risques pour les personnes présentes sur place. Le constructeur de la station, OTV Veolia, et le bureau d’études chargé de la maîtrise d’œuvre ont également alerté sur les conséquences de cette occupation pour la sécurité et le déroulement des travaux.

Selon l’arrêté, les opérations de terrassement et de fouilles prévues sur cette emprise nécessitent que le terrain soit libéré. La proximité des habitations avec les engins de chantier, les tranchées et les excavations exposerait les occupants, dont les enfants, à des risques d’accident. La préfecture estime également que cette situation pourrait entraîner un arrêt du chantier, des surcoûts et un retard dans la mise en service de la station. Le texte interdit par ailleurs toute nouvelle installation sur le périmètre concerné.

Une station attendue depuis plus de vingt ans

La future station d’épuration de Mamoudzou Sud doit permettre de traiter les eaux usées des quartiers du sud de la commune, de M’tsapéré à Tsoundzou II, en passant par Passamaïnty et Vahibé. Sa première pierre a été posée en mai 2025, après plus de vingt ans d’attente. Le projet représente un investissement annoncé de 20 millions d’euros. La station doit pouvoir traiter une charge de pollution équivalente à celle produite par environ 23 500 habitants, selon les informations publiées lors du lancement des travaux.

Jusqu’ici, le sud de Mamoudzou ne disposait pas d’une infrastructure de traitement des eaux usées comparable à celle du Baobab, qui dessert le nord de la commune. Si des réseaux existent dans certains secteurs, les eaux collectées doivent pouvoir être acheminées vers une installation adaptée avant leur rejet dans le milieu naturel. La nouvelle station doit ainsi renforcer les capacités d’assainissement du territoire et limiter les nuisances liées aux rejets d’eaux usées dans l’environnement.

Son fonctionnement dépendra toutefois du raccordement effectif des habitations au réseau d’assainissement. La construction de la station ne suffira donc pas, à elle seule, à régler l’ensemble des difficultés liées à la collecte et au traitement des eaux usées.

Des personnes évacuées, poussées à s’installer dans la mangrove

De retour dans le camp, l’arrêté ne surprend personne et tous se disent prêts à coopérer pour libérer l’espace dans le calme. Pour eux, le principal souci est de trouver un nouvel endroit où se loger, notamment en ce début de saison des pluies.

“Tous ces gens qui vont quitter l’avant du camp vont vouloir s’installer à l’arrière, dans la mangrove et le long de la plage, mais il n’y a déjà plus de places, cela va être compliqué”, indique Blondel Mwadjuma, représentante des femmes du camp. “En plus de nouvelles personnes continuent d’arriver”.

Les nouvelles constructions ont d’ailleurs commencé aux abords de la rivière Kwalé, à l’extrémité nord du camp. À proximité de la mangrove, cet endroit se retrouve constamment inondé par les marées et les fortes pluies. Cette nuit encore, l’eau s’est infiltrée sous les bâches, les lits de fortune et les draps, laissant derrière elle de la boue partout et une odeur nauséabonde.

Ce matin, quelques personnes prennent le café en discutant, les pieds dans la boue, tout comme les enfants qui ne vont pas à l’école. Pour les 1.487 personnes recensées en septembre dernier, dont 300 femmes et 198 enfants, ces conditions de vie insalubres et difficiles font partie du quotidien.

Des conditions de vie de plus en plus déplorables

C’est le cas de Nadine, 36 ans, qui a fui avec ses quatre enfants la ville de Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, en proie à la guerre et à une épidémie d’Ebola. Cela fait huit mois qu’elle habite dans le camp de Tsoundzou, dans l’attente de l’avancée de sa demande d’asile.

“L’accès à l’eau est difficile en ce moment, surtout que la population augmente. On doit approcher les 2 000 personnes”, raconte Nadine, en surveillant ses enfants, dont le dernier a deux ans. “Les robinets ne suffisent plus. Le matin, on dépose nos bidons, mais il faut attendre 24 heures pour pouvoir les remplir tellement la file d’attente est longue”. Certaines personnes dans le camp évoquent même des disputes, parfois violentes, pour accéder à l’eau. Nadine déplore aussi le manque de toilettes, deux pour les femmes et quatre pour les hommes.

“Pour manger, on recevait des bons alimentaires, mais plus maintenant, soi-disant faute de financements”, ajoute-t-elle. “L’association Solidarité Internationale nous donne des kits d’hygiène, c’est super, ça nous aide beaucoup, mais c’est tout”.

Seule note positive, sa fille de 12 ans a pu obtenir une place au collège de Kwalé. “Pour les autres, on nous a demandé des récépissés, des extraits de naissance ou une preuve de protection au titre de l’asile. Ils n’ont donc pas pu être scolarisés”, regrette-t-elle. “On vit dans un cercle vicieux”. Cela fait 1 an et 6 jours que le camp de Tsoundzou 2 existe.

Demandes d’asile : une baisse de 37 % à Mayotte

Mayotte a enregistré 1 492 premières demandes d’asile en 2025, contre 2 463 en 2024, soit une baisse de 37,2 %, selon le bilan d’activité de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). L’office relie notamment ce recul à la fermeture de son antenne de Mamoudzou après les dégâts causés par le cyclone Chido. Celle-ci a depuis rouvert ses portes. La baisse s’inscrit également dans un contexte national de recul des premières demandes d’asile, qui ont diminué de 10 % en 2025. Ces chiffres ne permettent toutefois pas d’attribuer l’évolution observée à Mayotte aux seules conséquences du cyclone.

Le taux d’admission à l’asile a légèrement progressé, passant de 50,6 % en 2024 à 52,7 % en 2025. Les ressortissants de la République démocratique du Congo représentaient la moitié des premières demandes, devant les Somaliens (24 %) et les Comoriens (14 %), dont la part a reculé par rapport à 2024 (25 %).

L’OFPRA a par ailleurs mené 24 missions dans les territoires ultramarins en 2025, contre 36 en 2024, dont une seule à Mayotte.

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Victore Diwisch

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