Des élus mahorais complices des décisions du CA du CHM

Chaque jour apporte son lot de révélations sur le dysfonctionnement organisé de l’appareil sanitaire à Mayotte. Tout est fait pour dégrader progressivement la qualité du dispositif, avec, à la clé, des coûts vertigineux ne concourant pas à un retour rapide à la bonne santé de l’hôpital à Mayotte. Des élus locaux siégeant au sein du conseil d’administration du CHM ne trouvent rien à redire, tandis que les syndicats, tout aussi silencieux, sont également pointés du doigt par des représentants de la société civile.

Ce qu’il convient de retenir lorsqu’on est Mahorais et résident dans l’archipel de Mayotte, c’est que le système de santé est tout aussi perverti que le reste des services sous le contrôle direct de l’État. Tout serait mis en œuvre pour dégrader la qualité du service fourni afin de justifier une dépendance absolue, devant mener, à terme, à une gestion — qui ne dit pas son nom — indirecte de l’île voisine de La Réunion, permettant ainsi d’y affecter les crédits initialement fléchés pour Mayotte.

C’est, selon notre analyse, la décision du régime d’Emmanuel Macron, méthodiquement appliquée depuis sa première mandature présidentielle et poursuivie par les différents gouvernements récents, conduits par François Bayrou d’abord, puis par Sébastien Lecornu. Mais il ne faut pas s’y tromper : pour des raisons aujourd’hui obscures, mais que les intéressés seront un jour prochain en situation de devoir expliquer au peuple — et, par ricochet, aux électeurs dont ils sollicitent potentiellement les suffrages —, cette posture gouvernementale s’enracinerait sur des complicités locales, au travers d’élus mahorais, et en premier lieu du Département-Région.

Sa facilité à s’effacer médiocrement devant ses responsabilités premières à l’égard des patients locaux est innommable ! À la limite d’une procédure devant la justice pour mise en danger volontaire de la vie d’autrui.

« Mais qu’attendre de plus que la démission totale de cette institution, pourtant élue par les citoyens de l’île, mais réduite au rôle minimaliste de chambre d’enregistrement des décisions unilatérales de l’État contre le territoire ? Tout ce que fait le Département depuis quatre ans est de valider des choix désastreux pour la population qui a porté ses élus majoritaires au pouvoir. Plus qu’un désastre, c’est une véritable tragédie qui se joue sous le regard impuissant d’une population abasourdie par une attitude d’une lâcheté qui ne porte pas son nom », clame notre syndicaliste maison, qui requiert l’anonymat.

Et il n’est, hélas, pas le seul à le faire. Dans une longue interview accordée par le docteur Martial Henry, premier médecin de Mayotte et ancien président du conseil d’administration des hôpitaux de Mayotte, celui-ci impute la dégradation de la situation aux élus mahorais nommés dans ce CA, qui ne font pas entendre la voix de leurs concitoyens.

Un représentant du personnel confie, off the record, que ces élus s’offusquent devant toute remarque en faveur des patients : « On se croirait à la cour impériale des Habsbourg sous François-Ferdinand ; il ne faut absolument rien dire de peur d’incommoder les défenseurs du système officiellement établi. »

Il indexe même les représentants syndicaux qui se sont, à la longue, conformés à cette règle établie, au point de valider des mesures extrêmement coûteuses, impactant le budget de fonctionnement du CHM dans son ensemble.

De coûteuses EVASAN par jet privé qui auraient de beaux jours devant elles au détriment du système sanitaire mahorais

Dans sa ligne de mire : le dispositif des évacuations sanitaires, tel qu’il a été repensé et appliqué sous l’ère Dominique Voynet, mais qui perdure encore en 2026.

« Au lieu de se battre pour que le système change en faveur d’une amélioration des soins prodigués sur place et d’une limitation des EVASAN, ils font le jeu du tout à La Réunion. Comme si les dépenses qui en résultent pour le système de santé mahorais ne suffisaient pas, ces syndicats ont adoubé l’ouverture, là-bas, d’établissements d’accueil pour les malades convalescents et leurs accompagnateurs, au motif qu’il faut leur fournir une alimentation spécifiquement mahoraise. Cette perversion appelle des interrogations sérieuses. Va-t-il en être de même pour les patients qui pourraient prochainement être évacués dans les hôpitaux de l’Hexagone ? », demande-t-il.

La liste des dépenses insensées qui ont cours au CHM à travers ce système d’EVASAN serait si longue, selon notre source interne, qu’elle préfigurerait une mort lente mais certaine de l’hôpital à Mayotte, au sens large du terme, malgré les déclarations de bonnes intentions émanant régulièrement des services compétents.

Ces coûteuses évacuations sanitaires vers La Réunion, que d’aucuns ont eu la faiblesse de croire temporaires, particulièrement après le cyclone Chido en décembre 2024, sembleraient être appelées à avoir un long avenir devant elles. Le CHM, sous sa direction actuelle, n’envisagerait nullement de revoir leur cadence à la baisse. Bien au contraire, tout serait fait pour accentuer leur nombre, de manière à y diluer le nombre exponentiel de malades illégaux ou non mahorais qui passent par ce même procédé pour aller gonfler les chiffres des patients soignés dans les hôpitaux réunionnais.

De nombreux responsables mahorais, parmi lesquels d’anciens élus départementaux, cherchent à savoir pourquoi les évacuations sanitaires ne sont plus opérées sur les lignes régulières d’Air Austral, moins coûteuses que l’avion privé surnommé, par le bon peuple, « Air Voynet ».

Hors des murs du CHM, une autre catégorie de responsables mahorais et des associations de défense des droits des citoyens reprochent aux syndicats du personnel hospitalier local de ne pas dénoncer cette situation dramatique et d’en être complices par leur silence assourdissant.

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