Quand l’organisation de l’hôpital pénalise les patients

S’il est envié par les ressortissants des pays limitrophes pour diverses raisons, le système hospitalier à Mayotte enregistre une fuite libre vertigineuse auprès de la population locale. Ce n’est pas tant le personnel qui est en cause, mais plutôt les choix managériaux de la direction, difficilement compréhensibles pour la société civile.

Mais que font donc les élus mahorais, le président du Département en tête, censés défendre mordicus les intérêts supérieurs des populations qu’ils représentent ? « Pas grand-chose, hormis se chamailler inutilement et s’entêter à faire absolument le contraire de ce qu’attendent leurs concitoyens », pourrait répondre un nombre écrasant d’habitants du territoire.

Et si la question de la santé est si récurrente dans les débats publics, c’est qu’il existe des aberrations qui atteignent parfois leur paroxysme. Bien loin des critiques portées par quelques parlementaires de la place sur les manquements criants du dispositif sanitaire prévalant actuellement en matière épidémiologique, notre journal a choisi d’aborder les choses sous un angle différent, en mettant l’accent sur des situations qui dépassent parfois l’entendement : la prise en charge générale des malades dans les centres hospitaliers de Mayotte.

Sur cette question précise, il ne s’agit pas ici d’incriminer le personnel, qu’il soit autochtone ou expatrié, mais bien d’interroger la logique de déploiement du personnel médical selon les secteurs. Un système qui a ses limites et qui donne une mauvaise image du personnel de santé mahorais, alors même que celle-ci ne lui est pas méritée.

En effet, avec le recul, on s’aperçoit que les professionnels de santé ont accompli d’énormes efforts en matière de formation et de professionnalisme, qu’il convient de saluer haut et fort. Pour qui a eu l’opportunité de fréquenter des hôpitaux des pays limitrophes, ou même les services d’urgence de certaines villes de métropole, Mayotte n’a presque rien à leur envier.

Là où le bât blesse, c’est que, d’une direction à une autre, les choix et les orientations peuvent radicalement prendre des tournures inattendues.

« Une fois de plus, la conséquence, en bout de chaîne, c’est le patient qui en fait les frais », souligne un cadre du CHM, dont nous tairons l’identité afin de le préserver de la foudre de ses supérieurs hiérarchiques.

Un cas est particulièrement éloquent : les sites annexes du CHM à Pamandzi et Dzoumogné, conçus pour éviter un engorgement du grand hôpital de Mamoudzou. Alors qu’ils disposent du matériel adéquat pour prendre en charge presque tous les types de cas, ils seraient réduits à jouer un rôle subalterne de « gare de triage », dénonce un syndicaliste de l’établissement.

Flagrante iniquité entre patients en matière de droit aux soins

« Des cas d’urgence ne sont pas traités sur place parce que le système nous impose une évacuation quasi automatique vers Mamoudzou, en raison d’un personnel insuffisant. Et comme tout converge vers là-bas, le service des urgences est rapidement dépassé, entraînant une accumulation de malades, parfois jusque dans les couloirs », souligne ce soignant.

Ce qui le choque au plus haut point, c’est que ce système ainsi défini conduirait à un traitement sélectif des patients, puisqu’il laisserait aux médecins urgentistes de Pamandzi et de Dzoumogné le soin de décider qui doit, ou non, être évacué vers Mamoudzou, sans véritable base spécifique et, selon lui, de façon parfois aléatoire.

« Ce n’est pas vraiment équitable en termes de droit de chacun à se faire soigner. Cela concourt à pousser de plus en plus de Mahoraises et de Mahorais à aller se faire soigner hors du territoire, à La Réunion ou dans l’Hexagone », observe notre informateur.

Autre reproche formulé à l’encontre de cette procédure : les plateaux techniques coûteux, notamment sur le site Martial-Henry du CHM à Pamandzi. Le bloc opératoire ne serait pas mis en service parce que la direction des hôpitaux de Mayotte aurait choisi de concentrer un maximum de médecins et de chirurgiens à Mamoudzou.

Un choix aux conséquences financières importantes, qui interroge depuis de nombreuses années et qui est imputé, pour l’essentiel, à l’ère de Dominique Voynet, laquelle fait régulièrement l’objet de joutes verbales dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, où elle est souvent la cible des attaques des deux députées mahoraises.

La politique sanitaire qu’elle avait initiée sur l’île aurait consisté à favoriser un maximum d’évacuations sanitaires en direction des hôpitaux réunionnais, créant in fine une dépendance accrue de Mayotte à La Réunion.

« D’autant plus que ces EVASAN sont désormais effectuées par l’affrètement d’un avion médicalisé privé qui a besoin de faire du chiffre, et non plus par les vols réguliers d’Air Austral comme dans le passé. »

Notre source syndicale dénonce, par ailleurs, un système opaque qui favoriserait les « copains et les coquins » autour de l’attribution de ce marché particulièrement lucratif pour ses bénéficiaires.

Autre conséquence malheureuse dénoncée : la fermeture drastique de lits dans les hôpitaux périphériques de Dzoumogné et de Pamandzi, vidant progressivement ces établissements de leur raison d’exister.

Les pharmacies ont également fermé au profit d’officines privées, ce qui est loin d’arranger tout le monde. Celles-ci ayant un fournisseur commun à Mayotte, elles seraient parfois confrontées à des pénuries de certaines molécules, plongeant, sans le vouloir, leur clientèle dans le désarroi.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS

Journaliste politique & économique

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une