Âgé aujourd’hui de près de 50 ans selon les documents biométriques recueillis auprès de l’Office national des examens et concours, Ahamed Saidou, ancien militaire, aurait commencé à passer le baccalauréat vers 1992, d’après plusieurs connaissances.
Cette année, les données du baccalauréat publiées mardi indiquent un taux de réussite de 25,03 % à Anjouan, de 46,31 % à Mohéli et de 37,48 % en Grande Comore. Dans cette dernière île, ce chiffre représente 2 259 candidats qui ont décroché leur ticket pour l’université.
Mais un nom a très vite attiré l’attention. Parmi les bacheliers de la session 2025, le record en matière de longévité est détenu par un certain Ahamed Saidou. Natif de Dzahadjou Hambou, une localité située au sud de la Grande Comore, ce sexagénaire a été déclaré admis dès le premier tour dans la série A4, avec la mention « passable ».
Il était inscrit dans un sous-centre situé loin de la capitale, Moroni. Officiellement considéré comme le doyen de cette session, l’intéressé est un personnage atypique à plusieurs égards.
D’abord par son parcours. Selon les informations figurant sur la pièce d’identité fournie à l’Office national des examens et concours (ONEC), Ahamed Saidou serait né le 31 décembre 1976, au sein d’une famille de six enfants. Mais ses proches affirment qu’il ne s’agit pas de sa véritable date de naissance. Il serait en réalité né vers 1964 et serait aujourd’hui âgé de 62 ans, dont plus de la moitié passée dans les sous-centres d’examen à la recherche du baccalauréat.
Un combat qui aurait duré plus de 34 ans, si l’on en croit les différents témoignages. Pendant toutes ces années, il a vu passer ses amis, sa promotion et même ses neveux, dont certains sont nés après sa première tentative.
« Quand nous passions le baccalauréat en 1995, il avait déjà échoué à deux reprises avant notre arrivée en terminale. Ce qui signifie qu’il a commencé au moins en 1992 », se souvient un ancien camarade de classe d’Ahamed, également appelé Moichili par ses proches.
Bonheur
Depuis, ce dernier n’a jamais abandonné la bataille, même si, pour des raisons professionnelles, il a dû manquer quelques sessions, qui se compteraient sur les doigts d’une main.
« Le matin de la délibération des résultats, il m’a appelé pour me donner son numéro afin que je vérifie s’il avait réussi ou pas. Depuis qu’il passe le baccalauréat, c’est la première fois qu’il me demandait d’être sur le coup. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, j’ai senti le soulagement, ce bonheur à l’autre bout du fil », se remémore Amerdine Mohamed, un neveu d’Ahamed Saidou qui a décroché son bac en 2013.
« Un tonton qui réussit après toutes ces années, ça fait plaisir. J’ai fait la fête ce soir-là. Quand je lui ai annoncé, il n’a pas cru sur le coup et a dû m’appeler à deux reprises pour avoir le cœur net. De mon côté, avant d’appeler qui que ce soit, j’ai vérifié six fois les listes. Les membres de la famille qui avaient vu mes publications sur les réseaux sociaux n’y croyaient pas non plus », poursuit Amerdine, contacté par Flash Infos ce lundi.
Ce chef de projet en responsabilité sociétale des entreprises chez Yas Comores n’a pas pu s’empêcher de saluer la persévérance de son oncle.
Assurance
Au-delà de son âge avancé et de ses difficultés scolaires, Ahamed fut surtout un élève courageux.
« Il a commencé avec la série C avant de changer des années plus tard. Il a également sillonné les sous-centres d’examen de l’île de la Grande Comore. Cela prouve que ce diplôme lui tenait à cœur », glisse un universitaire, natif de Dzahadjou Hambou, la localité d’origine du doyen des bacheliers, qui n’a pas souhaité s’exprimer dans les médias.
Autre trait caractéristique du sexagénaire, qui est également passé par l’armée : son refus de toute aide de la part des autres candidats et l’assurance qu’il affichait.
« En 2001, je me suis retrouvé dans la même classe que lui. Pour moi, je devais lui filer un coup de main, car il se faisait trop vieux après des années de tentatives. Ce jour-là, on composait l’épreuve de philosophie. Mais après plus de 30 minutes, tonton me montre sa copie, les six pages déjà remplies, y compris son intercalaire. Je suis resté bouche bée, car je savais qu’en si peu de temps, il n’avait pas pu traiter un sujet aussi complexe. Sans surprise, il a encore échoué cette année-là », confie Mohamed, ancien enseignant de français au lycée de Moroni, qui estime qu’Ahamed n’était pas particulièrement doué, mais refusait de le reconnaître.
« Un jour, Ahamed est venu me demander de corriger un sujet d’histoire-géographie. Il avait une préférence pour les commentaires, contrairement à la dissertation. Mais quand il m’a remis sa copie, je me suis rendu compte qu’il ne comprenait rien, en réalité. Cela a dû constituer un obstacle pendant ces trois décennies », raconte Ibrahim, enseignant d’histoire et bachelier de la session 1997.
Une question se pose désormais : que fera Ahamed ? À 62 ans, après avoir décroché son baccalauréat au terme de plus de trois décennies de tentatives, ira-t-il à l’université ?
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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