Admettre une Mayotte française (et européenne) et tourner la page d’une erreur historique dans laquelle les élites de Ngazidja ont plongé les trois îles des Comores pendant 51 ans : voilà une évidence pour de très nombreux Anjouanais, qui n’ont pas manqué de l’exprimer ouvertement sur les réseaux sociaux au matin du 51e anniversaire de l’indépendance de l’archipel, proclamée par Ahmed Abdallah Abdérémane le 6 juillet 1975. Depuis, un océan d’amertume sépare Mayotte, très convoitée, du reste de l’Union des Comores, erreur de casting dans le concert des nations libérées de la colonisation occidentale.
Il y a, comme qui dirait, une petite musique qui monte depuis l’île d’Anjouan ces derniers mois. Entre les utopistes d’une recolonisation de l’île par la France et les plus réalistes, partisans d’une normalisation des relations avec Mayotte à travers une reconnaissance, sans la moindre ambiguïté, de son statut d’entité française et européenne, un nouveau discours semble émerger.
« Cela fait maintenant 51 ans que nos autorités nous maintiennent dans le mensonge d’un hypothétique retour de Mayotte dans le giron de l’Union des Comores. Aujourd’hui, cela ne fonctionne plus. Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. L’ensemble des Comoriens a compris que cela relève davantage du rêve que d’une réalité susceptible de se concrétiser un jour. Pour s’offrir le luxe de faire main basse sur les deniers publics et de s’enrichir au détriment du peuple en détournant les aides internationales, sans contestation populaire, les élites grand-comoriennes de Ngazidja nous ont entretenus dans cette chimère d’une récupération de Mayotte, de gré ou de force. Cela n’a engendré que des pertes humaines inutiles, un plongeon vertigineux dans le sous-développement et une incapacité totale à entrevoir l’avenir, à court, moyen ou long terme. Dans la bouche de nos gouvernants, tout n’est qu’une mauvaise plaisanterie depuis plus de cinquante ans et, parmi les trois îles qui composent aujourd’hui l’Union des Comores, c’est Anjouan qui continue d’en payer le prix. Il est temps que tout cela s’arrête ! »
Waouh ! Qui aurait pu croire, il y a encore deux ans, que le bon sens finirait par l’emporter sur le sol comorien, ne serait-ce que sur les seules îles d’Anjouan et de Mohéli ? Et pourtant, ce constat a bien été formulé par un blogueur comorien.
La célébration du 51e anniversaire de la fondation de l’État comorien, le lundi 6 juillet 2026, s’est accompagnée, de manière étonnante, d’un vent de pragmatisme sur les réseaux sociaux. L’idée d’une cohabitation pacifique entre une « Mayotte région française et européenne » et une Union des Comores reconnaissant officiellement cette réalité, dans un esprit d’ouverture et de bon voisinage fondé sur les échanges de personnes, de biens et sur une coopération dans les domaines les plus variés, semble désormais pouvoir être évoquée.
Mais le plus remarquable n’est pas tant cette opinion exprimée par un blogueur basé à Anjouan que les nombreuses réactions spontanées qu’elle a suscitées.
« Nous n’avions jamais constitué un seul peuple autrefois »
Vraiment étonnant !
Là où une diplomatie de pacotille a échoué en un demi-siècle d’activisme et de tentatives de réécriture, voire de falsification, de l’histoire à coups de thèses fallacieuses et d’une lecture contestable du droit international, certains internautes semblent désormais vouloir regarder la réalité en face.
« Nous nous sommes enfermés dans une interprétation dogmatique du droit international alors que nous savions, dès le 6 juillet 1975, que les Comores avaient définitivement perdu Mayotte au moment même où Ahmed Abdallah Abdérémane proclamait l’indépendance de l’archipel. La vérité que la classe politique de l’époque refusait d’admettre, c’est que les Mahorais ne se sont jamais sentis comoriens et n’ont jamais souhaité partager un destin politique commun avec les trois autres îles. Continuer à soutenir le contraire, comme le font encore certains responsables grand-comoriens, revient à se mentir à soi-même », soutient un deuxième blogueur comorien.
Pour faire simple, le forum de discussion qui s’est ouvert à l’occasion des célébrations officielles des 51 ans d’indépendance des trois autres îles de l’archipel a vu émerger un débat inédit autour d’une éventuelle renonciation officielle des Comores à leurs prétentions territoriales sur Mayotte. Ce débat s’appuie sur une réalité simple : le refus constant des Mahorais d’intégrer un jour l’Union des Comores, sous quelque forme que ce soit.
« Il faut tirer un trait sur le passé et ouvrir un chemin salutaire vers l’avenir, vers un développement économique serein et harmonieux entre nos différentes îles, dans une collaboration renforcée avec les institutions mahoraises. Il est urgent de mettre un terme aux milliers de naufrages que nous aurions pu éviter si nous ne nous étions pas drapés dans une dignité mal placée, fondée sur l’idée d’un peuple prétendument divisé par la colonisation française. La vérité est que nous n’avons jamais constitué un seul peuple, comme en témoignent encore aujourd’hui les identités wa Ngazidja, wa Ndzouani et wa Mwali », écrit un troisième blogueur.
Cet internaute va jusqu’à suggérer un mea culpa de l’ensemble de la classe dirigeante comorienne, qui se traduirait notamment par une réforme de la Constitution et du drapeau national, supprimant le blanc symbolisant l’identité mahoraise.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a de la suite dans les idées. Il imagine même ce que pourrait être le futur drapeau de l’État comorien. Une idée largement reprise par d’autres participants à ce forum consacré au 51e anniversaire de l’indépendance des Comores.
Au fil des prises de position, les participants semblent s’accorder sur la nécessité de reconnaître officiellement le statut français de Mayotte dans ses frontières actuelles afin d’enrayer les migrations clandestines, synonymes de drames humains à répétition, et de tourner définitivement la page d’un différend territorial entre la France et l’Union des Comores.
Ces prises de position annoncent-elles une nouvelle étape dans les relations de voisinage entre les deux pays ? Il est encore trop tôt pour le dire. Seul l’avenir permettra de savoir si ce débat inédit restera sans lendemain ou s’il marquera le début d’un changement de paradigme.
NDLR : Pour des raisons de sécurité, la rédaction de Flash Info a délibérément choisi de ne pas divulguer l’identité des personnes qui se sont exprimées sur ce forum.
Journaliste politique & économique


































