Mayotte mise sur le label RUP pour valoriser son agriculture et transformer les cantines scolaires

Mardi 28 avril, au sein du Lycée des métiers du goût et des saveurs, une conférence de presse a marqué une étape décisive dans la valorisation de la production locale avec le lancement du label RUP, pour Régions ultrapériphériques. Ce dispositif, désormais officiel, incarne une ambition forte portée par les acteurs du territoire. Celle de mieux nourrir les élèves, tout en structurant durablement les filières agricoles et agroalimentaires locales.

Dans les assiettes comme derrière les fourneaux, le changement est déjà à l’œuvre. Au sein des cuisines du lycée des metiers du gout et des saveurs de Kaweni, des élèves de bac professionnel ont récemment pris les commandes du service lors d’un événement consacré au label RUP. Sourires aux lèvres et gestes appliqués, ils ont sublimé les produits du territoire avec fierté. « Nous sommes très heureux de cuisiner des produits locaux », confie le proviseur adjoint « Cela donne plus de sens à notre formation et nous permet de découvrir les richesses du territoire. »

Présent à leurs côtés, le secrétaire général du vice-rectorat de Mayotte a tenu à souligner la portée éducative de cette démarche. « Le plaisir que j’ai à être ici est immense. L’Éducation nationale est très attachée aux repas des enfants et à la formation des professionnels de la restauration », explique-t-il. Originaire d’Aquitaine, il fait le lien avec son expérience personnelle. « C’est une région qui prônait déjà le 100 % local. Je retrouve ici cette même ambition. »

Le responsable évoque également les perspectives concrètes. « Nous avançons sur ces beaux projets de labellisation », affirme-t-il, avant d’annoncer « la finalisation prochaine d’une cuisine centrale qui permettra de servir les élèves du premier et du second degré ».

AIM, moteur de la structuration agricole

Derrière cette dynamique, l’Association interprofessionnelle de l’agroalimentaire de Mayotte, AIM, joue un rôle structurant. Créée en 2023 par les principaux acteurs du secteur, elle s’est donné pour mission d’organiser les filières agricoles et de transformation. « L’agriculture mahoraise de demain passe par la structuration des filières agroalimentaires », explique Sophie Dupille, secrétaire générale de l’AIM.

Tous les acteurs ont à cœur de fournir au marché mahorais des produits locaux, sains, de qualité supérieure et garantis par une traçabilité”

Elle détaille le rôle de l’association. « Nous accompagnons les agriculteurs, les coopératives et les entreprises dans leur développement. Nous sommes aussi un interlocuteur pour les partenaires publics et privés afin de promouvoir la production locale. » L’accompagnement humain est au cœur de cette démarche. « Nous avons à cœur de proposer un métier attractif et de meilleurs revenus aux producteurs », insiste-t-elle.

L’objectif est aussi de répondre aux attentes du territoire. « Tous les acteurs ont à cœur de fournir au marché mahorais des produits locaux, sains, de qualité supérieure et garantis par une traçabilité », souligne Sophie Dupille.

Le label RUP, réponse aux enjeux réglementaires et locaux

« C’est un label européen qui garantit la provenance, la traçabilité et la qualité des produits. » La secrétaire générale rappelle le contexte réglementaire. « La loi Égalim, issue des États généraux de l’alimentation de 2018, impose d’améliorer la qualité des repas et de soutenir les producteurs. Une des mesures phares prévoit 50 % de produits durables et de qualité dans la restauration collective. » Elle précise l’adaptation locale. « À Mayotte, depuis le 1er janvier 2026, nous devons atteindre 15 %, dont 5 % de bio, avec une convergence prévue d’ici 2035. » Dans un territoire marqué par une forte dépendance aux importations, le label RUP apparaît comme une réponse adaptée. « Nous n’avions pas de signes officiels de qualité suffisants localement. Le label RUP permet de combler ce manque », indique Sophie Dupille.

Le projet repose sur un partenariat étroit avec les institutions. « Nous avons travaillé avec la DAAF, le service SALIM, l’ARS, la DEETS et la préfecture », précise-t-elle. « Les arrêtés préfectoraux ont validé les cahiers des charges et agréé les opérateurs. Cela rend aujourd’hui le dispositif pleinement opérationnel. »

« Lorsqu’un emploi est créé dans la production alimentaire, trois emplois supplémentaires peuvent être générés. »

Au-delà de l’alimentation, les retombées économiques sont importantes. « La restauration collective représente plus de 100 000 repas par jour à Mayotte », rappelle Sophie Dupille. « C’est un levier considérable pour développer les filières locales. » Elle cite également les résultats d’une étude menée par l’AIM. « Lorsqu’un emploi est créé dans la production alimentaire, trois emplois supplémentaires peuvent être générés. » explique-t-elle. « C’est aussi un enjeu de santé publique et de souveraineté alimentaire. »

Enfin, elle insiste sur la dimension collective du projet. « Le label RUP, c’est le début d’un travail qui nous concerne tous, acteurs publics comme privés. Il faut continuer à structurer les filières et à accompagner les producteurs. »

Des établissements pilotes seront prochainement accompagnés pour atteindre les objectifs fixés par la loi et rendre compte de leurs résultats. « Nous voulons montrer que c’est possible », conclut Sophie Dupille. « Produire local, nourrir local et créer de la richesse sur le territoire, c’est tout l’enjeu du label RUP. »

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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