Comores : 91 agents remerciés à l’aéroport

La ministre des Transports, évoquant un souci d’assainissement budgétaire et de viabilité financière, a justifié cette mesure de dégraissage par la baisse des recettes, corollaire de la cession à une société émiratie de l’aéroport international de Moroni, dont les principaux revenus permettaient de supporter les charges des aérodromes secondaires.

La reprise par Terminals Holding, une société émiratie, de l’aéroport de Moroni Prince-Saïd-Ibrahim (Aimpsi), pour une durée de 30 ans, n’en finit pas d’impacter les agents aéroportuaires. Après le licenciement d’une première vague, c’est au tour des employés des aérodromes d’Anjouan et de Mohéli de subir le même sort.

La semaine dernière, les agents de Ouani, sur l’île d’Anjouan, ont été les premiers à être informés, verbalement, de leur licenciement. Dans une déclaration faite lundi sur les médias sociaux, ces derniers ont indiqué avoir appris la nouvelle lors d’une réunion. « On a sorti une liste. La méthode était simple : si le nom n’était pas appelé, cela voulait dire qu’on n’était plus employé. Nous ne contestons pas notre congédiement, mais nous demandons à être indemnisés, comme nos collègues de la Grande Comore. Ils ne peuvent pas nous radier sans régler les huit mois d’impayés. Comment va-t-on faire avec ce mois de ramadan ? Quid de ceux qui ont des enfants à l’extérieur ? », s’interroge un agent de l’aérodrome de Ouani, recruté depuis 2014.

À Anjouan, sur 217 agents, seuls 64 ont été gardés par la direction. Donc 153 sont désormais au chômage. Sur l’île de Mohéli, l’aérodrome de Bandar-es-Salam sera géré par 38 personnes, tandis que 25 collègues ont été licenciés. À la Grande Comore, 9 agents du pavillon présidentiel font partie des 111 agents retenus à l’issue du dernier plan de dégraissage, concocté par les directions des trois aéroports.

Les compétences 

D’après le secrétaire général du ministère des Transports, Djinti Ahamada, les licenciements obéissaient à des critères précis. « Dans chaque service, nous avons privilégié les compétences, c’est-à-dire le profil qui convenait aux missions », a-t-il précisé.

En effet, après l’arrivée du nouveau concessionnaire, l’aéroport international est placé sous la gestion de Terminal Moroni Airport Management (Tam), coentreprise créée entre le repreneur émirati et la partie comorienne. Cependant, dans les îles, c’est l’État qui s’occupe des aérodromes secondaires.

Face à la grogne des employés congédiés, la ministre des Transports aérien et maritime, Yasmine Hassane Alfeine, a tenu à défendre ces vagues de licenciements. Si elle a dit partager la peine des familles touchées, elle a expliqué, lors d’une conférence de presse organisée hier, que le gouvernement n’avait pas d’autre choix, évoquant des difficultés financières qui auraient contraint les autorités à se séparer des 91 agents, dont la majorité cumule huit mois d’arriérés.

« Le ministère des Transports tient à informer l’opinion publique de la mise en œuvre d’un plan de restructuration de la société d’État Aéroports des Comores (ADC). Pour rappel, le gouvernement a signé un contrat de cession concédant la gestion de l’Aimpsi à la société Tam. Mais cette cession concerne uniquement l’Aimpsi, les aéroports secondaires d’Anjouan et de Mohéli continuant à être gérés par l’ADC », a précisé le ministère dans un communiqué de presse.

Ce dernier a ajouté que « les deux aérodromes concernés fonctionnaient en grande partie grâce à un mécanisme de solidarité financière interne ».

700 millions de francs

Les recettes générées par l’aéroport international Prince-Saïd-Ibrahim permettaient d’assurer l’équilibre et la continuité des plateformes insulaires. Maintenant que ces revenus ne rentrent plus dans les caisses des aéroports secondaires, ceux-ci rencontrent des difficultés à payer leurs employés.

« Raison pour laquelle nous avons été obligés d’arrêter l’hémorragie », a indiqué la ministre, qui a promis aux 91 agents licenciés qu’ils toucheront tous leurs droits.

Selon Yasmine Hassane Alfeine, le plan social nécessite plus de 700 millions de francs (1 423 000 euros). Cette somme suffira à payer les indemnités de licenciement ainsi que les arriérés de salaires.

Interrogée sur le calendrier de paiement, la ministre n’a pas souhaité avancer de date. « Un audit administratif a été ordonné pour s’assurer que toutes les procédures légales ont été respectées. À l’instar de la procédure déjà effectuée pour l’Aimpsi, tous les droits dus, incluant les indemnités et les arriérés de salaire, seront honorés conformément à la loi en vigueur. Le versement de ces droits s’effectuera selon un échéancier précis qui sera communiqué directement aux intéressés », a promis le ministère dans son communiqué transmis à la presse après la conférence tenue ce mardi.

Avant l’arrivée du nouveau repreneur, le gouvernement avait annoncé un plan de licenciement qui toucherait 500 agents dans un premier temps. Si ces derniers ont fini par percevoir leurs droits, le combat n’a pas été facile : ils avaient dû multiplier les sit-in et les conférences de presse pour obtenir une régularisation.

Le bémol : plus de sept mois après le transfert des compétences à la société émiratie, aucun changement notable n’a été observé en matière d’infrastructures à l’aéroport. Les voyageurs continuent notamment de se plaindre de l’état de l’aérogare.

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