Municipales à Chiconi : entre continuité, rupture et ambition, trois visions pour la commune

Avec près de 8 300 habitants répartis sur un territoire compact de moins de 9 km², Chiconi se distingue par sa forte identité culturelle, son dynamisme démographique mais aussi par la multiplicité des enjeux auxquels elle doit faire face.

À première vue, Chiconi bénéficie de nombreux atouts : une structure urbaine concentrée dans deux villages, facilitant la gestion locale, des paysages naturels riches (plage de Sohoa, reliefs et espaces boisés), et un potentiel économique lié notamment à l’agroforesterie, à la pêche et au tourisme. Cette configuration a permis de préserver un cadre de vie paisible recherché par de nombreuses familles et constitue un terreau important pour des projets communautaires ambitieux.

Pourtant, derrière ce tableau séduisant, se dessinent aussi de réelles contraintes. La taille limitée de la commune restreint son extension et ses ressources fiscales, tandis que son enclavement géographique et la faiblesse des infrastructures (routes sinueuses, équipements publics parfois insuffisants) posent des défis concrets pour le développement économique et social. L’urbanisation sur des pentes prononcées, les problématiques environnementales autour des zones naturelles et l’accessibilité des services essentiels sont également au cœur des préoccupations.

Longtemps présenté comme un village dynamique et festif, certains habitants parlent aujourd’hui d’un « village mort ». La place du Sicotram, autrefois lieu de rencontre bien aménagé, peine à retrouver son animation d’antan. Sur la plage de Sohoa, les questions de prostitution et de délinquance inquiètent. Dans le même temps, la commune conserve des atouts : un tissu associatif actif, une identité culturelle forte et une population attachée à ses racines.

Trois candidats briguent les suffrages : Mohamadi Madi Ousseni (LDVC), maire sortant avec la liste Agir Ensemble ; Rifay Boina (LDIV) avec Sohoa, Chiconi, Notre Priorité C’est Vous ; et Bibi Hadidja Madi-Assani (LLR) avec Construisons Autrement. Tous ont répondu à quatre questions : leur lien avec la commune, la problématique centrale, ce qu’ils pensent pouvoir apporter, et leurs priorités pour la première année de mandat.

Mohamadi MADI OUSSENI (LDVC)

Liste : Agir Ensemble

1 – Quel lien entretenez-vous avec la commune ?

« Je suis né à Chiconi. Je suis élu depuis 2014 et maire depuis 2017. De 2014 à 2017 j’étais adjoint au maire chargé des finances et à la suite de la démission de l’ancien maire j’ai été choisi par le conseil municipal pour prendre le relais de 2017 à 2020. Je me suis représenté en 2020 pour la mandature en cours.

Naturellement, j’ai un attachement fort envers ma commune composée de deux villages, Sohoa et Chiconi. Je me suis engagé en 2014 pour faire avancer ma commune qui à ce moment-là était dans une situation budgétaire et financière catastrophique. Aujourd’hui la commune retrouve peu à peu son aura d’antan. On est engagés dans des grands projets d’investissement pour les années à venir et j’aspire à renouveler cette mandature à travers la confiance qu’on va demander auprès de la population. »

2 – Selon vous, quelle est la problématique centrale de la commune ?

« Je ne dirais pas qu’il y a une problématique centrale. La situation budgétaire et financière des communes n’est pas la meilleure. La problématique sécuritaire et l’immigration sont aussi une réalité. Il y a la difficulté d’engager des opérations d’investissement importantes, la question de la scolarité avec l’insuffisance des salles de classe.

Ce n’est pas un sujet particulier à Chiconi, c’est une problématique du département dans l’ensemble. Malgré tout, on arrive à tirer notre épingle du jeu avec des opérations engagées en faveur de l’éducation, de la culture et de l’aménagement du territoire. Il reste encore des efforts à faire pour atteindre le standard national. »

3 – Que pensez-vous pouvoir apporter à la commune ?

« J’apporte déjà depuis une dizaine d’années. On a rénové les écoles, équipé les salles de classe en matériel et en mobilier. On a désenclavé des quartiers historiques comme Bilambou et le quartier pauvre.

On a engagé une opération structurante pour l’écoquartier d’Ourini. Ce n’est pas ce qu’on va faire, c’est ce qu’on a déjà fait et ce qu’on aspire à développer : construction du gymnase, salle de spectacle, salle de cinéma, crèche municipale et poursuite des opérations de RHI. On est en plein dedans depuis dix ans et on aspire à continuer. »

4 – Si vous êtes réélu, que mettrez-vous en place la première année ?

« Il y a des grandes opérations déjà lancées : la salle de spectacle, la salle de cinéma destinée à accueillir de grands événements culturels, le gymnase à vocation régionale, la poursuite des RHI, la construction des logements à Ourini.

On est dans un projet de continuité. Ce n’est pas parce qu’il y a la campagne électorale qu’on n’avance pas sur les chantiers. On est dans l’action au quotidien.

Et une priorité pour nous, c’est d’améliorer la relation entre les deux villages, Sohoa et Chiconi, en termes de cohésion et de mixité sociale. »

Bibi Hadidja MADI-ASSANI (LLR)

Liste : Construisons Autrement

1 – Quel lien entretenez-vous avec la commune ?

« Ça fait au moins six générations que ma famille est originaire du village.

Je suis engagée dans plusieurs associations : Ose libérer ta parole contre les violences sexuelles et sexistes, vice-présidente de Samby Tsara pour la culture et l’accompagnement éducatif et social, membre de Reska Ni Kalamu autour de la littérature, de l’association des parents d’élèves, du collectif de Mayotte, j’interviens avec la Fédération Mahoraise des Associations des Personnes Âgées et des Retraités, et je fais partie d’un groupe de voisins vigilants. »

2 – Selon vous, quelle est la problématique centrale de la commune ?

« Il y a deux problématiques qui se rejoignent énormément : le social et la sécurité. Les deux vont de pair et sont l’urgence. Lorsqu’on parle de la vie sociale, c’est la vie au quotidien des personnes, de la jeunesse, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. Pour la sécurité, c’est vraiment la sécurité des personnes et de leurs biens.

La question sécuritaire, c’est quelque chose de très épineux à Mayotte mais à Chiconi en particulier, parce qu’on a deux procès de meurtre qui sont en cours. Et lorsque vous regardez le profil des accusés vous voyez que c’est monsieur et madame tout le monde et que c’est pas du tout des gens qui ont des casiers. C’est des gens qui n’ont jamais été violents avec qui que ce soit et qui se sont retrouvés dans cette situation parce qu’on est dans un contexte où personne n’assure la sécurité et des gens se sentent obligés de faire quelque chose pour protéger leur famille.

Il y a des choses qu’on doit faire pour éviter que d’autres jeunes de Chiconi se trouvent à s’organiser en milices pour assurer je ne sais quelle sécurité.

On a plus de 10 000 habitants et seulement quatre policiers municipaux, pas de vidéoprotection, pas de politique de prévention à l’échelle. La question sécuritaire n’est plus un sentiment d’insécurité mais une réalité. Des gens se sentent obligés de s’organiser pour protéger leur famille. »

3 – Que pensez-vous pouvoir apporter ?

« Des projets innovants et surtout de l’excellence.

Souvent à Mayotte, on a tendance à enfermer des gens sur des besoins purement primaires et ne pas permettre aux gens de se dire qu’on est bien situés à Mayotte, on a beaucoup de richesses, on a le droit de viser l’excellence sur ce territoire.

Aujourd’hui, on est à l’ère du numérique. Il faut vraiment qu’on pousse notre jeunesse mahoraise.

On ne peut pas se baser uniquement sur l’éducation nationale pour construire les cadres de demain. Donc il faut que nous nous organisions pour qu’on puisse avoir une excellence éducative sur ce territoire. Et c’est possible de le faire.

On sait que sur ce territoire on a besoin de médecins, nous, notre équipe, nous sommes prêts à financer des jeunes en métropole, qu’ils aillent en Roumanie ou peu importe, ce n’est plus possible que des gens meurent parce qu’il n’y a pas moyen de consulter.

Lorsqu’on voit Chido, lorsqu’on voit tout ce qui se passe, ce n’est pas possible qu’on ait des politiques qui ne pensent pas à l’écologie, à comment sensibiliser pour que les gens puissent reconstruire de manière résiliente. Il faut sensibiliser à l’écologie, planter des potagers dans les écoles, renforcer l’éducation. »

4 – Si vous êtes élue, que mettrez-vous en place la première année ?

« Il y a plusieurs choses qui peuvent et qui doivent se mettre en place. Déjà, la première chose, c’est la propreté. Ce n’est pas possible qu’on soit une commune aussi sale.

On veut un vrai périscolaire digne de ce nom. Des moments où les gamins puissent avoir de vraies activités ludiques. On ne veut pas que ce soit de la garderie pour de la garderie.

Les 6 axes prioritaires sont la vie sociale, la sécurité publique, l’excellence éducative, l’urbanisme et l’aménagement, l’excellence culturelle et l’excellence sportive.

Nos six axes prioritaires sont : la vie sociale, la sécurité publique, l’excellence éducative, l’urbanisme et l’aménagement, l’excellence culturelle et l’excellence sportive. »

Rifay BOINA (LDIV)

Liste : Sohoa, Chiconi, Notre Priorité C’est Vous

1 – Quel lien entretenez-vous avec la commune ?

« J’ai un fort lien de proximité avec les habitants. Je suis natif de Chiconi. Mes parents et mes arrière-grands-parents sont de Chiconi.

La racine de Chiconi, je viens de cette racine notamment les familles Toftrou, Gara, Nouhou, Boina Moussa et Halidi, qui ont débuté ce village. Ce lien est très fort et c’est ce lien que nous avons besoin de remettre en place : la cohésion, la solidarité et enlever le fossé entre la politique et la population.

Depuis quelques années, on assiste à une rupture. Il faut remettre en place ce lien de réciprocité, ce lien de fraternité dans l’échange au quotidien. »

2 – Selon vous, quelle est la problématique centrale ?

« La problématique centrale, c’est la communication qui n’existe pas.

Si on agit sans informer, ça ne marche pas. Il faut le travail de terrain, la concertation avec les besoins et les attentes de la population.

Sur la mandature actuelle, au lieu d’avancer sur des réalisations assez vite, il faut mettre en avant le travail de terrain, la communication avec les concernés avant d’aller sur les réalisations.

Sans communication il n’y a pas de fluidité et on constate beaucoup de désaccords. On pourrait avancer de manière assez facile et assez vite. »

3 – Que pensez-vous pouvoir apporter ?

«  Une sérénité. Pour apporter une sérénité à la commune, il faut apporter une stabilité. Il faut apporter une transparence dans la gestion de la commune, dans la gestion quotidienne, dans la gestion aussi des travaux.

Il faut une équipe qui soit là pour servir la population. Et pour servir la population, il faut bien la connaître, donc il faut être sur le terrain pour connaître toutes ses difficultés.

C’est cette proximité-là qu’on va amener pour renforcer le lien au quotidien. »

4 – Si vous êtes élu, que mettrez-vous en place la première année ?

« On va agir immédiatement sur la propreté et le cadre de vie, les écoles et l’enfance, la sécurité et la prévention, la cohésion sociale, la communication et la transparence, et reprendre les chantiers en cours.

Donc propreté, cadre de vie : il faut déjà qu’il y ait une sensibilisation vraiment poussée sur comment gérer nos déchets, comment jeter et avoir vraiment des emplacements qui sont dédiés, sécurisés pour que les déchets ne se retrouvent pas partout.

Il faut mettre plus de moyens humains et financiers pour mettre la propreté en avant.

Dans les écoles, il faut comprendre vraiment les difficultés, travailler en étroite collaboration avec les parents d’élèves, avec le rectorat. Il faut moderniser ces écoles. Aujourd’hui, les enfants étudient dans des situations assez compliquées.

Il faut dans l’année mettre absolument la climatisation pour que les enfants puissent retrouver une sérénité dans leur apprentissage.

Il faut remettre le lien entre l’école et la mairie, notamment avec des programmes autour du compostage, des déchets, de la valorisation et de la végétalisation. C’est par l’éducation qu’on va mettre tout ça en place. »

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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