Sécurité | Mamoudzou : la vidéosurveillance activée

Sécurité | Mamoudzou : la vidéosurveillance activée

Après plus de trois ans de travail et de réflexion, la ville de Mamoudzou est aujourd’hui quadrillée par un vaste réseau de vidéosurveillance. Piloté depuis le centre d'information et de commandement (CIC), ce dispositif offre des capacités inédites en matière de maintien de l’ordre.

« Regardez, le zoom est si performant qu’il permet de lire les inscriptions écrites sur un carton à l’autre bout de la rue ». Tout sourire face aux écrans de contrôle, le directeur de cabinet du préfet Étienne Guillet apprécie le nouveau dispositif de vidéosurveillance installé dans l’ensemble des communes de Mamoudzou. « Cela permet d’agir plus rapidement lors d’un appel signalant un délit ou une infraction. En cas de plainte ou d’enquête judiciaire, cet outil est particulièrement appréciable », se réjouit-il. Grâce à un maillage d’une soixantaine de caméras installées dans des secteurs clés, les autorités disposent désormais d’un mécanisme inédit sur le territoire pour lutter contre la délinquance. Une nouveauté porteuse d’espoir pour les forces de l’ordre qui se chiffrerait à plus d’un million d’euros d'investissement.

Un centre de commande

« Les discussions entre les polices nationale et municipale, ainsi qu’avec la mairie de Mamoudzou, quant à l’installation du réseau de vidéosurveillance ont débuté en 2015 », rembobine Philippe Jos, directeur départemental de la sécurité publique. « La quasi-totalité des caméras a été installée en janvier. D’autres devraient arriver prochainement pour un nombre total de 66 caméras. Quant au centre de commande, il est opérationnel depuis ce lundi »,  poursuit-il. Disposés à l’intérieur du centre d'information et de commandement (CIC) au sein du commissariat de Mamoudzou, deux écrans de contrôle permettent ainsi d’observer l’ensemble des caméras.  « Deux agents sont constamment chargés de les surveiller de 10h à 22h. Les images sont conservées pendant 15 jours avant d’être supprimées. Sauf dans le cas d’une information judiciaire », précise de son côté Christophe Desclos, chef du centre d’information et de commandement.

Installées dans des secteurs clés tels que des carrefours ou ronds-points particulièrement fréquentés, ces caméras de surveillance se surveillent également entre elles pour éviter d’éventuelles dégradations. Les forces de l’ordre insistent sur la nature bienveillante de ce dispositif permettant « d’être plus efficace en matière de sécurité publique ». Mais s'il s'inscrit comme une avancée en matière de répression, celui-ci n’en garde pas moins ses limites.

Une vision infrarouge

Dans une ville où l’éclairage public n’est pas des plus éblouissants, difficile pour l’ensemble des caméras de surveillance de mener à bien leur objectif quand le soleil se couche. « Certaines sont équipées d’une vision infrarouge », rassure néanmoins Philippe Jos, qui précise : « À terme, 21 caméras devraient être équipées pour une meilleure visibilité en faible luminosité ». « Ce qui ne nous empêche pas de développer un éclairage public de qualité en parallèle », insiste de son côté le directeur de cabinet du préfet.

Autre limite : un maillage incomplet du territoire « qui ne permet pas encore de suivre un individu sur l’ensemble des communes », reconnaît Christophe Desclos. Un problème qui s’ajoute aux difficultés pour les agents de piloter l’ensemble des caméras dans un espace-temps réduit. Sur ce point, les forces de l’ordre indiquent avoir « failli arrêter un individu suspecté d’une agression au Camion rouge cette semaine ». Problème : la caméra était en position automatique, et l’angle de vue ne permettait pas de poursuivre le suspect lors de son agression.  À noter enfin que ce dispositif reste pour l’instant concentré sur les communes de Mamoudzou, et ne permet donc pas d’apporter des images quant à d’autres crimes ou délits en dehors de ce secteur.

Big Brother is watching Mayotte ?

À observer les habitants de Mayotte défiler sur l’écran de contrôle, la question du respect de la vie privée se pose naturellement. Sur ce point, Étienne Guillet tente de rassurer la population : « Ce dispositif a été autorisé par l’État et répond à un certain nombre de règles quant au respect de la vie privée des citoyens. Cela justifie par exemple l’interdiction de conserver ces images au-delà de 15 jours. D’autre part, les propriétés privées ne sont pas visibles à l’écran », explique-t-il. Lorsqu’un agent zoome sur la fenêtre d’une habitation privée, un nuage de pixels l’empêche ainsi d’observer l’intérieur du domicile.

Également source potentielle d’inquiétude : la reconnaissance faciale des citoyens observés à l’écran. Si la police ne dispose actuellement pas d’un tel dispositif, elle cultive néanmoins l'espoir d'avancer en ce sens.

 

 

 

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