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Un préavis de grève déposé à l’Université de Mayotte

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Les néo-contractuels font leur rentrée

Au programme pour la première journée, une conférence sur "l’éducation prioritaire et le contexte plurilinguisme", des interventions de professionnels de l'Éducation nationale et des ateliers destinés aux enseignants débutants. Au cours de la deuxième journée, était proposée une conférence intitulée "Connaître le système éducatif et ses attentes, ce que l’Éducation nationale attend des élèves du 21ème siècle, les gestes professionnels et la posture de l’enseignant".

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L’intersyndicale du campus de l’Université de Mayotte (ex-CUFR), CGT et Snesup-FSU, a déposé un préavis de grève, ce jeudi, pour un commencement dès le mercredi 24 avril. Ce « mécontentement général » de l’équipe pédagogique et administrative, mais aussi présent chez les élèves, est lié à l’organisation de l’Université.

« C’est de plus en plus ridicule de travailler », s’essouffle presque Damien Devault, maître de conférences à l’Université de Mayotte et représentant de personnel, après avoir énuméré toute une liste de mécontentements pour expliquer la grève à venir. L’intersyndicale, CGT et Snesup-FSU, de l’Université de Mayotte à Dembéni a déposé un préavis de grève, ce jeudi, pour un début le mercredi 24 avril, sans connaître encore la forme qu’elle prendra.

Le ras-le-bol est « général » et couve depuis la fin des barrages. « Quand on est revenu, il n’y avait pas d’eau, pas de clim, pas d’électricité, pas d’internet, pas d’imprimante et des grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre qui n’avaient pas explosé sur le plateau sportif alors qu’on nous demande d’emmener les élèves faire du sport dessus », commence-t-il par pointer. Mais si les conditions d’accueil sont « indignes pour les enseignants et les élèves » selon lui, ce n’est pas lié qu’à un contexte (crise de l’eau, violences et barrages) mais aussi à l’organisation de l’Université toujours selon lui. « Année après année, les conditions d’exercice s’effondrent », déplore celui qui est arrivé en 2019.

Contacté, le directeur de l’Université de Mayotte, Abal-Kassim Cheik-Ahmed, indique qu’il est « disponible » à rencontrer les représentants. Une rencontre réclamée par l’intersyndicale, par deux courriers, doit déjà se dérouler le mardi 30 avril.

Il dénonce une direction ayant embauché des contractuels agrégés en août mais qui n’auraient signé leur contrat qu’en avril. Mais aussi des évolutions de carrière entravées par des soucis administratifs qui ne permettent pas de comptabiliser correctement auprès de l’Éducation nationale les années travaillées, faute d’attribution de numéro d’identification de l’Éducation nationale (Numen), pour les personnels non-enseignants. Il note également des lenteurs dans le travail des délégations de signatures comme pour signer des ordres de mission qui permettent les déplacements temporaires. Des déplacements « sans véhicule de fonction et pour lesquels on paie notre essence ». « Et c’est tellement compliqué de faire valoir nos droits au remboursement que beaucoup de gens renoncent », ajoute-t-il.

« Des protocoles tordus »

Il évoque aussi des « protocoles tordus » comme la demande à un enseignant, parti en sortie scolaire avec des étudiants, de transporter avec lui un « semi-broyeur pour permettre de faire leurs besoinsEst-ce que vous avez déjà fait une sortie scolaire avec un enseignant qui se balade avec ça ? »

Le manque de locaux et de matériels attise aussi la colère. Pour 1.700 élèves, le site de Dembéni dispose de quatorze salles de classes normales, trois de travaux pratiques et trois salles d’information. « Le site est trop petit », insiste le syndicaliste, ce qui conduit à devoir dispatcher les élèves et les enseignants en d’autre lieux comme à Ouangani, au collège de Dembéni, au lycée de Tsararano… « Et on supprime de plus en plus de classes pour y installer des bureaux », critique Damien Devault. Des nouveaux bureaux installés à destination d’une administration et non pour les enseignants-chercheurs alors que « beaucoup d’entre eux n’en ont pas ».

Dans des remarques recensées par l’équipe pédagogique et que nous avons consultées, un grand nombre d’étudiants se plaignent aussi, anonymement, de problèmes de matériels et numériques récurrents (sur les ordinateurs, manque de prises électriques, vidéoprojecteurs qui dysfonctionnent), d’un manque de toilettes pour le nombre d’étudiants, de salles de cours et climatisées. Ils dénoncent aussi l’absence de portes pour les douches communes, un plateau sportif qui ne permet pas de se protéger de la pluie et du soleil, une bibliothèque pas suffisamment grande, etc.

« Peur de donner son avis »

Les élèves font aussi part d’un manque d’organisation administrative qui s’ajoutent à un stress, des angoisses, un épuisement liés à la formation et le contexte de violences à Mayotte. Mais également, noir sur blanc, de démotivation, de découragement, du sentiment d’être rabaissés, incompris, délaissés, ainsi que la peur de les exprimer à la direction. « Nous avons peur que donner nos avis nous coûtera cher dans cette formation », écrit un élève. « Il y a un management de la terreur sur eux », condamne Damien Devault, qui décrit « une ambiance toxique ».

Une inquiétude et une fatigue qu’une personne employée de l’ex-CUFR avait posé à l’écrit en décembre dans une lettre intitulée « SOS d’un fonctionnaire en détresse », signée « au bord du suicide ». Elle a été transmise à l’intersyndicale mais pas à la direction de l’Université en raison de propos « trop instables » et qui donnent trop d’indications sur la personne qui souhaitait rester anonyme. « Elle ne semble pas réellement en danger, mais elle illustre les gens en souffrance », indique Damien Devault, prenant pour exemple un autre membre de l’équipe qui est en burn-out depuis deux ans.

Il déplore aussi une « surcharge de travail » chez les enseignants-chercheurs, sur les 60 heures de service par an à réaliser, déjà dix à vingt heures par semaine leur seraient consacrées pour du travail de coordination, dont de trouver des salles pour faire cours. Alors que d’un autre côté, « la gestion des examens est plus catastrophique chaque année ».

« Beaucoup pensent démissionner »

« La grogne est très forte. On en a marre d’entendre de la direction : « Attendez, ça va arriver ». Il n’y pas d’écoute. Si on avait joué le jeu, on serait l’institution la plus stable de Mayotte », déroule le représentant du personnel qui note « une fuite des effectifs ». Il alarme sur le fait que « beaucoup pensent démissionner » à la fin de cette année alors qu’un enseignant-chercheur a tout intérêt à rester plusieurs années pour ses recherches, appuie-t-il.

« On fait venir des gens sur la base de fausses promesses. Des contractuels à qui on dit qu’on va payer une partie du billet d’avion et que finalement non, des promesses d’accélération de carrière qui ne sont pas tenues… », cite-t-il également. Ce qui ne devrait pas s’arranger avec une circulaire ministérielle envoyée aux établissements universitaires français, dont l’université, à la suite d’un appel « à un retour à la loi » publié en octobre 2023 par la Cour des comptes pour régulariser le temps de travail des Biatss, personnels non-enseignants du supérieurs (bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé de l’enseignement supérieur). Ceux-là avaient pu négocier avec leur direction l’obtention de jours de congés en plus afin de compenser une absence d’augmentation pour leur catégorie de métiers. C’est aussi le cas à Mayotte et ajoute une nouvelle raison à la grève.

Le syndicaliste Snesup, Léopold Ayite, membre du conseil administratif, confirme : « Le ras le bol concerne tout le monde : enseignants, étudiants, personnels administratifs. » Depuis trois semaines, l’intersyndicale essaie d’avoir un rendez-vous avec la direction, nous dit-elle. Le premier courrier au président date du 4 avril, le second du 15 avril. La direction a finalement proposé deux dates dont le 30 avril a été retenu et confirmé par l’intersyndicale. Entre-temps, une lettre au rectorat a été adressée et l’organisation d’une grève décidée.

Contacté dès le vendredi matin, le directeur, Abal-Kassim Cheik-Ahmed, nous confirme avoir reçu un préavis jeudi à 19 heures, et nous indique ne pas avoir d’éléments pour le moment parce qu’il n’a pas encore reçu les contestataires, mais « nous allons faire le nécessaire pour les rencontrer. On a proposé une date avant ce préavis qui a été acceptée. On n’a jamais été fermé au dialogue, au contraire », répond-t-il, disposé à nous en parler davantage ultérieurement.

La grève débutera le 24 avril, dès 5h30, « pour une durée indéterminée » lit-on dans le préavis de grève, selon les discussions à venir.

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