Sébastien Lecornu demande aux élus locaux d’assurer la refondation de leur île

Lutte contre l’immigration clandestine, refondation post-Chido, reconstruction des écoles ou encore la santé et l’eau, autant de sujets prioritaires pour Mayotte que le Premier ministre Sébastien Lecornu est venu aborder avec les dirigeants mahorais. Une visite de 48 heures dans l’archipel qui laisse sceptique plus d’un, tant dans la classe politique qu’au sein de la société civile. Mayotte désespère de voir la refondation tant promise prendre enfin forme.

Le chef du gouvernement est bien arrivé dans l’archipel ce mercredi comme annoncé depuis quelques jours. Il s’agit de son premier déplacement sur le territoire en qualité de Premier ministre. Un déplacement plus politique que technique qui intervient à peine 5 jours après celui de l’un de ses prédécesseurs à Matignon, Edouard Philippe. Ce dernier a fait le buzz sur les médias nationaux et les réseaux sociaux en fin de semaine dernière en raison de ces prises de position sur la gestion de l’immigration clandestine à Mayotte qui atteint des sommets inégalés et pose des défis colossaux au territoire.

Contre toute attente, ce dernier qui est en campagne électorale pour la présidentielle de 2027, a assujetti la refondation de l’île entièrement détruite par le cyclone Chido en décembre 2024, à une maîtrise absolue des flux migratoires déclenchant moultes polémiques avec son challenger de l’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon.

En conséquence, Sébastien Lecornu s’est trouvé dans l’obligation d’entamer ce voyage de 48 heures sur le territoire car la thématique de l’immigration clandestine non maîtrisée à Mayotte est un sujet de portée nationale et européen, un sujet qui passionne et fractionne la société française dans son ensemble. Sébastien Lecornu qui se défend de toute intention électorale n’ignore cependant pas qu’il ne peut éviter de concentrer sur sa personne (et celui de son gouvernement) une cascade de critiques sur l’abandon de l’île par les gouvernements français successifs depuis l’ère François Hollande. Pas plus qu’il ne peut esquiver sa responsabilité première dans la gestion calamiteuse des conséquences catastrophiques du cyclone Chido sur le territoire.

Sébastien Lecornu sollicite l’aide des élus mahorais pour reconstruire l’île dévasté par Chido en décembre 2024

Rien n’ayant été véritablement mis en route pour reconstruire Mayotte depuis bientôt 2 ans, le Premier ministre a choisi de ne pas laisser le champ libre à ses détracteurs. Avant que ces derniers ne dressent un réquisitoire sans appel à son encontre, il a opté en faveur d’un mea culpa sous forme d’un courrier adressé aux élus locaux. Une tentative désespérée de déballonner la grogne populaire qui ne cesse de prendre dans l’opinion publique à Mayotte. À huit mois du premier tour de l’élection présidentielle, Sébastien Lecornu admet que la refondation tant attendue par les Mahoraises et les Mahoraises peine à prendre forme. Un retard considérable par rapport aux prévisions de la loi de juillet 2025 consacrant la reconstruction, à l’identique, du territoire que le Premier ministre justifie par le vote tardif du budget national par le Parlement et la lourdeur des procédures administratives.

S’il n’y a pas encore les 4 milliards d’euros promis à Mayotte dans le cadre de cette loi, l’hôte actuel de Matignon se veut néanmoins rassurant vis-à-vis de ces interlocuteurs mahorais. Il indique que 674 millions d’euros sont prêts à l’emploi et qu’il vient identifier avec les les élus locaux les urgences, en examinant dossier sur dossier. Se sachant sur le grill par rapport à cette refondation qui se fait désirer, Sébastien Lecornu change de tactique et tend la main aux élus Mahorais. Il demande leur soutien, leur participation même à cette reconstruction de l’île alors même que l’Etat a tout mis en œuvre depuis 2025 pour garder la main sur le programme.

Aujourd’hui il tient enfin un langage de vérité aux élus de l’île en leur avouant une évidence : ils doivent être les acteurs de la refondation de Mayotte. Et même si cela peut lui être reproché comme étant une manœuvre politicienne à l’approche d’échéances électorales capitales, le Premier ministre a remis au premier plan la question migratoire essentielle aux habitants de l’archipel. Plus qu’un sujet sensible dans sa dimension globale, l’immigration clandestine massive dans laquelle se noie le territoire est instrumentalisée par les principaux candidats à l’élection présidentielle.

Un déplacement à haut risque politique pour le chef du gouvernement

Et Sébastien Lecornu sait très bien qu’il ne peut faire l’impasse dessus. De même que la construction des grandes infrastructures de développement du territoire qu’il remet sur la table malgré le scepticisme de la population et des parlementaires. Il jure par tous ‘les dieux de l’Olympe », que tous ces sujets sont sécurisés en termes de financement au travers de la loi de juillet 2025 et qu’il ne saurait en être autrement. Ce premier voyage à Mayotte de Sébastien Lecornu en qualité de Premier ministre (initialement annoncé pour juin dernier avant d’être reporté sine die) n’est pas dénué de risques sur un plan strictement politique. En effet, la mouvance « macronienne » joue gros localement sur l’ensemble des enjeux abordés par le Premier ministre au cours de ce déplacement. Outre la lutte contre l’immigration clandestine et la refondation post-Chido, la reconstruction des écoles, la remise à niveau du système de santé (avec l’extension du CHM de Mamoudzou et la construction du deuxième hôpital), sont autant d’autres niches préoccupantes pour la population mahoraise, sans oublier la question du manque chronique d’eau. Les élus locaux, qu’il rencontrera à différents moments de sa visite de deux jours, ne manqueront pas de lui réclamer, encore et encore, des crédits pour réaliser les chantiers de la refondation.

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