Sa visite inattendue n’aura servi à rien auprès des Mahoraises et des Mahorais. Ni son mea culpa de mercredi après-midi, ni son changement de « donne » du lendemain, jeudi 27 août 2026, n’auront servi à quelque chose. Entre le gouvernement français actuel et les citoyens vivant à Mayotte, le divorce est définitivement consommé. Verdict aux présidentielles du début de l’année 2028.
Trois jours après son passage dans notre archipel, le Premier ministre Sébastien Lecornu, accompagné de sa cohorte de six ministres, continue de susciter des réactions au sein de la population, en particulier dans les mondes économique et politique.
Il est à retenir que son déplacement de deux jours à Mayotte, mercredi 26 et jeudi 27 août 2026, continue d’interroger les différentes composantes de la société locale, tant sur la pertinence du calendrier choisi — à peine sept mois avant la fin de son gouvernement et de la présidence d’Emmanuel Macron — que sur le contenu de ses déclarations et des actions qu’il prétend mettre en place pour corriger le tir dans l’impossible démarrage de la refondation de Mayotte post-Chido.
De l’avis général, exception faite du président du Conseil départemental et de certaines personnalités politiques estampillées LR, ce premier voyage de Sébastien Lecornu dans le 101e département français, en sa qualité de chef du gouvernement, est vécu comme un immense fiasco politique dont il aurait bien pu se passer, dès lors qu’il n’est pas candidat à la succession d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Il a surpris tout le monde par sa soudaineté et son manque criant de contenu digeste.
« Ce n’est même pas du réchauffé, c’est du sauve-qui-peut pour des gens qui n’ont absolument rien fait pour Mayotte en dix ans de mandature macronienne, sauf pour améliorer le bien-être des étrangers à Mayotte, illégaux y compris, et sur tous les points. Le citoyen français de Mayotte n’a eu droit qu’au mépris et à la moquerie de l’État. Le pire a été le sort réservé à nos élus locaux, en premier lieu les maires fraîchement élus. Ce Premier ministre n’a sans doute pas compris que le Mahorais a cessé d’être un benêt depuis l’épisode Chido, qu’il peut, s’il est poussé dans ses retranchements, faire preuve d’une surprenante réaction », fait valoir Saffoudine Bacar Achirafi, artisan dans le bâtiment, installé dans la commune de Dzoumogné.
« Les Mahoraises et les Mahorais se seraient bien passés d’une telle récréation de très mauvais goût ! Visiblement, nos têtes pensantes à Paris ont du mal à admettre que le Mahorais ordinaire est moins idiot qu’elles ne l’imaginent et, spécifiquement, à l’opposé total de ses élus déconnectés des réalités locales et des enjeux capitaux de leurs électeurs. Chido marque la fin d’une ère et nous, la population, le ferons savoir à tous ces ministres par les bulletins que nous mettrons dans les urnes au début de l’année prochaine. Nous leur promettons un vrai coup de balai et une retraite anticipée en guise de solde de tous comptes politiques », assène-t-il sans détour.
Assis sur le fronton du Comité de tourisme, face aux barges qui relient la Grande-Terre à Petite-Terre, Sayfoudine Bacar Achiranfi nous fixe de son regard profond, qui en dit long sur la colère qu’il essaie de contenir bon an mal an.
Une tactique électoraliste qui ne fonctionne plus et qui pourrait avoir des conséquences pour les régionales de 2028
Il explique que son mécontentement n’est pas spécialement dirigé vers « ces ministres métropolitains venus se racheter une vertu politique perdue en quelques mois d’exercice du pouvoir », mais plutôt contre les élus mahorais, municipaux, intercommunaux et départementaux qui, selon lui, se seraient illustrés par un manque « affligeant de courage et une absence totale de courage politique ».
« Ce n’est pas un, mais 200 cartons rouges que nous devons leur attribuer dans un an, lorsqu’il faudra renouveler l’Assemblée de Mayotte. Nos élus sont de très mauvaise foi, à l’image des élus de l’Hexagone. Par conséquent, nous allons devoir agir de concert avec les Gilets jaunes et nous rappeler au bon souvenir de ces derniers gouvernants de la Maison France ! »
Ce qu’explique Sayfoudine Bacar Achirafi, c’est que « les Mahorais ne sont pas dupes sur les enjeux en cours. La droite classique qui nous gouverne au Département ne sera jamais un rempart contre les méfaits du gouvernement Lecornu. Ben Issa Ousséni et son parti, le LR, sont de mèche avec ses ministres qui nous méprisent et qui n’ont aucune considération pour le Mahorais ordinaire. Cela fait quinze ans que ça dure, depuis l’avènement de Soibahaddine Ibrahim Ramadani au pouvoir. C’est un sujet tabou à Mayotte, mais ceux-là mêmes nous ont maintes fois rabâché que les Mahorais sont Français. Donc, nous sommes légitimement en droit d’exprimer nos opinions contraires à celles des tenants du pouvoir actuellement ».
En vérité, ce qu’il faut retenir, au premier plan de cette visite à Mayotte de Sébastien Lecornu et de ses six ministres, c’est qu’elle n’est en rien surprenante dans le contexte électoral français du moment et que les annonces diverses et variées qu’il a pu faire ici et là, entre un déjeuner de méli-mélo de légumes mahorais et de mousse au chocolat, n’engagent que lui et lui seul !
Pas même le préfet Frédéric Poisot, son délégué sur place, qui subit des directives qui n’ont ni queue ni tête.
« On se croirait du temps de Christophe Colomb et d’autres célèbres navigateurs partis à la découverte du monde. Mayotte avance au rythme des marées et des saisons, et les Mahorais sont pitoyables dans leurs postures attentistes d’un messie et d’un renouveau républicain qui ne viendra JAMAIS », ajoute Sayfoudine Bacar Achirafi.
« Mayotte est définitivement sacrifiée sur l’autel des ambitions politiques des grandes formations nationales. Nous passerons derrière La Réunion parce que tel est le choix de la métropole et il ne se passera rien de plus ! Le président du Département-Région continuera à signer ce que Paris lui demande pour sauver sa propre peau et chaque Mahorais trouvera cela normal. Sauf que c’est tout sauf normal », estime-t-il.
La visite de Sébastien Lecornu à Mayotte, en milieu de semaine dernière, a vraiment été vécue par les Mahorais comme une insulte suprême en raison de la gestion catastrophique de l’épisode du cyclone Chido.
Pis, sa communion avec les 16 maires — Raos étant absent au titre de la commune de Koungou — fut si exécrable qu’il a fini par hypothéquer définitivement la carrière politique des maires et présidents d’intercommunalités présents au lycée professionnel de Kawéni pour déguster le « méli-mélo de légumes à la sauce vanille » et « la mousse au chocolat », par lesquels Sébastien Lecornu les a invités à se dépouiller, par écrit, de tous leurs pouvoirs électifs au profit du préfet, délégué du gouvernement à Mayotte, sans même qu’ils aient à consulter leurs électeurs.
Tel est le concept de la démocratie élective selon Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron, à seulement six mois de la fin d’un mandat présidentiel en France.
Journaliste politique & économique


































