Une douche, premier pas vers une dignité retrouvée pour les femmes vulnérables à l’ACFAV

Pouvoir se laver, se changer, prendre un moment pour soi : des gestes du quotidien qui ne vont pas toujours de soi. À M’tsapéré, l’accueil de jour de l’ACFAV 976 dispose désormais d’une douche, un nouvel espace qui vient renforcer l’accompagnement proposé aux femmes en situation de vulnérabilité et leur permettre de retrouver dignité et sérénité.

Une cabine de douche flambant neuve, installée dans un petit bâtiment annexe à l’abri des regards dans la cour de l’accueil de jour de l’ACFAV 976, a été inaugurée ce vendredi 18 septembre, avenue Abdallah Houmadi à M’tsapéré. A premier abord, l’équipement semble être des plus banales, mais pour l’association pour la Condition Féminine et l’Aide aux Victimes, elle est un pas de plus pour accompagner dans la dignité, l’apaisement et la sérénité les femmes et leurs enfants en situation de vulnérabilité et de précarité.

Sollicitée par la Préfecture, qui finance le fonctionnement de l’accueil de jour, les petits-déjeuners et a participé à la rénovation du bâtiment, l’association Inner Wheel Jasmine Mayotte, composée exclusivement de femmes bénévoles, a entièrement pris en charge le financement et l’installation de la douche grâce à des dons privés issus de son réseau national.

“Pour les personnes qui ont subi des violences, pouvoir se laver c’est la base”, rappelle Anne-Clémence Payet, post-présidente d’Inner Wheel Jasmine Mayotte, qui a porté le projet. “La première marche pour l’accès à la dignité humaine c’est pouvoir se réapproprier son corps”.

Les violences intrafamiliales et sexuelles en hausse

Une douche, premier pas vers une dignité retrouvée pour les femmes vulnérables à l’ACFAV
La douche a été financée et installée grâce à l’association Inner Wheel Jasmine Mayotte.

Viols, violences intrafamiliales, agressions sexuelles…, les femmes sont particulièrement exposées aux violences à Mayotte. En 2025, 859 victimes de violences intrafamiliales et 472 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées par la police et la gendarmerie. Entre 2020 et 2025, ces deux catégories ont respectivement augmenté de plus de 120 % et de 100 %.

Une étude publiée en 2025 dans l’International Journal of Law, Crime and Justice, à partir de 613 dossiers judiciaires étudiés entre 2020 et 2024, montre par ailleurs que 85,5 % des victimes étaient des femmes et 77 % des mineures. Dans près de 70 % des dossiers, l’auteur présumé se trouvait en outre dans une position de pouvoir vis-à-vis de la victime.

La situation des enfants victimes est également documentée par Haki Za Wanatsa. En février 2026, devant l’Assemblée nationale, la directrice et fondatrice de l’association, Lydia Barnéoud, rappelait que son enquête WamiToo avait recueilli 753 réponses, dont 35 % de personnes déclarant avoir subi des violences sexuelles durant leur enfance. Elle indiquait également que l’association avait recueilli 127 témoignages, dont 51 de personnes se déclarant victimes. Parmi elles, deux tiers disaient ne jamais avoir disposé d’un espace suffisamment sécurisé pour pouvoir se confier.

Une parenthèse de calme et de sérénité

Une difficulté à libérer la parole qui peut s’expliquer par les rapports de pouvoir, la peur des conséquences, l’isolement ou l’absence de soutien, mais aussi par la méfiance envers les institutions et les difficultés d’accès aux dispositifs d’accompagnement.

L’accueil de jour de l’ACFAV cherche justement à offrir cet espace. Depuis la rénovation du bâtiment, l’équipe de l’accueil de jour qui ne compte pas ses heures, les différentes salles, le jardin, les livres et désormais la douche participent à faire de ce lieu un espace où les victimes peuvent prendre le temps de parler, mais aussi simplement se poser et prendre soin d’elles.

“Que toutes les femmes qui viennent dans ce lieu, qui ont vécu ou qui subissent le pire, puissent y trouver une parenthèse de calme, de sérénité et de dignité”, appuie Manarssana Boina, directrice régionale aux Droits des femmes et à l’Égalité, auprès de la Préfecture de Mayotte.

Une douche, premier pas vers une dignité retrouvée pour les femmes vulnérables à l’ACFAV
La douche a été financée et installée grâce à l’association Inner Wheel Jasmine Mayotte.

“On est obligés de se laver dans la rivière”

Des mots accentués par le témoignage de Mwadjuma Blondel, qui se présente comme la “présidente” des femmes “migrantes” du camp de Tsoundzou 2, et qui malgré son quotidien difficile depuis son arrivée à Mayotte en février dernier a tenu à s’exprimer devant les personnes présentes à l’inauguration.

“Je tiens à remercier l’ACFAV de m’avoir ouvert ses portes”, dit-elle, émue. “Dans le camp, où vivent plus de 1 400 personnes, on est obligés de se laver dans la rivière. Parfois, on passe trois jours sans se laver ! Mais avant, on avait des vies normales, on avait des douches !”, ajoute Mwadjuma Blondel, portant la voix et les mots de ses amies assises dans l’auditoire.

Venir ici et pouvoir prendre ma douche, c’est génial. On vous dit merci, à toutes ces femmes qui sont là pour les femmes. Merci pour ce que vous faites pour nous, femmes migrantes. Ne nous refoulez pas quand on vient à vos portes. On n’est pas là pour être une charge à la France, on a des savoir-faire pour nous intégrer dans la société mahoraise. Une intégration positive. Merci beaucoup”.

Une robe verte

Des propos partagés par plusieurs autres femmes, dont certaines ont témoigné avec la même émotion, rappelant à quel point ce lieu compte dans leur quotidien.

Selon Zabibou Djabiri, juriste à l’ACFAV, la demande d’accompagnement s’accroît d’années en années. “L’accueil de jour existe depuis 2016, certaines femmes sont présentes depuis plusieurs années, d’autres arrivent progressivement. Aujourd’hui on en accompagne plus d’une centaine”, souligne-t-elle. “On a tendance à dire que Mayotte, ce n’est pas comme l’Hexagone, mais en réalité, les dispositifs d’aide existent aussi. Il faut les mettre en avant”.

Ouvert du lundi au jeudi, de 7 h à 15 h 30, le bâtiment de l’ACFAV accueille à la fois le service d’accueil de jour et un service juridique, avec une équipe pluridisciplinaire composée de juristes, d’intervenants sociaux et de médiatrices familiales. L’objectif est d’apporter à chaque personne des solutions adaptées et de lui permettre de progresser dans son parcours. “Nous organisons également des ateliers pour retrouver confiance en soi, rechercher un emploi, utiliser Internet et les outils informatiques, notamment pour lutter contre la rupture numérique. Il y a aussi des ateliers de sensibilisation aux IST, à l’hygiène, aux violences, à la polygamie…”, poursuit Zabibou Djabiri.

“Quand je viens ici, je me sens bien”, ajoute une jeune femme, rattrapée par l’émotion, qui ne parvient pas à trouver les mots pour poursuivre son témoignage. À l’accueil de jour, elle a trouvé un endroit où se poser, déposer ses confidences, parler de ce qu’elle vit au quotidien, mais aussi simplement se reposer ou dormir.

Pour cette inauguration qui lui tenait à cœur, elle souhaitait porter une robe verte et se maquiller. Grâce aux équipes présentes, son souhait a pu être exaucé. “Avec cette robe, elle s’est transformée. Elle était si heureuse”, remarque une membre de l’équipe.

Pouvoir s’habiller comme on le souhaite, se laver, prendre une douche : des choses simples qui sont pourtant loin d’être évidentes, mais qui permettent de retrouver sa dignité, de prendre soin de soi et, parfois, juste de se sentir bien.

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