Soultoini Ali entre dans l’histoire du sport en devenant le premier enfant de Mayotte à décrocher un titre de champion du monde au javelot, dimanche à Daegu, en Corée du Sud. Un sacre qu’il veut partager avec les milliers d’anonymes qui ont contribué à sa réussite et renforcé sa détermination à atteindre un objectif qu’il s’était fixé dès la saison 2024.
Flash Infos : Comment s’est déroulée ta compétition dimanche soir ?
Soultoini Ali : La compétition s’est bien déroulée. Elle a démarré très, très tôt, à 8 h 10, heure de Corée, soit à 2 heures du matin à Mayotte. Il fallait anticiper les échauffements deux heures avant, ce qui nous a obligés à nous réveiller à 5 heures du matin. Il fallait ensuite compter quinze minutes de trajet en taxi pour arriver au stade et démarrer un échauffement fonctionnel, sans engins, autrement dit footing, assouplissements et étirements, pour attendre 7 h 15, le moment d’aller dans la chambre d’appel.
Tous les engagés, au nombre de 19, étaient convoqués. À partir de là, ils vérifient tout : les dossards, les pointes, afin de pouvoir confirmer la présence de chacun. Une fois cette procédure terminée, nous avons été dirigés vers l’aire de concours, 30 minutes avant le début de l’épreuve, pour pouvoir nous échauffer avec le javelot.
Vu que c’était le championnat du monde, il y avait un protocole très strict. Chaque athlète lançait son javelot à son tour, sur la base du positionnement qui lui avait été attribué. Nous avions droit à trois essais d’échauffement, ce qui a été un grand étonnement pour moi puisque, d’habitude, l’échauffement est plutôt libre dans les grandes compétitions. Je n’ai pas trop eu le choix : ce règlement était imposé à tous et, d’entrée de jeu, il me fallait confirmer que j’étais bien présent.
Mon premier jet a été de 57 mètres. J’ai ensuite progressé au fur et à mesure, avec 56 mètres, puis 52, 53, etc.
F.I. : Vous voilà sacré champion du monde du javelot à Daegu. Pouvez-vous nous livrer vos premières impressions ?
S.A. : En tant que Mahorais, je suis très content d’être arrivé à ce stade. Il ne faut pas perdre de vue le fait qu’il s’agit d’un championnat du monde, et rien d’autre ! À titre d’exemple, je me référerai aux médailles que j’ai obtenues à Saint-Brieuc et à Épinal, lors des championnats de France. Ici, ce qui change, c’est le titre mondial que cela confère.
Alors forcément, il faut se rendre compte qu’un Mahorais, représentant l’équipe de France, est devenu champion du monde de javelot. Après toutes ces années de galère que j’ai traversées et que j’ai réussi à dépasser, c’est forcément une fierté pour moi.
J’ai réussi à démontrer à la jeune génération que lorsqu’on a envie et qu’on persévère, on peut y arriver, même si ce n’est pas du tout facile, notamment en termes de préparation et d’entraînement. Très peu de gens comprennent les allers-retours que cela impose, à l’exception des personnes qui m’entourent.
J’avais un objectif et j’ai tout fait pour y arriver. Je ne suis pas devenu champion du monde par le fruit du hasard, mais grâce au travail et à la persévérance. Bien entendu, il faut y ajouter l’aide de tout un chacun, surtout quand on vient d’une île éloignée comme Mayotte, où tout est compliqué.
Mon exploit démontre que le chemin est ouvert à tous les jeunes ambitieux. Il appartient à nos élus, à nos encadrants et à nos entrepreneurs de contribuer et d’aider avant qu’un athlète devienne champion, et non d’attendre qu’il le soit avant de se manifester.
À Mayotte, beaucoup de jeunes ont un potentiel indéniable et peuvent y arriver, mais ils sont limités financièrement faute d’aides. Pour avancer, un athlète doit faire ses preuves. Et comment peut-il le faire s’il n’est pas aidé sur plusieurs années ? Il ne peut pas produire de bons résultats tout de suite.
F.I. : Comment vous sentez-vous en tant que premier Mahorais à atteindre un tel sommet de consécration ?
S.A. : Ce sacre s’accompagne de deux médailles nationales. Au début de la saison, je m’étais fixé trois objectifs : réussir trois championnats, le championnat national à Saint-Brieuc en mars, le Masters à Épinal pour le côté estival et, enfin, le championnat du monde à Daegu.
Vous voyez, j’ai évoqué cela depuis le début de l’année, mais en vérité, cela a démarré durant la saison 2024, lorsque je me suis fixé cet objectif. Cela veut dire qu’il y a eu beaucoup de travail en arrière-plan. Et le fait d’avoir pu concrétiser ces trois objectifs, c’est franchement donné à tout le monde de pouvoir obtenir une médaille d’or cet hiver, une autre cet été et le Graal au championnat du monde.
Si, à Mayotte, les gens n’ont toujours pas compris, c’est qu’ils ne comprendront plus jamais ! Il y a du travail et des sacrifices à consentir derrière tout cela. Il y a des jours de fatigue, des semaines de doute et de stress, avec la question de savoir comment je vais faire pour pouvoir me déplacer, en sachant qu’à un moment donné, le corps a besoin de se ravitailler en vitamines, de repas équilibrés, de récupération, de soins chez le kiné, etc.
Ce sont là des choses que les gens ne voient pas. Ils se contentent d’observer l’aboutissement et les médailles. Ce soir, je suis évidemment très fier de moi. Je suis content pour toutes ces personnes qui m’ont apporté leur soutien afin que j’y arrive. Je ne les remercierai jamais assez d’avoir cru en moi et de m’avoir aidé.
Il y a ceux qui en ont eu conscience et qui ont pu le faire, d’autres qui auraient bien voulu le faire mais qui, hélas, n’ont pas pu. À tous, je leur suis reconnaissant.
Maintenant, la balle est dans le camp des décideurs officiels.
Journaliste politique & économique


































