L’école Magnélé A de Kawéni a retrouvé ses capacités d’accueil après plus d’un an et demi de travaux. Mais la rentrée est loin d’être homogène sur le territoire, où le retour à la normale dans certains établissements ne règle pas les difficultés de fond, entre surpopulation, manque de moyens et retards dans la reconstruction.
À l’ouverture de l’école élémentaire Magnélé A de Kawéni, ce lundi 24 août au matin, les parents scrutent attentivement les listes affichées sur les murs, à la recherche du nom de leurs enfants et de la classe où ils feront leur rentrée.
Devant les salles, les professeurs attendent quelques retardataires avant de débuter la journée, peu après 7 h 30, tandis que ceux déjà présents inscrivent la date du jour au tableau et dans leurs cahiers.
Un an et demi de travaux pour retrouver la capacité d’accueil initiale
Très endommagée par le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, l’école Magnélé A a fait l’objet de travaux de réparation pendant plus d’un an et demi pour lui permettre de retrouver sa capacité d’accueil initiale. Elle compte désormais accueillir chaque jour entre 850 et 900 élèves, une partie le matin, l’autre l’après-midi.
Au premier étage, dans les salles tout juste rénovées, le mobilier flambant neuf côtoie de nouveaux ventilateurs installés au plafond. De larges traces de plâtre rappellent que le chantier n’est pas tout à fait terminé. Les derniers travaux se poursuivront notamment les week-ends, sur l’éclairage et la ventilation, assure le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, venu visiter l’établissement, accompagné de la rectrice Valérie Debuchy et du préfet de Mayotte, Frédéric Poisot.
Les fournitures scolaires sont également présentes en nombre, disposées dans des cartons appartenant à chaque classe. Cette année, dans le cadre de la reconstruction et grâce à un fonds alloué par l’État, selon le directeur de l’établissement, Silahi Iboun, tous les élèves bénéficient de fournitures scolaires gratuites.
En plus de soulager les élèves de l’école et les familles, le retour à la pleine capacité de l’établissement permet de désengorger les écoles élémentaires voisines, Kawéni Village, T17 et Kakal, qui accueillaient jusqu’à présent une partie des élèves de Magnélé.
“Cela fait un an et demi qu’on était à 15 h de cours par élève par semaine contre 24 h désormais”, souligne Silahi Iboun.
La priorité des 24 h d’enseignement par semaine
Un objectif de 24 heures d’enseignement obligatoire, conformément au cadre fixé par l’Éducation nationale, dont se félicite Valérie Debuchy, qui prend l’école élémentaire Magnélé comme un “exemple emblématique” d’une école qui a su se reconstruire après Chido.
“La rentrée dernière, 91 % des élèves du territoire étaient scolarisés avec 24h de cours par semaine, désormais ce chiffre est de 96 %”, indique-t-elle, déplorant tout de même les 70 % des écoles en rotation.
Côté chiffres, l’académie a fait savoir jeudi dernier que 19 914 élèves sont attendus dans les écoles, collèges et lycées publics de Mayotte dès la rentrée, soit plus de 5 000 élèves par rapport à l’année précédente. Une augmentation que ne confirme pas Valérie Debuchy. “Dans le second degré, c’est plus de 700 élèves répartis entre les collèges et les lycées et, pour le premier degré, 1 800 élèves en maternelle, mais une baisse de 400 en élémentaire”, indique-t-elle.
La rectrice indique que le comptage des élèves inscrits en mairie et présents à l’école va se poursuivre ce mardi jusqu’à midi afin d’obtenir un chiffre plus précis. Les représentants des parents d’élèves ont été reçus la semaine dernière et un nouveau bilan doit être réalisé à la fin du mois de septembre.
Selon l’Observatoire de la non-scolarisation, près de 15 000 enfants étaient exclus du système éducatif formel à Mayotte à la rentrée 2025. Ce lundi, le préfet Frédéric Poisot a annoncé la mise en place d’un “travail important d’identification” afin d’établir précisément la situation de ces enfants et d’en réduire le nombre.
Les fonds pour la reconstruction des écoles “bloqués”
Autre sujet de taille qui s’est glissé jusque dans les discussions entre le maire de Mamoudzou et les écoliers : la situation financière difficile de la Ville. “Il faut prendre soin de ce mobilier tout neuf, les enfants”, lance l’élu. “On n’a pas beaucoup d’argent mais on a investi pour que vous soyez l’exemple à suivre, pour l’excellence éducative. Vous, qui allez bientôt au collège, vous êtes les grands et les grandes, il faut passer les messages aux petits frères et sœurs et aux parents pour réussir et préserver cette école, sa propreté”.
Un message d’éducation au civisme, repris également par le préfet de Mayotte, mais aussi et surtout un signe d’impuissance face à des fonds pour la reconstruction qui n’arrivent pas.
“Nous avons reçu 2 millions d’euros sur les 12 prévus pour la reconstruction des écoles après Chido”, rappelle le maire. “Mais le problème, c’est qu’en attendant, les entreprises qui réalisent les travaux doivent être payées. Nous attendons l’arrivée du Premier ministre ce mercredi pour voir comment nous pouvons décanter tout cela”.
À cela s’ajoutent des travaux retardés et des livraisons sans cesse repoussées en raison de “dégradations à répétition”, déplore Ambdilwahedou Soumaïla. Récemment, c’est l’école élémentaire Abdourahamane Soilihi, de Cavani Sud, qui a été vandalisée tout juste après sa rénovation.
Dans la foulée de son intervention auprès des élèves à Kawéni, le maire a reçu un appel lui indiquant que l’école de Vahibé 2 avait été fermée par les parents d’élèves. Les nouvelles salles de classe modulaires sont toujours attendues par les familles, mais leur installation est interrompue par les dégradations depuis plusieurs mois, avance la Ville.
Plusieurs établissements bloqués, une grève annoncée
Une situation tendue qui s’est également répétée à l’école primaire Moida Issa, à Mzouazia, dans la commune de Bouéni où l’établissement est resté fermé à l’initiative des parents d’élèves, qui alertent sur la surpopulation. De même à Majicavo-Lamir, où les parents protestent contre la lenteur des travaux engagés après le passage du cyclone Chido.
Du côté des syndicats, la CGT Éduc’Action Mayotte a lancé un appel à la grève et aux manifestations pour les 26 et 27 août prochains, jours de la visite du Premier ministre. Elle dénonce des conditions de travail et d’accueil dégradées, dans des établissements surchargés et insuffisamment dotés en moyens et infrastructures, ainsi que la précarité des personnels (AED, AESH, contractuels), les faibles rémunérations et les droits à la retraite, auxquels s’ajoutent la vie chère et la dégradation des services publics à Mayotte.
“La situation dans notre académie a atteint un point de rupture. Les personnels, les élèves et l’ensemble de la population mahoraise n’attendent plus des discours, mais des réponses concrètes et immédiates à des problématiques qui s’enracinent (…). Il est temps d’imposer un véritable plan d’urgence pour l’Éducation à Mayotte !”.
Questionné sur la nécessité de mettre en place un “Plan Marshall” pour répondre à ces difficultés, le préfet a indiqué : “Je me méfie des dispositions un peu plaquées comme ça où on trouve des solutions qui sont parfois des fausses bonnes idées. En revanche, travailler, se rassembler pour qu’on puisse essayer de sortir de cette situation, ça a été l’objectif de la stratégie quinquennale qui a été posée jusqu’en 2031 au niveau national. On doit la décliner au niveau local avec tous les acteurs, et il n’y a pas seulement les acteurs de l’école, c’est tout un ensemble.”


































