Nabiib Mze Boinaidi : filtrer l’eau, le geste simple qui change tout

Face aux coupures d’eau à répétition, au coût élevé de l’eau en bouteille et aux enjeux environnementaux, la filtration domestique séduit de plus en plus de Mahorais. À l’origine de cette évolution, des entreprises locales comme MAJI MEWOU tentent d’apporter des solutions concrètes. Son fondateur, Nabiib MZE BOINAIDI, revient sur les raisons qui l’ont poussé à se lancer dans cette aventure et sur les bénéfices de la filtration.

L’accès à l’eau reste une préoccupation quotidienne. Les coupures répétées et les difficultés d’approvisionnement en bouteilles ont poussé de nombreux habitants à chercher des alternatives. Parmi elles, la filtration de l’eau s’impose progressivement comme une solution pratique, économique et plus respectueuse de l’environnement.

Créée en 2023 par Nabiib MZE BOINAIDI, MAJI MEWOU s’est spécialisée dans les solutions de filtration de l’eau. Pour son fondateur, l’idée est née d’une expérience très personnelle.

Flash infos :  MAJI MEWOU existe depuis 2023. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer votre entreprise ?

Nabiib MZE BOINAIDI : Au départ, c’était une galère que je vivais moi-même : devoir tout le temps aller chercher des packs d’eau au magasin. Et en période de crise, on n’en trouve même plus. J’avais un métier très prenant, donc c’était vraiment contraignant. Passer à la filtration, c’était d’abord une question de praticité. C’est la première chose qui m’a mis la puce à l’oreille.

La deuxième raison est venue lorsque j’ai installé des filtres chez moi. Je me suis aperçu que ma mère ne comprenait pas vraiment le principe de la filtration. J’ai alors réalisé qu’il y avait un véritable travail d’éducation à faire. L’objectif n’était donc pas simplement de vendre un produit, mais d’accompagner la population vers un nouveau mode de consommation. C’est ce qui m’a décidé à créer la société : il y avait un réel enjeu social.

Enfin, il y avait aussi une dimension environnementale. Pendant la saison des pluies, lorsqu’on descend sur les plages, on constate les quantités de bouteilles et de déchets plastiques qui se déversent dans la nature. La filtration permet également de redonner du pouvoir d’achat. Une famille de quatre personnes qui consomme un pack par jour peut dépenser largement plus de 1 000 euros par an en eau en bouteille.

F.I : Pourquoi la filtration est-elle devenue un enjeu majeur aujourd’hui ?

Nabiib MZE BOINAIDI : Parce qu’elle donne de l’autonomie. Dès qu’il y a une rupture de stock des packs, c’est la crise. À cela s’ajoutent les coupures d’eau. Avoir un filtre chez soi constitue donc un premier pas vers cette autonomie.

La filtration permet également de réduire l’exposition aux microplastiques. En janvier 2024, une étude de l’université Columbia publiée dans la revue PNAS a fait état d’un nombre très important de particules plastiques dans l’eau en bouteille, notamment des nanoplastiques. Et il faut avoir en tête que l’eau en bouteille vendue à Mayotte peut voyager plusieurs semaines en conteneur, parfois sous de fortes chaleurs, avant d’arriver dans les magasins.

Enfin, il y a l’aspect économique. À Mayotte, la vie est chère. Si l’on peut économiser sur l’eau, autant réinvestir cet argent dans quelque chose de plus utile pour la famille.

F.I : : Mais que permet réellement de retirer un filtre de l’eau ? 

Nabiib MZE BOINAIDI : Il existe plusieurs niveaux de filtration. Nous privilégions les filtres à 0,01 micron, qui retiennent les bactéries et une partie des micropolluants. On trouve également des filtres très bon marché qui se contentent principalement d’enlever le chlore. Tout dépend donc du niveau de filtration recherché.

Chez MAJI MEWOU, nous proposons également l’osmose inverse, qui permet de retirer une très grande partie des substances dissoutes. On obtient alors une eau très légère et faiblement minéralisée. Sur nos fontaines, une dernière cartouche permet ensuite de reminéraliser l’eau avec du magnésium et des minéraux essentiels. L’objectif n’est donc pas d’obtenir une eau totalement dépourvue de minéraux.

F.I. : Qu’est-ce qui explique l’augmentation des besoins ?

N.M .B : Nous avons beaucoup investi dans la communication, donc les gens se rendent compte que cela fonctionne. Mais surtout, il y a le bouche-à-oreille. Lorsqu’on constate que le voisin apprécie le goût de l’eau, qu’il n’achète plus de bouteilles et qu’il réalise des économies, cela crée de la confiance. Une véritable confiance s’installe sur l’île autour de cette thématique.

F.I : Quels sont les nouveaux polluants auxquels la filtration doit faire face ?

N.M .B : Cela dépend du polluant. Les PFAS, par exemple, peuvent être retenus par certaines technologies utilisant du charbon actif. Les nitrates sont beaucoup plus difficiles à filtrer et l’osmose inverse constitue une solution particulièrement efficace.

Sur ce point, Mayotte dispose d’indicateurs plutôt favorables. Selon le bilan 2025 de l’ARS cité par l’entreprise, le taux de conformité atteint 100 % pour les pesticides et 99,81 % pour les nitrates.

Pour le consommateur, le filtre domestique peut ainsi jouer un rôle complémentaire, notamment en améliorant le goût de l’eau, en réduisant le chlore de désinfection et en apportant une sécurité supplémentaire au dernier niveau de distribution.

Flash info : Comment la filtration contribue-t-elle à protéger l’environnement ?

N.M .B : Prenons une famille de quatre personnes qui consomme un pack de six bouteilles par jour. Cela représente plus de 2 000 bouteilles en plastique par an et plus de 20 000 sur dix ans. Avec un filtre, tout cela peut être remplacé par quelques cartouches filtrantes au cours de l’année.

Le principe est simple : un système est installé directement chez le client et la cartouche est remplacée périodiquement en fonction de la consommation. Une solution qui permet, selon l’entreprise, de limiter les achats de bouteilles tout en réduisant les déchets plastiques

F.I. : Quels sont les principaux retours de vos clients ?

N.M .B : Ce qui revient le plus souvent, c’est le goût de l’eau et le confort de ne plus avoir à porter des packs. Beaucoup nous disent également qu’ils se sentent plus sereins sur ce qu’ils boivent au quotidien.

Sur le plan technique, nous avons une exigence constante : nos filtres descendent au minimum à 0,01 micron. Nous proposons également des solutions à osmose inverse, avec des membranes permettant une filtration beaucoup plus fine.

Nous travaillons avec la population. Nous écoutons les besoins et nous essayons d’apporter des réponses adaptées à la réalité du terrain. Nous venons notamment de lancer l’installation de citernes à eau, avec des préfiltres destinés à éviter que les sédiments accumulés dans la citerne n’entrent dans la maison.

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