Comores : une carrière prévue au nord de la Grande Comore menace une aire protégée

L’installation de ce chantier soutenue par un promoteur étranger propriétaire d’une   société de concassage pourrait causer des dommages environnementaux comme le risque de contamination des nappes phréatiques et cours d’eau liés aux activités d’extraction.

 Selon le rapport d’étude d’impact environnemental et sociétal, l’exploitation de la carrière « Hoasi », au nord-ouest de la Grande Comore, aurait reçu l’aval de la préfecture de la région ainsi que les trois communes où devrait s’implanter la carrière. Toutefois, des réserves se font exprimer, notamment à cause des conséquences que pourrait avoir ce projet sur la biodiversité de la zone. Ce chantier appuyé par la société de concassage SCC.SARL, détenue par un investisseur de nationalité étrangère est présenté comme un potentiel minérale grâce à ses roches volcaniques.

Le champs d’installation de la centrale de concassage couvre une superficie d’environ 10 hectares  et est localisé dans une zone côtière pourvue d’un relief légèrement ondulé qui  confère  au sol une forte teneur en basalte. « L’extraction du gisement rocheux sera mécanisée et réalisée sans recours à l’abattage par explosifs, afin de garantir une exploitation plus sûre et respectueuse de l’environnement. Cette méthode repose sur l’utilisation d’engins de chantier modernes à l’instar des chargeurs, concasseurs permettant de fragmenter et de transformer directement les roches volcaniques en produits de carrière dont les granulats« , détaille le rapport d’impacts d’une centaine de pages, consulté par Flash infos. « Ainsi, les granulats obtenus sont destinés à l’approvisionnement des chantiers de réhabilitation et de construction d’infrastructures en réponse à la demande croissante du marché local« , poursuit l’auteur du rapport  dont l’objectif est de fournir une évaluation approfondie des impacts environnementaux et sociaux liés à l’exploitation de la carrière, tout en proposant des mesures d’atténuation et de compensation « permettant de limiter ces impacts tout en garantissant le développement socio-économique des communautés locales« .

Contamination nappes souterraines

Le document cite parmi les avantages sociaux du projet, la création d’emplois directs et indirects pour les ouvriers et prestataires locaux contribuant à la réduction du chômage. Mais déjà, sur le plan de la biodiversité, les risques soulevés suscitent des crispations. D’après toujours l’évaluation commandée par l’entreprise derrière le projet, si l’exploitation de la carrière de Hoasi se poursuit jusqu’au bout, les ressources en eau pourraient être contaminées, notamment les nappes phréatiques et les cours d’eau.

La liste d’impacts mentionne par ailleurs les risques de pollution des eaux par les charges polluantes issues de déversements accidentels de carburant, ainsi que la dégradation de la qualité des sols cultivés après l’exploitation de la carrière, réduisant ainsi leur potentiel agricole. Les espèces locales ne seront pas non plus épargnées. Les nuisances sonores et poussières impacteront les villages voisins en raison des engins lourds et du transport des matériaux et l’activité informelle, pourtant source de revenus importants pour les ramasseurs artisanaux de sable connaitra également des perturbations.  » Les activités d’extraction risquent de générer des poussières et des particules fines pouvant affecter la qualité de l’air dans les zones proches en fonction de la direction du vent. Cet impact est particulièrement préoccupant pour les habitants des villages de Ouella, Ouemani et Bangoi-Kouni, exposés à des risques sanitaires« , ajoute le consultant qui a proposé pour les impacts dont l’atténuation ne peut être totalement contenue, «  des actions de compensation écologique et sociale » comme des programmes de reforestation et de construction d’infrastructures communautaires.

Le ministère du tourisme lui, assure qu’il n’a pas délivré d’autorisation. Selon l’article 16 de la loi cadre sur l’environnement, un comité technique national sur les études d’impacts environnementale doit analyser la conformité de tout dossier de cette envergure aux fins d’émettre un avis technique. « Or l’étude présentée n’a pas respecté cette loi car l’expert qui réalise l’étude d’impacts doit être mandaté par un bureau agrée par le ministère de l’environnement. Même les responsables du parc national de la zone n’ont pas été consultés alors qu’il devait y avoir des consultations des communautés locales en raison des impacts du projet« , souligne, le ministre de l’environnement, Abubakar Mahamoud, contacté par Flash infos.

5 hectares de mangroves

Certes le consultant chargé d’évaluer les impacts a proposé des mesures d’atténuation, mais la présence du site près d’une zone protégée renforce les craintes des environnementalistes. Dans un décret publié le 23 mai 2022, le chef de l’État comorien a officiemment institué au nord-ouest de l’île de la Grande Comore le parc national de Mitsamihuli-Nroude doté d’une superficie de 2314 ha et comprenant 9 localités, dont certaines seront directement concernées par ce projet de carrière.

Cette zone est connue aussi bien pour son île aux tortues que pour ses paysages spectaculaires et écosystèmes marins exceptionnels. C’est pour cette raison que l’article 4 dudit décret rappelle que les sites classés ne peuvent abriter toutes activités de prélèvement ou d’extraction.  » Le prélèvement de matériaux du rivage de la mer demeure interdit à l’intérieur et à la périphérie du Parc sauf autorisation de la direction du Parc. De manière générale, il est interdit de se livrer à des activités d’exploration et d’exploitation des carrières à l’intérieur du Parc« , dispose l’article 34 du décret.

Dans un document cadre dénommé  » stratégie et plan d’action d’actions nationaux de la biodiversité 2026_2030« , ce parc est classé aire protégée écologique importante pour la diversité de ses habitants naturels, dont des récifs coralliens. Les mangroves s’y trouvant sont dotées d’une superficie de 5.25 hectares et présentent une diversité floristique remarquable. Nous avons essayé d’avoir une réaction de l’un des maires des communes concernées par ce projet, sans succès.

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