Issues de différents horizons, ces personnalités ont donné leurs points de vue sur le demi-siècle d’indépendance célébré en grande pompe ce lundi à Moroni.
Comme à chaque 6 juillet, depuis maintenant 51 ans, l’Union des Comores célèbre, souvent dans des fastes son accession à l’indépendance à l’instar des autres pays du monde longtemps colonisés par des puissances étrangères. Cette année, les festivités n’ont pas été organisées au stade omnisports de Maluzini, probablement parce que contrairement à l’an dernier, aucun chef d’État étranger n’a fait le déplacement.
Si le président Azali Assoumani, revenu au pouvoir en 2016 tiendra un discours, qui retracera certainement le chemin parcouru, depuis 1975, d’autres citoyens issus de divers horizons, interrogés par Flash infos, ont eux aussi, partagé leurs opinions sur l’état du pays, un demi-siècle après la proclamation de l’indépendance. » Après 51 ans d’indépendance, j’emprunterai l’expression consacrée pour dire que les résultats de ces 51 ans sont mitigés. Le premier constat que je fais, est que nous avons passé quasiment le 4/5 de notre période d’indépendance à gérer une histoire politique mouvement« , souligne, dans un premier temps, directeur de la communication gouvernementale auprès du secrétariat général du gouvernement, Antoisse Ezidine qui rappelle que jusqu’en 2001, l’histoire des Comores n’est qu’une suite de coups d’états, d’intervention de mercenaires, souvent aux ordres des anciennes puissances coloniales, et de déstabilisation des institutions et des crises séparatistes.
» Il a fallu attendre les accords de Fomboni avec l’instauration de la présidence tournante pour commencer à sortir de l’instabilité institutionnelle. J’estime donc que c’est à partir de cette date-là, que le pays commence à asseoir une certaine maturité. Malgré les fragilités, nous avons donc perdu beaucoup de temps qui aurait pu être utilisé pour l’épanouissement socio-économique de l’archipel« , estime, l’ex chef de la communication de la société Comores Telecom.
Bilan positif
Mais qu’importe, estime, l’entrepreneur Bacar Azhar, on ne peut que se réjouir de cette indépendance. » Je ne suis pas de ceux qui regrettent l’indépendance de notre pays s’il en existe vraiment d’ailleurs. Je suis très attaché à l’identité humaine d’une manière générale et africaine en particulier. Et l’indépendance de notre pays est actée unilatéralement et nous en sommes fiers à un moment où beaucoup ailleurs ont perdu des vies pour l’obtenir« , ajoute-il.
Même son de cloche pour le Docteur en sociologie, Mistoihi Abdillah, qui dresse un bilan positif. « Il ne faut pas perdre de vue l’objectif premier de l’indépendance qui était de nous séparer du colonisateur. Sur ce point, l’objectif est totalement atteint et je dis merci aux artisans de cette indépendance. Aujourd’hui, notre pays est dirigé par des enfants comoriens« , se réjoui-t-il, même s’il constate que les dirigeants ne sont pas à l’abri des influences étrangères. » Mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Même de grandes puissances comme la France et l’Allemagne accusent aujourd’hui la Russie d’interférer dans leurs processus électoraux« , note, le sociologue.
Mais pour Antoisse Ezidine, c’est depuis 2001, que les différents régimes essaient tant bien que mal de faire face aux défis de notre société qui ne sont pas négligeables : Un secteur privé encore embryonnaire, un chômage de jeunes difficile à résorber, une forte dépendance aux importations, une gouvernance publique peu agile des ressources humaines nationales, peu formées, des investissements étrangers qui se font désirer. » Toutefois, j’estime qu’aujourd’hui en 2026, la situation des Comores s’est fortement améliorée, notamment les conditions de vie des Comoriens. Si la lutte contre la vie chère doit rester une priorité, j’observe des signaux encourageants. D’abord, pour la première fois dans notre histoire, le gouvernement a un plan stratégique actionnable sur lequel les ministères sont régulièrement évalués, ce qui permet au gouvernement de savoir à quel niveau d’implantation se trouvent les différents programmes et projets de l’État« , énumère, le chef directeur de la communication du secrétariat général du gouvernement.
Pauvreté
Le sociologue Mistoihi, note pour sa part, l’existence de bases importantes. « Sur le plan des ressources humaines : à l’Université des Comores, il n’y a plus aucun enseignant blanc. Au centre hospitalier d’El Maarouf, il n’y a plus aucun médecin étranger. Ce niveau de souveraineté dans les secteurs clés n’est pas forcément observé dans de nombreux pays anciennement colonisés, surtout par la France. Nos systèmes bancaires et de télécommunications ne sont pas en retard non plus, même si nous déplorons des taux encore élevés« , croit savoir, l’ancien directeur de cabinet de la vice-présidence en charge de l’énergie. Mais à entendre l’avocate franco-comorienne, Maliza Said Soilihi, certes l’émancipation est acquise, mais l’État reste à bâtir.
Des problèmes d’eau et d’électricité persistent. « Nous avons retrouvé une stabilité relative depuis 2001, et c’est un acquis réel. Mais la démocratie marque le pas : la réélection présidentielle de 2024 s’est déroulée sous le soupçon de fraude, l’opposition est étouffée, et l’on voit poindre une tentation dynastique autour de la succession. Un demi-siècle de souveraineté mériterait mieux« , fulmine, l’avocate, installée à Marseille qui ne manque pas de souligner les Comores occupent le 152ᵉ rang sur 189 pour le développement humain, tans dis que près de la moitié des Comoriens vivent sous le seuil de pauvreté. Mais, tout n’est pas à jeter, nuance reconnait Maliza.
» Les Comores existent sur la scène internationale : nous avons présidé l’Union africaine, nous présidons la Commission de l’océan Indien, nous sommes entrés à l’OMC en 2024, et nous venons de conclure un accord de partenariat économique renforcé avec l’Union européenne. Ce sont des points d’appui. Le problème n’est pas notre place dans le monde, c’est le fossé qui se creuse, à l’intérieur, entre les gouvernants et la société« , martèle, l’ex-élue municipale dont les acquis qu’elle a énumérés, s’alignent sur ce qu’a avancé, Antoisse Ezidine. » Nous avons une diplomatie économique offensive qui a permis de mobiliser d’importantes ressources pour financer des infrastructures telles que les routes, les ports, les hôpitaux, sans oublier, le lancement de la phase pilote de l’assurance maladie généralisée« , tranche le coordinateur de la communication du secrétariat général du gouvernement, pour qui certaines initiatives ont aussi le potentiel de souder la population des Comores, comme l’accueil des jeux des îles de l’océan Indien au Comores, malgré les frustrations existantes sur la participation de Mayotte. « Ce qui reste à faire aujourd’hui, ce sont des choix et une volonté politique clairs. Il faut s’attaquer aux freins réels au développement économique comme la corruption, le favoritisme, le communautarisme, la dépendance agricole et le chômage« , préconise le sociologue Mistoihi.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??


































