Ils menacent de durcir leur mouvement de grève prochainement si aucun accord n’est trouvé avec le Département-Région de Mayotte. Ils jurent qu’ils ne se laisseront pas ôter le pain de la bouche pour faire le bonheur de « deux sociétés de bus déjà trop gras » à leur goût ! Dans leur collimateur, Ali Omar, vice-président de l’Assemblée de Mayotte, en charge des transports et de l’administration.
Les chauffeurs de taxi de la Petite-Terre sont remontés contre le Département -Region de Mayotte et ils le font savoir quotidiennement depuis une semaine. Multiples réunions, opération escargot et panneaux revendicatifs devant l’espace de stationnement qui leur est réservé sur le parking de Dzaoudzi (côté quai Issoufali), ils portent à la connaissance du public l’objet de leur mécontentement.
Bientôt un mois depuis que la nouvelle d’une grève des taxis couvait en Petite -Terre, sans que les autorités ne l’ai pris au sérieux. Et pour cause, elles sont décidées à aller au bout de leur démarche consistant à créer deux lignes de bus gratuites (pour commencer) au départ du rocher de Dzaoudzi en direction des villes de Labattoir et Pamandzi. Un projet qui ne date pas de cette année mais que les chauffeurs de taxi n’avaient pas pensé voir se réaliser par la force.
En effet, jusqu’à une date récente, ils ont cru que la raison pouvait l’emporter eu égard à la petitesse du trajet concerné. Visiblement, ce n’était pas sans compter sur les ambitions politiques clairement affichées du Département- Région de Mayotte, à un peu plus d’un an avant les prochaines élections régionales prévue pour 2028. « Force est de constater qu’au Département, nos élus font peu cas de notre avenir professionnel, du devenir de nos familles et enfants. A croire que la progéniture des deux patrons de sociétés de bus à qui l’on a attribué ce marché de transport en commun sont plus méritants que les nôtres », demande sur un ton provocateur un chauffeur de taxi très échaudé !
Pour mieux saisir la portée de cette affaire, il convient avant tout de retenir que ce bras de fer (qui ne dit véritablement pas son nom) a viré au dialogue de sourds depuis un moment.
Ils promettent de perturber la mise en service du réseau de bus
La bataille des transports en commun étant devenu le sujet à la mode dans les diverses collectivités mahoraises, le département multiplie les initiatives pour ne pas être en reste par rapport aux intercommunalités sur cet enjeu qu’il entend bien manager et contrôler au final. Il s’est même fixé la date butoire du 18 mai pour lancer son propre projet interurbain et multimodal (bus-barges). Deux éléments viennent s’incruster dans ce dispositif pour déplaire au plus haut point les chauffeurs de taxi de Petite-Terre.
» Nous avons été là durant plusieurs décennies pour faire le sale boulot et remplir un service d’intérêt général. Pourquoi le département ne nous a pas consulté au sujet de ce marché public ? Notre corporation aurait pu s’organiser pour y répondre, comme nos collègues de Grande-Terre l’ont fait avec le concept taxi-vanille en contractualisant avec l’ARS et la CSSM ? Omar Ali s’est arrangé pour satisfaire les attentes de ses amis dans notre dos et celui de nos familles au profit d’un entrepreneur qui n’est pas à plaindre en terme de chiffre d’affaires. Et pour maquiller le tout on lui adjoint un autre qui n’a rien à faire en Perite-Terre. Tout ça sent les arrangements politiques et ils s’attendent à ce que nous acceptions d’être les dindons de cette farce« , attaque très virulent, un des responsables du syndicat des taximen de Petite-Terre.
Selon lui, « la sauce piquante est suffisamment assaisonnée au point qu’ils ont cru nous avoir avec ce stratagème de 800 000 euros d’aide exceptionnelle que le département nous a octroyé récemment pour nous faire descendre la pillule amère qu’ils ont prévu nous faire avaler coûte que coûte « . Mais de quoi s’agit-il en fait ? Cette aide octroyée par l’Assemblée de Mayotte il y a quelques semaines en compensation du manque à gagner subi par les taxis de Petite-Terre au terme d’une année de travaux de remise en état des deux quais de Dzaoudzi, est perçue aujourd’hui par ses supposés bénéficiaires comme un simple leurre destiné à focaliser leur regard ailleurs pendant que le dispositif des bus se met en place.
« C’est vraiment une méthode dégueulasse, enrobée de mépris et de méchanceté. A ce jour nous sommes certains que une seule petite poignée d’entre nous en verra la couleur. Non seulement la délibération est entachée d’irrégularités mais elle contient des conditions impossibles à remplir pour une majorité d’entre nous. Pour dire vrai, ils ont juste fait semblant de nous tendre la main sans intension réelle. En attendant, leurs bus seront très bientôt opérationnels et le manque à gagner pour nous chauffeurs de taxi encore plus évident. Mais qu’ils ne se trompent pas au Département, nous serons sur le terrain ce jour-là pour défendre notre gagne pain et chacun assumera ses responsabilités« , prévient le syndicaliste. Ce qui est certain, c’est que le Département-Region de Mayotte n’envisage pas une seule seconde de réviser sa copie sur ce dossier du transport en commun.
Une fois de plus, les chauffeurs de taxi de Petite-Terre s’interroge sur leur devenir et la vraie finalité recherchée par les élus régionaux. Une interrogation qui se base notamment sur le tracé et les arrêts prévus pour les deux lignes de bus, que les taximen considèrent comme un copié-collé du leur. « Ils voudraient faire disparaitre notre profession sans coup de semonce qu’ils ne s’y prendraient pas différemment » ajoute Ali B, un membre du même syndicat. Température prise à l’Assemblée de Mayotte, un gêne certain apparaît lorsque la presse questionne sur ce dossier. La balle est vite renvoyée du côté des services de l’État lesquels « ne se seraient pas encore prononcés » sur les irrégularités frappant la délibération incriminée octroyant les 800.000 euros promis aux chauffeurs de taxi.
Entre autres revendications agitées de l’opération escargot du milieu de semaine dernière, ils font état de leur future retraite (pour ceux qui seraient bientôt en situation de la prendre). Du côté de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat dont ils dépendent, les responsables estiment qu’un dialogue est nécessaire avec les instances décisionnelles de l’île avant un durcissement possible du mouvement de grève annoncé. Ils insistent aussi sur la nécessité de respecter la réglementation en usage en matière de grève, notamment l’obtention d’une autorisation préalable de la commune de Dzaoudzi où est situé le boulevard des crabes. Une chose est sûre, un blocage de la circulation sur le boulevard des crabes est à prendre très au sérieux dans les prochains jours. Les chauffeurs de taxis se disent déterminés à perturber la mise en route du système des bus si jamais les élus régionaux décident de rester sourds face à leurs revendications.
Affaire à suivre de très près.
Journaliste politique & économique




































