Le 6 mai 2026 à l’Université de Mayotte, Stéphanre Pradine a présenté ses recherches sur l’archéologie médiévale de l’île, issues de fouilles menées depuis plus de dix ans et publiées dans Mayotte au temps des califes. Il a rappelé que « nous avons des sites en passe d’être détruits » et la nécessité de poursuivre les recherches.
« Nous avons des sites en passe d’être détruits. » Le 6 mai 2026, dans l’auditorium de l’Université de Mayotte, Stéphane Pradine a présenté une conférence consacrée à l’archéologie médiévale de l’île. Cette intervention s’appuie sur plus d’une décennie de fouilles et reprend les principaux éléments de l’ouvrage Mayotte au temps des califes (IXe-XIIe siècle). Archéologie de l’océan Indien à Ironi Bé, commune de Dembeni, publié sous sa direction.
Au cours de cette présentation, il est revenu sur l’origine même de ce travail scientifique : « publier les fouilles réalisées à Dembeni durant cinq ans, soutenues par la DRAC et l’assemblée de Mayotte et de La Réunion ». Il a précisé l’objectif de cet ouvrage, en soulignant sa dimension à la fois scientifique et historique : « Introduire Mayotte dans la période ancienne. J’ai constaté que les Mahorais ne connaissaient pas leur propre histoire. C’est un livre scientifique, un livre d’histoire pour analyser et présenter l’histoire de Mayotte avec le monde musulman. » Il a également insisté sur l’ambition centrale de ses recherches, qui est de situer Mayotte au sein de l’histoire de la civilisation musulmane, en montrant son intégration ancienne dans les réseaux culturels, religieux et commerciaux de l’océan Indien.
Le chercheur est également revenu sur l’inscription de Mayotte dans l’espace swahili. Il a rappelé que le mot « swahili » trouve son origine dans le terme arabe sawāhil, pluriel de sāhil, qui signifie « rivage » ou « côte ». Il a précisé que ce terme renvoie aux populations vivant le long des côtes de l’Afrique orientale et qu’il désigne avant tout une culture maritime façonnée par les échanges. Selon lui, « le swahili n’est pas une ethnie, c’est une culture », marquée par le métissage entre populations africaines, arabes, persanes et indiennes.
A Dembeni, un site archéologique d’une qualité exceptionnelle
Une place importante de la conférence a été consacrée au site de Dembeni, présenté comme central dans cette démarche. Stéphane Pradine a insisté sur son caractère remarquable : « C’est un site exceptionnel », rappelant également : « Je fouille depuis 25 ans, et c’est un site rare. » Les campagnes de fouilles menées entre 2002 et 2016 ont permis de mettre au jour un ensemble de vestiges particulièrement riche, comprenant des céramiques abbassides des IXe et Xe siècles, des poteries à décor lustré, des céramiques chinoises, ainsi que du cristal de roche d’une grande pureté.
« On a des objets que l’on retrouve dans les grands musées », a-t-il précisé, soulignant la qualité du mobilier archéologique découvert. La présence de céramiques importées et de matériaux précieux témoigne de connexions anciennes avec les grands réseaux commerciaux de l’océan Indien. Le cristal de roche, probablement issu de Madagascar, a également été évoqué : « Le cristal malgache est parmi les plus purs », a-t-il indiqué, en rappelant son importance dans les échanges du monde islamique.
L’organisation même du site, avec ses structures d’habitat, ses empierrements et ses zones de dépôts, contribue à en faire un ensemble cohérent et particulièrement bien conservé. L’ensemble de ces éléments confère à Dembeni une valeur scientifique majeure pour la compréhension de l’histoire ancienne de Mayotte et de son insertion dans les dynamiques régionales.
En conclusion, la conférence a rappelé l’enjeu central qui motive ces recherches. « Si on ne fait pas ces fouilles, dans dix ans, une partie de l’histoire aura disparu »
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