En déplacement à Mayotte aux côtés des sénateurs Saïd Omar Oili, Audrey Bellim et Jean-Claude Tissot, le président du groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat livre son analyse de la situation de l’île. Entre reconstruction après le cyclone Chido, crise des services publics et potentiel économique, il alerte sur l’urgence d’agir.
Flash Infos : Quel est l’objet de votre visite à Mayotte ?
Patrick Kanner : Nous sommes en délégation à l’invitation de Saïd Omar Oili. Comme il a rejoint notre groupe juste après le cyclone Chido de décembre 2024, très en colère du fait qu’on ne lui ait pas accordé de commission d’enquête sur ce drame humain, économique, social et environnemental, nous avons souhaité venir constater la situation sur place.
Mais notre visite ne se limite pas à Chido. Nous avons voulu observer l’état des services publics, du tissu associatif, de l’économie locale, ses faiblesses, même parfois ses handicaps, mais aussi ses atouts.
Et quand le préfet Bieuville nous dit, que la croissance avait été de 8 % en 2025 – bien sûr liée aux reconstructions, notamment aux bâtiments – on peut se dire quand même qu’il y a un potentiel extraordinaire sur Mayotte.
F.I. : Vous avez visité le centre pénitentiaire. Qu’en retenez-vous ?
P.K. : C’est d’abord un centre pénitentiaire très récent, inauguré par madame Taubira quand elle était ministre, donc sous le gouvernement de François Hollande. C’est un établissement qui d’ailleurs, sur le plan extérieur, se tient très bien.
C’est une belle construction, imaginative sur le plan des services, du parcours du détenu, qui peut favoriser sa réhabilitation. Sur le livre d’or, j’ai écrit : « La République doit savoir punir, mais elle doit savoir aussi permettre la réhabilitation. »
Et ce n’est pas possible ici. Non pas parce que les personnels seraient défaillants – ils font un travail exceptionnel, je tiens à le dire – mais simplement parce qu’on est à 240 % de taux de suroccupation, je dis bien 240 %, avec des cellules où on devrait avoir une ou deux personnes et où on en a parfois six.
Donc ce travail-là est impossible. Moi, je le regrette. C’est l’état de toutes les prisons françaises : ce sont des dizaines d’années d’incurie en matière de politique pénitentiaire. Ça ne se rattrape pas en claquant des doigts. Il faut, à un moment donné, une prise de conscience et nous sommes là pour ça, en tant que parlementaires, pour permettre de changer et de prioriser les politiques en la matière.
F.I. : Quel est votre programme sur l’île ?
P.K. : Nous avons commencé par une exploitation agricole qui cultive des bananiers sous serre avec des panneaux photovoltaïques. Écoutez, c’était exceptionnel. Moi qui ai visité beaucoup de bananeraies, notamment aux Antilles, avec des conditions de travail extrêmement pénibles, j’ai vu là quelque chose d’exceptionnel, avec une production totalement remarquable et bio, je tiens à le souligner.
Nous avons vu aussi un centre pour polyhandicapés géré par l’association ALEFPA.
Nous poursuivrons à Kawéni pour voir l’état du plus grand bidonville d’Europe, semble-t-il, donc toute une série de visites qui, tout d’abord, acculturent les sénateurs à la situation de Mayotte et qui ont un seul objectif : faire que, quand on parlera de Mayotte à Paris, au Sénat, eh bien les sénateurs socialistes sachent de quoi ils parlent.
F.I. : Les difficultés observées semblent toucher tous les secteurs. Est-ce un problème global ?
P.K. : Les lignes rouges en matière de santé, en matière de souveraineté alimentaire, en matière éducative, en matière sociale : toutes les lignes rouges sont dépassées à Mayotte, et je n’aime pas l’expression « résilience ».
Souvent, on dit : « Oui, mais les Mahorais sont résilients. » Non, ils ne sont pas résilients. Je pense qu’ils en ont marre et qu’ils voudraient que la République soit chez elle partout, y compris sur Grande-Terre et Petite-Terre.
FI. : L’État est-il à la hauteur des enjeux ?
P.K. : Je ne dis pas que l’État sacrifie Mayotte. Il y a eu une loi de refondation avec 4 milliards d’euros promis, on envisage un nouvel aéroport etc. Donc il y a des promesses qui sont en cours.
Simplement, ce que nous voulons, et c’est notre boulot de parlementaires, c’est que les promesses de l’exécutif, que nous avons validées par une loi, donc qui a été votée par nous, soient mises en œuvre dans les meilleurs délais.
Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus d’annoncer, mais d’agir rapidement. Mayotte ne peut plus attendre.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.




































