A seulement 33 ans, Munia Dinouraïni a déjà exercé un premier mandat d’adjointe au maire de Mamoudzou en charge du développement économique et commercial. Frustrée de ne pas avoir pu faire avancer sa commune autant qu’elle l’aurait souhaité, elle a décidé de mener sa propre liste cette année sous la bannière “Résilience Mamoudzou”. Son slogan, “Renaître ensemble”, résume sa volonté de “changer la manière de faire de la politique à Mayotte”.
Au cours des 6 ans passés en tant qu’adjointe du maire LR Ambdilwahedou Soumaïla, Munia Dinouraïni a participé à de nombreux projets au sein de la municipalité. Tour à tour au chevet des agriculteurs de l’île, qu’elle a contribué à mettre en valeur via la création des marchés paysans, ou auprès des vendeuses de fruits et légumes du bord des routes, qu’elle a accompagné vers la professionnalisation, la jeune femme s’est acquittée avec un grand sérieux de la mission qui lui avait été confié. Flash Info est allé “à la rencontre de” cette nouvelle figure importante de la politique locale dont l’ambition principale est de tenter de “secouer l’inertie” qui règne dans sa municipalité et d’initier “une nouvelle manière de faire de la politique”.
Une enfance entre Paris et Mtsapéré
Munia Dinouraïni est née à Paris de parents mahorais originaires de Mtsapéré. Son père a travaillé plusieurs années au sein de la mairie de Paris tandis que sa mère était secrétaire administrative. À l’âge de six ans, sa famille décide de rentrer à Mayotte. Son père obtient un poste de “chargé de projets route” à la DEAL et sa mère commence à travailler au sein de la chambre de l’agriculture. La petite Munia entre donc au CP à l’école primaire de M’tsapéré, avant de poursuivre ses études au collège de M’gombani. Elève brillante, elle “saute” la classe de 4eme et, au cours de son année de 3eme, elle passe un concours pour intégrer le lycée militaire de Saint-Cyr situé en région parisienne. « Un jour on m’a emmené dans une salle pour passer ce concours sans m’expliquer ce que c’était, puis on m’a expédié en métropole sans davantage d’explication”, se souvient avec humour la jeune femme en évoquant son adolescence.

Ses années au lycée Saint-Cyr se passent bien, même si la mentalité très conservatrice du lieu et surtout le sexisme ambiant lui ont parfois pesé. “Ce n’était pas évident de s’y intégrer en tant que fille”, précise-t-elle. Conséquence “heureuse” : la solidarité féminine y était très forte, éludant complètement la question du racisme au sein du groupe des filles, ce qui fait qu’elle ne s’est pas du tout sentie discriminée pour ses origines ultramarines. Au terme de sa Terminale, elle obtient un baccalauréat scientifique, spécialité mathématiques. Si ses parents avaient imaginé pour elle une carrière d’ingénieur “toute tracée”, ses centres d’intérêt évoluent rapidement vers les sciences humaines et économiques. Elle envisage un temps de devenir professeure de philosophie, attirée par l’introspection et la pédagogie. “Mais ma famille estimait que cette voie était “bouchée” et ne me permettrait pas de contribuer assez efficacement au développement de Mayotte”, raconte la jeune élue.
Finalement, elle s’oriente vers une classe préparatoire économique avant d’intégrer l’ESSEC, l’une des grandes écoles de commerce françaises. « C’était un environnement très élitiste avec très peu d’ultramarins », se souvient-elle. “Je ne me sentais pas exclue, mais quand même différente des autres”, explique-t-elle. Durant ses études, elle effectue plusieurs séjours à l’étranger, notamment en Belgique et à Singapour, où l’école possède un campus. “Cela m’a permis de m’ouvrir au monde et de perfectionner mon anglais”, raconte la candidate aux élections municipales, qui évoque avec “une nostalgie heureuse” ses années d’étudiante.

Un retour à Mayotte motivé par l’envie d’agir
À la fin de ses études, Munia Dinouraïni envisage d’abord de devenir consultante à Londres, mais un séjour à Mayotte pendant ses vacances change finalement ses projets. “Après une quinzaine d’année passées en métropole, je n’envisageais pas de revenir à Mayotte, mais une mauvaise expérience lors de mon dernier stage de fin d’étude chez l’Oréal m’a fait prendre conscience que “je n’y étais pas totalement chez moi””, explique la trentenaire. Elle avait également une envie presque viscérale d’évoluer sur un territoire où elle pourrait avoir un véritable impact.
Elle débute alors sa carrière à Mayotte en tant que responsable d’achat chez Bourbon Distribution. “C’est la seule et unique entreprise qui avait répondu à ma candidature”, se souvient-elle. Mais le salaire trop bas par rapport au travail demandé et la logique de “récompense à l’ancienneté” plutôt qu’à “l’efficacité” ont eu tôt fait de faire déguerpir celle qui, habituée aux méthodes de travail plus modernes, n’a pas supporté ce qu’elle vivait comme “une injustice”. Son deuxième poste à la banque La Bred en tant que conseillère clientèle n’a guère été plus heureuse. “Chaque conseiller avait un portefeuille de 1800 clients, il était donc impossible de faire un travail satisfaisant dans ces conditions”, explique-t-elle.
En 2020, elle choisit finalement de se tourner vers l’enseignement, son “rêve de jeunesse” et devient professeure d’économie-gestion au lycée professionnel de Kawéni.
Une entrée en politique lors des municipales de 2020
La même année marque également son entrée en politique. Issue d’une famille déjà engagée dans la vie publique locale, elle explique avoir été rapidement repérée par plusieurs responsables politiques qui cherchaient “une figure à laquelle la jeunesse pourrait s’identifier”. Approchée par le parti centriste Mouvement pour le développement de Mayotte (MDM), elle rejoint la liste présentée aux élections municipales de 2020 en deuxième position. Au second tour, cette liste fusionne avec la liste LR menée par l’actuel maire de Mamoudzou, Ambdilwahidou Soumaïla.
Six membres du MDM sont alors élus et Munia Dinouraïni devient adjointe au maire. Dans ses fonctions, elle s’investit notamment dans l’accompagnement des agriculteurs, des artisans et des autoentrepreneurs. Elle travaille également sur plusieurs dossiers liés aux fonds européens, dans la procédure de recensement de la population, et s’implique dans diverses actions solidaires, notamment après le passage du cyclone Chido.
Une candidature pour « faire bouger les choses »
Après plusieurs années au sein de l’exécutif municipal, Munia Dinouraïni estime cependant que son action a été limitée par certaines difficultés de gouvernance. « Quand on n’a pas réellement la main sur les décisions, il est difficile d’avoir un impact concret », explique-t-elle. En effet, en tant que membre d’un parti différent de celui du maire, ses capacités d’action étaient limitées. C’est notamment ce constat qui l’a convaincue de se présenter aux élections municipales de 2026. Pour ce faire, elle a créé son propre mouvement politique, baptisé Résilience, né d’un récent éclatement au sein du MDM. “C’est en quelque sorte une branche secondaire du parti MDM” résume la centriste qui explique avec un certain humour que son positionnement politique vient du fait que “son porte-feuille est à droite” mais que “son coeur est à gauche”. En effet, bien qu’attachée au développement économique et commercial de par sa formation à l’ESSEC, elle n’oublie pas les populations les plus précaires qu’elle a toujours à coeur de tenter d’insérer harmonieusement afin d’arriver à “une paix sociale”.

Objectif : bousculer les logiques “d’inertie” pour faire avancer Mayotte
Si elle accède à la mairie de Mamoudzou, Munia Dinouraïni souhaite d’abord améliorer la gestion administrative de la collectivité. Elle estime notamment que les procédures de commande publique doivent être mieux accompagnées afin d’éviter les retards de chantiers. « Les agents ont parfois besoin d’être davantage accompagnés et formés. Avec plus d’ingénierie, on pourrait avancer beaucoup plus vite », affirme-t-elle.
La propreté urbaine constitue également l’une de ses priorités, tout comme le développement de l’entrepreneuriat. Elle souhaite notamment créer un guichet dédié aux entreprises directement au sein de la mairie afin de faciliter l’accompagnement des porteurs de projets.
Sécurité, jeunesse et renouvellement politique
La candidate souhaite également renforcer les moyens de la police municipale, notamment en matière de formation et d’équipement. Elle insiste sur la nécessité de travailler davantage avec les services de l’État face à la hausse de l’insécurité.
Elle souhaite également développer des actions de prévention auprès des jeunes et tenter de ramener la paix entre les villages rivaux via la mise en place d’une “brigade inter-village”. “Ses membres devront être des personnes connues des habitants, si possible même des “délinquants repentis””, détaille la candidate.
Pour Munia Dinouraïni, l’un des enjeux majeurs sera également de renouveler les pratiques politiques locales. Elle dénonce notamment les logiques de clientélisme et de népotisme qui, selon elle, freinent le développement du territoire.
« Un changement de mentalité durable s’impose », conclut-elle.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.




































