Hôtel résidence le maki

Coup de théâtre : Raos avait devancé la décision du tribunal administratif en publiant un nouvel arrêté municipal vendredi dernier

Si le tribunal administratif a annulé ce lundi l’arrêté municipal de Raos, maire de Koungou, concernant l’interdiction de circulation des camions de plus de 19 tonnes dans sa commune de 5h à 20h, personne, ou presque, ne savait que Raos en avait en réalité publié un 2ème vendredi dernier, qui annulait et remplaçait le premier. L’interdiction est donc maintenue mais “seulement” de 5h à 14h30 à présent.

Les entreprises du Groupement Patronal de Mayotte (GPM) attendaient avec impatience le verdict du tribunal administratif de Mayotte dans l’espoir que celui-ci annule l’arrêté municipal publié par Raos, maire de Koungou, concernant l’interdiction de la circulation des camions de plus de 19 tonnes dans sa commune. Leur espoir a été comblé car le tribunal administratif a bien annulé cet arrêté, mais ce n’était que pour apprendre dans le courant de l’après-midi que ce dernier n’était plus qu’un “arrêté fantôme” puisqu’il avait été annulé et remplacé par un autre ce vendredi 28 août.

Ce deuxième arrêté “annule et remplace” celui du 10 août dernier, rendant toute la procédure judiciaire menée par la FMTPC (Fédération Mahoraise des Travaux Publics et de la Construction), et attentivement suivie par les autres membres du GPM, “nulle et non avenue”. Si le deuxième arrêté a réduit la tranche horaire de l’interdiction de circulation (de 5h à 14h30 au lieu de 5h à 20h comme initialement), les entreprises sont quasi toujours autant gênées car les livraisons se font en général le matin.

C’est un véritable “coup de théâtre” pour les entreprises car personne n’était au courant de l’existence de ce deuxième arrêté, qui n’a été découvert que ce lundi après-midi alors que les entreprises se félicitaient déjà de leur “victoire” au tribunal administratif. Atterré, Fahardine Mohamed, le président du GPM, déclare que Raos “joue avec la vie économique de l’île”. “C’est scandaleux de publier un arrêté municipal à la dernière minute sans prévenir personne et sans prendre en compte les entreprises de Mayotte, au moment même où la situation dramatique de l’île devrait appeler tout le monde à travailler ensemble dans le “kogno moja”, déclare-t-il.

L’Etat n’avait qu’à développer le réseau routier de Mayotte” selon Raos

Contacté par téléphone, le maire de Koungou se défend de vouloir défier l’État ou d’être “contre les entreprises mahoraise”. Il maintient que cet arrêté a pour seul et unique but “d’assurer la sécurité des enfants et, plus généralement, de l’ensemble des habitants de Koungou puisque l’absence de feux rouge dans sa commune rend la circulation des poids lourds de plus de 19 tonnes dangereuse en journée”. “Moi je travaille pour assurer le bonheur de mes administrés, les entreprises n’ont qu’à s’organiser pour changer d’itinéraire ou modifier leurs horaires de livraisons.

Par ailleurs, l’État avait depuis 1977 pour créer un réseau routier digne de ce nom à Mayotte, je ne suis pas responsable de son inaction sur le territoire”, explique-t-il tranquillement. Il se défend également d’avoir mis en place “une stratégie” pour anticiper la décision du tribunal administrative concernant son premier arrêté. “Pas du tout, le premier arrêté du 10 aout était une manière d’informer officiellement le préfet de ma décision. Il m’a répondu par courrier et j’ai publié un deuxième arrêté en tenant compte de ses observations. J’ai donc réduit la tranche horaire de l’interdiction”, affirme-t-il sans sembler remarquer le “curieux hasard de timing” qui rend la décision du tribunal administratif de ce lundi “nulle et non avenue” car concernant désormais “un arrêté municipal fantôme”.

Fahardine Mohamed alerte la population sur les répercussions de cette décision

Fahardine Mohamed est très inquiet pour l’avenir économique de Mayotte. A la question de savoir si certains membres du GPM vont à nouveau attaquer ce deuxième arrêté, il répond : “Moi mon problème c’est demain ! Si les entreprises décident de ne pas respecter cet arrêté, que va-t-il se passer ? Seront-elles arrêtées par la police municipale comme de vulgaires délinquants ?”, s’interroge-t-il. “N’avons-nous pas assez de problème à Mayotte pour plonger en plus dans une forme de psychose administrative ?”. Pour lui, cet arrêté va forcément augmenter le cout de la vie à Mayotte. “Si les camions doivent faire un immense détour pour effectuer leurs livraisons, les entreprises vont automatiquement répercuter cette perte sur les prix des produits”, explique-t-il.

D’autant plus que cet arrêté n’est pas le seul facteur qui risque d’augmenter prochainement le coût de la vie à Mayotte. Une réforme douanière appelée “mécanisme d’ajustement du carbone aux frontière” va en effet bientôt entrer en vigueur. Elle prévoit de taxer à 76 euros par tonne les marchandises qui ne proviennent pas de l’Union Européenne. “D’un côté on nous encourage à développer les importations depuis la région océan Indien et, de l’autre, on nous taxe si les marchandises importées ne proviennent pas de l’Union Européenne”, s’indigne-t-il. S’il reconnaît que cette réforme a son utilité pour les pays de l’UE située dans “l’Europe géographique”, il s’indigne de constater qu’aucune exception n’a été prévue pour les outre-mer. “Nous avons déjà discuté de ce sujet avec la SGAR, mais apparemment rien n’a été prévu pour les outre-mer”, précise-t-il. La vie, déjà chère à Mayotte, va donc encore augmenter et les répercussions de cet arrêté de Raos vont encore l’augmenter, rendant les perspectives assez sinistres pour les habitants de Mayotte. Fahardine Mohamed se dit toutefois prêt à “discuter avec le maire de Koungou pour trouver un terrain d’entente”.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
nora-godeau
Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une