Un équipement inédit sera inauguré demain, samedi, à 16 heures, dans la ville de Chiconi. Il s’agit d’un « abribus-stop » particulièrement original, réalisé par l’association Art-Terre pour le compte de la municipalité, avec la participation d’un senior, Babali, et de plusieurs jeunes de la commune.
L’originalité de cet équipement réside dans le mariage entre des matériaux de construction traditionnels et des éléments modernes, afin de lui garantir davantage de solidité tout en conservant sa mobilité. Le résultat est pour le moins étonnant, mais surtout prometteur : une construction à la fois esthétique, fonctionnelle, durable et peu coûteuse.
Cette expérience, conduite par Art-Terre, association qui œuvre notamment à la préservation des techniques traditionnelles de construction à Mayotte et au développement de la brique de terre stabilisée, a débouché sur la création d’un objet répondant au cahier des charges de la mairie de Chiconi : un abribus pouvant également servir de lieu d’attente pour les autostoppeurs.
Le principe retenu est celui de la construction en torchis, avec une toiture en tôle. Dans les faits, la structure repose sur une belle charpente dont les espaces ont été remplis de boue rouge et de paille, puis recouverts d’un enduit. L’ensemble sèche naturellement à l’air libre, selon une technique qui rappelle fortement celle utilisée autrefois pour construire les cases traditionnelles mahoraises.
Au-delà de son aspect original, le projet présente un autre avantage majeur : son coût de réalisation particulièrement faible. L’équipement peut en effet être déplacé et installé à différents endroits, à condition de disposer d’une dalle de béton pour l’accueillir. Une solution qui permet d’imaginer, à terme, d’autres utilisations ou d’autres implantations de ce type de construction.
Mais l’intérêt du projet ne se limite pas à l’ouvrage lui-même. Il réside également dans sa dimension intergénérationnelle. Un ancien détenteur de ce savoir-faire, Babali, a ainsi pu transmettre ses connaissances à des enfants, qui constituaient la cible première de l’opération, mais également à des personnes de la génération intermédiaire. Une manière concrète de faire vivre un patrimoine immatériel en permettant aux jeunes générations de découvrir des techniques de construction qui risquent progressivement de disparaître.
La réalisation de cet équipement d’un genre nouveau n’aura coûté que 6 800 euros, dont seulement 2 500 euros de matériaux et autres dépenses, hors coût de la main-d’œuvre, selon les éléments communiqués dans le cadre du projet. Un bilan qui démontre qu’innovation et construction traditionnelle peuvent aussi rimer avec maîtrise des coûts.
Cette opération a été conduite par Vincent Laloge, architecte chez Art-Terre, avec la complicité de Faya, qui chapeaute les services techniques de la ville de Chiconi. Elle répondait à un appel à projets de la Direction des affaires culturelles (DAC) de la préfecture de Mayotte, dans le cadre du dispositif « C’est mon patrimoine ! ».
La DAC a contribué au financement du projet à hauteur de 4 700 euros.
Avec cet abribus, Chiconi ne se contente donc pas d’inaugurer un nouvel équipement public. La commune met en lumière une autre façon de construire, en faisant dialoguer mémoire, transmission, jeunesse et innovation. Une petite construction par sa taille, mais un projet qui pourrait bien ouvrir la voie à de nouvelles expériences autour des matériaux locaux et des savoir-faire traditionnels de Mayotte.
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